Législatives du 4 mai : Opération séduction du FFS au Canada

février 16, 2017

Le Front des forces socialistes lance une opération de redéploiement auprès des Algériens du Canada en vue des élections législatives du 4 mai prochain.

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Madjid Rouar, secrétaire national chargé du pôle des relations internationales et Belkacem Amarouche, le député sortant pour la zone 4 (Les Amériques et Europe hors France) arrivent à Montréal aujourd’hui pour une mission d’une semaine.

« L’objectif s’inscrit dans le cadre des engagements pris lors de ma première visite en 2013 que je reviendrai au Canada pour échanger avec les membres de notre communauté et continuer à affiner les pistes pour le redéploiement sous l’angle de l’organisation du FFS », nous a confié Belkacem Amarouche, élu en 2012 pour la circonscription qui comprend le Canada. Une rencontre avec les militants et des sympathisants du FFS est prévue ce samedi.

Cette mission est en fait l’application sur le terrain du plan de « redéploiement du parti à l’étranger » adopté par le Secrétariat national du parti.

Ce plan met en place « des directoires de campagne dans chaque circonscription électorale à l’étranger » qui sont chapeautés et coordonnés par Madjid Rouar.

Des comités de campagnes seront créés et « sont ouverts à tous les militants et sympathisants du parti désireux de contribuer à la dynamique de campagne du FFS ».

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Attentat de Québec : Un dernier hommage aux victimes algériennes

février 4, 2017

Des milliers de Montréalais, dont beaucoup d’origine algérienne, ont rendu un dernier hommage, jeudi, à trois des six victimes de l’attentat terroriste contre une mosquée de Québec, la capitale provinciale.

 Photo : La Presse canadienne/Paul Chiasson

Photo : La Presse canadienne/Paul Chiasson

L’Aréna Maurice Richard, qui accueille habituellement les matchs de hockey sur glace, a été transformée en lieu où ont été célébrées les funérailles de Khaled Belkacemi et Abdelkrim Hassane, les deux victimes algériennes de la tuerie de dimanche dernier, ainsi que celles de la victime tunisienne, Aboubaker Thabti. Le lieu a été choisi sur proposition de la ville de Montréal, nous a expliqué Omar Chikh, de la maison funéraire Magnus Poirier qui est en charge du culte musulman. «La mosquée avec laquelle nous avons l’habitude de travailler n’allait pas suffire pour accueillir ceux qui comptaient assister, soit à la prière ou bien à la cérémonie», a-t-il ajouté. Plus de 5000 personnes ont commencé à affluer dès le matin en un flot continu que déversait la bouche du métro proche de la salle.
Toute la classe politique canadienne et québécoise était présente : le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, le Premier ministre provincial, Philippe Couillard, les chefs des principaux partis, des ministres, le maire de Montréal et celui de Québec, ville où a eu lieu le massacre ainsi que le consul général d’Algérie à Montréal. Les cercueils des victimes étaient exposés, couverts du drapeau algérien. Ils devraient arriver aujourd’hui en Algérie. Khaled Belkacemi, 60 ans, professeur en génie alimentaire à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’université Laval (Québec), sera enterré à El Harrach. Abdelkrim Hassane, 41 ans, informaticien, analyste-programmeur pour le gouvernement québécois, sera enterré à Staouéli.

Le Premier ministre canadien, qui a été le premier à prendre la parole par quelques mots en arabe, a affirmé que «c’est le moment pour tous les Québécois, tous les Canadiens, d’être unis en deuil, de repousser l’intolérance, mais surtout d’être là pour les familles et une communauté qui ont énormément de peine aujourd’hui».

Il est rejoint par le Premier ministre provincial, Philippe Couillard, qui s’est adressé aux Québécois d’origine musulmane en leur disant qu’ils sont chez eux au Québec et au Canada. «Les mots prononcés, les mots écrits ne sont pas anodins. A nous de les formuler, à nous de les choisir, car ces mots peuvent unir, peuvent guérir ou peuvent trancher, blesser», a-t-il ajouté, faisant référence, à demi-mot, certes, à l’islamophobie et au climat de stigmatisation quotidienne que subissent les musulmans, que ce soit dans les médias ou de la part de politiciens en mal d’appuis populaires.

Les mots ont un impact

Le même discours est partagé par Denis Coderre, le maire de Montréal, qui lui aussi a utilisé l’arabe au début de son intervention. «Il est temps de réaliser que les mots prononcés ont un impact. Que chaque message, tous ces messages sur les médias sociaux ne doivent plus être pris à la légère», a-t-il dit.

Lors de son intervention, le consul général d’Algérie à Montréal, Abdelghani Cheriaf, a rappelé que les communautés étrangères «sentent depuis un certain temps se poser sur elles un regard de méfiance et de suspicion». «Ces victimes innocentes sont tombées sous les balles du fanatisme, de la haine et de l’intolérance. Un acte commis dans une ville où on disait que rien ne présageait d’une telle violence. Faut-il payer de sa vie le simple fait de vouloir pratiquer sa foi ou sa religion ? Faut-il s’étonner de voir ce déferlement de violence ? Quand bien même ce phénomène est réduit, il ne faut pas le négliger ou le banaliser», a-t-il déclaré.

Il a fini son discours sur une note d’espoir. «Mais une lumière a jailli à travers toutes ces bougies allumées à Montréal, à Québec et dans d’autres lieux pour dire le rejet de l’ostracisme et surtout pour marquer leur solidarité avec la communauté musulmane du Canada et partager son deuil sincèrement.» Le maire de Montréal a appelé tout le monde à «profiter de la journée d’aujourd’hui pour faire notre propre examen de conscience». De même que celui de Québec. «Que leur sacrifice soit le ferment d’un nouvel espoir pour nous tous», a-t-il dit.

Le Québec, une société pacifique qui a su par différents mécanismes démocratiques réduire la violence politique à pratiquement zéro, est sous le choc. L’opinion publique est toujours marquée par la tuerie à la Polytechnique, où 14 jeunes étudiantes avaient été tuées le 6 décembre 1989 par un homme armé. De quoi sera fait demain ? Le Premier ministre provincial a affirmé récemment qu’il y aura «un avant et un après attentat» contre la mosquée de Québec.

La réaction du député fédéral libéral, Joël Lightbound, de la formation politique du Premier ministre canadien, résume bien l’attitude des hommes politiques. Dans une déclaration faite devant le Parlement canadien au cours de la semaine, il demandait pardon aux victimes qui sont issues de sa circonscription électorale. «Pardon d’avoir vu prendre racine dans le cœur de mes semblables la peur, la méfiance et la haine. Pardon de ne pas en avoir fait assez. Si les mots ont des conséquences, les silences aussi ont des conséquences. Plus jamais !» a-t-il déclaré.

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La province du Québec n’échappe pas aux groupes d’extrême droite et à l’islamophobie

février 3, 2017

Jamais en Occident au cours des 15 dernières années, selon les analyses du magazine québécois L’Actualité, une attaque contre un lieu de culte musulman ou autre n’a fait autant de victimes que l’attentat contre la mosquée du quartier Sainte-Foy à Québec, la capitale de la province canadienne du même nom.

islamophobie

Le jeune étudiant en sciences politiques, Alexandre Bissonnette, qui a visité la mosquée quelques jours avant son acte et discuté avec des fidèles, est revenu dimanche soir à l’heure de la prière du Icha. Armé d’une mitraillette AK-47 et d’une arme de poing 9 mm. L’attaque n’a duré que quelques minutes tuant six personnes et blessant une dizaine d’autres, faisant 17 enfants orphelins, selon différents médias locaux. Le bilan aurait pu être plus lourd si l’arme de l’assaillant ne s’était pas enrayée. Parmi les victimes deux Algériens. Il s’agit de Khaled Belkacemi et de Abdelkrim Hassan. Ils seront enterrés en Algérie. Une cérémonie funéraire a eu lieu hier, jeudi, dans une grande salle de sports de Montréal.

Les dépouilles devraient arriver au pays demain. Le gouvernement algérien a décidé de prendre en charge les frais de rapatriement. Les autres victimes viennent de Tunisie, du Maroc et de Guinée. Frédéric Castel, chargé de cours et chercheur au département de sciences des religions de l’université du Québec à Montréal rappelle qu’«environ 43% des musulmans du Québec sont nés au Maghreb et 25% dans la province. C’est une communauté hyper instruite».

Acte terroriste?

Bien que l’attaque ait été qualifiée de terroriste par la Premier ministre canadien Justin Trudeau, l’assaillant de 27 ans ne fait pas face à des accusations de terrorisme. La justice canadienne s’est suffi, pour le moment, d’accusation de meurtre prémédité. Ce qui a fait sourciller beaucoup d’observateurs.

Dans une longue explication jurido-technique, des sources judiciaires ont affirmé à Radio Canada que «des accusations de terrorisme ne sont pas forcément pertinentes puisque le délai quant à son éligibilité pour une libération conditionnelle pourrait aller, théoriquement, jusqu’à 150 ans». L’auteur de l’attentat est présenté par des connaissances comme quelqu’un aux idéaux «très à droite et ultra-nationaliste suprématiste blanc», selon Le Journal de Montréal. Adepte de Marine Le Pen et de Donald Trump ou du groupe identitaire nationaliste québécois G.n.ration nationale.

Au Québec, il existerait entre 20 à 25 groupes d’extrême droite, selon le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence de Montréal comme La Meute, Atalante Québec ou la Fédération des Québécois de souche. Selon des fuites de son interrogatoire après son arrestation, il a affirmé aux enquêteurs qu’il «craignait et détestait les musulmans» et ne cachait pas «son hostilité envers les membres de la communauté musulmane», selon les sources du journal La Presse.

Beaucoup d’observateurs n’ont pas été surpris par cette attaque puisque la rhétorique islamophobe au Québec, et partout en Occident, s’est décomplexée et prend différentes formes. Parfois au nom de la lutte contre l’islamisme radical et parfois pour défendre les thèses identitaires pour des raisons électorales ou idéologiques. Au Québec, deux tendances se télescopent à propos du concept d’islamophobie lui-même. La première la qualifie de concept frauduleux et est promue par la droite identitaire. La seconde est l’apanage des islamistes et des intégristes qui crient à l’islamophobie à toute critique de l’islam.

D’ailleurs le drame au Québec est que le Centre de lutte contre l’islamophobie est une émanation de la mouvance intégriste et dirigé par un imam controversé. Ceci finit par donner l’effet inverse. Même si en 2015, l’Assemblée nationale du Québec avait adopté unanimement une motion dénonçant l’islamophobie, les chroniqueurs spécialisés dans l’islam-bashing ont continué leur besogne au quotidien ce qui poussent certains individus influençables à commettre l’irréparable.

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L’Etat algérien prendra en charge le rapatriement des deux victimes algériennes de l’attentat de Québec

février 1, 2017

Le rapatriement des corps des deux victimes algériennes de l’attentat contre la mosquée de Québec sera pris en charge par l’Etat algérien, a-t-on appris auprès du consulat d’Algérie à Montréal.

enterrement

Khaled Belkacemi , 60 ans, est né à El Harrach. Il était professeur en génie alimentaire à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval (Québec).

Abdelkrim Hassane est né à Alger. Agé de  41 ans, il était père de trois filles âgées de 10 ans, 8 ans et 15 mois. Informaticien, il travaillait au gouvernement du Québec comme analyste-programmeur.

 »L’exposition des corps et la prière auront lieu demain jeudi à partir de 13:00 à l’arena Maurice Richard (2800 Rue Viau, Montréal, QC H1V 3J3), selon Anie Samson, mairesse de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension et la Présidente de la commission de la sécurité publique de Montréal. »

D’autres victimes sont tombées sous les balles du suprémaciste Alexandre Bissonnette : Mamadou Tanou Barry, 42 ans de Guinée, Aboubaker Thabti, 44 ans de Tunisie, Azzeddine Soufiane, 57 ans du Maroc, Ibrahima Barry, 39 ans de Guinée.

Selon les Frédéric Castel, chargé de cours et chercheur au Département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal « environ 43 % des musulmans du Québec sont nés au Maghreb et 25% dans la province. C’est une communauté hyper instruite ».

 

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Attentat contre la mosquée de Québec : Hommages aux victimes à travers le Canada

février 1, 2017

Plusieurs rassemblements ont eu lieu à travers le Canada en hommage aux victimes de l’attentant terroriste contre la mosquée de la ville de Québec perpétré dans la soirée du dimanche par un jeune adepte de l’extrême droite.

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A Québec, la capitale de la province, plusieurs hommes politiques canadiens et québécois ont pris part à la vigile en mémoire de six victimes.

«Nous n’acceptons pas cette haine», a déclaré Justine Trudeau le premier ministre canadien lors de ce rassemblement auquel ont pris part des milliers de personnes, devant le Centre culturel islamique de Québec, siège de la mosquée. «Nous défendrons et protégerons toujours votre droit de vous rassembler et de prier, aujourd’hui et tous les jours», a-t-il ajouté.

D’autres villes ont organisé des rassemblements similaires : Montréal, Ottawa, Toronto, Halifax, Edmonton…

Si au début, la confusion était totale sur l’auteur ou les auteurs de la tuerie, les services de sécurité canadiens ont finalement divulgué l’identité de l’unique assaillant qui porte le nom d’Alexandre Bissonnette.  Agé de 27 ans, il fait face « à 11 chefs d’accusation, dont 6 de meurtre prémédité ».

 

Deux Algériens parmi les victimes

Deux Algériens font partie des victimes tombées sous les balles d’Alexandre Bissonnette. Il s’agit, comme annoncé par El Watan, de Khaled Belkacemi. Agé de 60 ans, il était professeur en génie alimentaire à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval. Originaire d’Alger, il était aussi chercheur affilié à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels.

La seconde victime algérienne est  Abdelkrim Hassane. Agé de  41 ans, il était père de trois filles âgées de 10 ans, 8 ans et 15 mois. « Informaticien, il est arrivé au Québec en 2010 et a rapidement décroché un emploi. Il travaillait au gouvernement du Québec comme analyste-programmeur. Auparavant, il aurait travaillé pour une compagnie pharmaceutique en Algérie. Une de ses anciennes collègues le décrit comme un homme gentil, pieux et respectueux », selon Radio Canada.

Le gouvernement algérien a aussi confirmé l’identité des victimes algériennes. «Nous avons le regret de confirmer le décès de Abdelkrim Hassane né le 20 mai 1975 à Alger et de Khaled Belkacemi né le 18 janvier 1957 à El Harrach, dans l’attaque terroriste perpétrée dans la soirée du 29 janvier courant contre le Centre culturel islamique de Québec», rapporte l’agence officielle APS.

Les autres victimes sont : Mamadou Tanou Barry, 42 ans de Guinée, Aboubaker Thabti, 44 ans de Tunisie, Azzeddine Soufiane, 57 ans du Maroc, Ibrahima Barry, 39 ans de Guinée.

 

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Attentat contre la mosquée de Québec : Deux Algériens parmi les victimes

janvier 30, 2017

Deux Algériens font partie des six victimes qui ont été tuées dans l’attentat survenu dimanche soir contre une mosquée de la ville de Québec (Canada), a-t-on appris auprès d’une source proche de l’association qui gère le centre culturel auquel est affilié le lieu de culte.

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Il s’agit de Karim Hassan et Khaled Belkacemi.  Ce dernier est ingénieur en informatique à l’université Laval. Agé de 43 ans, il est père de trois enfants dont un bébé de moins d’un an. Il est originaire d’Alger.

Les autres victimes sont d’origine marocaine, tunisienne et malienne.  L’attentat a aussi fait une dizaine de blessés parmi les fidèles présents à la prière de la soirée (Icha).

Deux assaillants cagoulés sont entrés dans la mosquée et ont tiré sur les présents. Ils ont été arrêtés par les forces de l’ordre.

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Le monde selon Donald Trump (entretien avec le politologue Miloud Chennoufi)

décembre 30, 2016

A deux semaines de l’investiture américaine, Miloud Chennoufi, professeur de relations internationales au Collège des Forces canadiennes de Toronto, analyse brillamment la victoire de Donald Trump, l’impact de son élection sur le Moyen-Orient ou la libération de la parole islamophobe. Entretien.

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Avez-vous été surpris par l’élection de Donald Trump ? 
Je ne m’y attendais pas, mais je ne suis pas surpris. Des facteurs clairement identifiables expliquent cette victoire. Le petit monde de Washington fonctionne depuis la fin de la guerre froide selon deux consensus dont les effets sont rejetés par ceux qui ont permis à Trump de triompher. D’une part, le consensus néolibéral selon lequel la logique strictement économique doit primer sur tout le reste. Donc dérégulation, désengagement de l’État et ouverture des marchés, le tout sous la métaphysique d’un marché censé produire de la prospérité pour tous et par conséquent assurer une justice sociale automatique. Le système a effectivement produit de la prospérité, mais uniquement pour une partie de la population. De larges pans de la société américaine, notamment parmi la majorité blanche, ont été réduits à la pauvreté, parfois une pauvreté abjecte. Le second consensus est celui de la guerre permanente, principalement au Moyen-Orient. Cette logique guerrière a exacerbé les griefs qui sont le point d’ancrage de la radicalisation islamiste, ce qui a conduit à la série d’attentats aux États-Unis qu’on connait, créant ainsi un sentiment d’insécurité. Or l’insécurité et des conditions socio-économiques détériorées représentent toujours un terrain fertile au populisme qui répond à des problèmes complexes par des réductions simplistes, systématiquement xénophobes, avec comme objectif de normaliser le sentiment ethnocentrique ou raciste et construire un bassin électoral sur cette base. C’est de cette logique que Trump s’est nourri lorsqu’il a fait de la Chine, des Musulmans et des Latino-Américains des bouc-émissaires. Les firmes de sondage ne pouvaient pas le voir parce que leur méthodologie repose sur un déni des effets désastreux des deux consensus; elles font partie du microcosme politique qui les déconnecte d’une partie de la réalité.
Était-il assuré de gagner pour autant ?
Non. Il aurait suffi à Clinton de mobiliser la coalition électorale qui avait permis à Obama de gagner deux fois. C’était hors de portée pour elle pour la simple raison qu’elle concentrait en sa personne et en son parcours politique les deux consensus que je viens d’évoquer. Femme de pouvoir plus que femme d’État, de renoncement en renoncement aux principes pour acquérir ou maintenir le pouvoir, elle a fini par incarner un establishment dont les soucis se limitent aux courses et aux intrigues de pouvoir à Washington. Très proche de Wall Street, donc totalement éloignée des préoccupations de l’électeur démocrate moyen, et furieusement va-t-en-guerre, en opposition à la base militante de son propre parti, elle a perdu entre sept à dix millions d’électeurs qui avaient pourtant voté pour Obama ou qui appartiennent au bassin électoral du Parti Démocrate. On peut dire que Trump n’a pas perdu parce qu’il avait en face de lui une candidate qui ne pouvait pas gagner. Mais malgré son ton populiste, Trump ne fera rien pour remettre en cause le consensus économique néolibéral; il n’en a jamais exprimé l’intention. C’est pourquoi les classes populaires qui ont voté pour lui pour des raisons économiques, seront les premières déçues, de la même manière que furent déçues les classes populaires qui ont voté pour Sarkozy en France. Leur servir du racisme et de l’islamophobie ne leur permettra pas de nourrir leurs enfants.
Existe-t-il d’autres facteurs d’explication?
Oui, le fait que les électeurs hommes blancs aient voté de façon significative pour Trump, un homme sexiste et raciste, n’est pas le fruit du hasard. Il existe aux États-Unis un discours victimaire selon lequel l’homme blanc a été émasculé par les droits civiques arrachés par les Afro-Américains puis les minorités, et surtout par l’émancipation des femmes. Ce mythe repose sur la nostalgie envers une sorte de paradis perdu, celui des années 1950s, où les hommes blancs régnaient en maîtres absolus sur la minorité noire et sur les femmes. Une époque où un génie noir du jazz comme Miles Davis n’avait pas le droit d’utiliser les mêmes toilettes que les blancs qui venaient pourtant écouter sa musique. Une époque néo-patriarcale où les épouses étaient soumises, et où la violence contre elles étaient la norme. Tous ceux qui ont perdu la bataille contre le mouvement des droits civiques et celui des femmes durant les années 1960s et 70s, ainsi que leurs héritiers d’aujourd’hui, entretiennent ce mythe et les haines qui l’accompagnent. Un homme en particulier en est l’incarnation. Son nom est Samuel Huntington, l’auteur du fameux Choc des civilisations. Dans l’ultime chapitre de son livre, il blâme l’extension des droits pour tous les maux de la société et de l’économie américaine; il ne pouvait le faire qu’en posant le problème en termes identitaires où se mêlent rejet de l’immigration latino-américaine et islamophobie. Or Huntington, directement ou indirectement, fut le maitre-penseur de toute une génération de leaders populiste en Occident, de Sarkozy à Trump. C’est aussi le rejet de l’extension des droits a par ailleurs s’est manifesté par le renforcement de la droite religieuse  évangéliste, profondément islamophobe, belliqueuse et antilibérale, depuis la présidence de Ronald Reagan. Voilà pourquoi le sexisme et le racisme de Trump, non seulement ne l’ont pas fait perdre, ils lui ont permis de gagner. De la même manière que la bigoterie religieuse de son colistier, Mike Pence, le vice-président élu, a joué en leur faveur.  Le même discours sur hommes blancs victimes de l’immigration et du féminisme se trouve aujourd’hui au cœur de la rhétorique populiste en Europe, tout particulièrement en France.
L’élection de Trudeau avait donné espoir aux progressistes au Canada et un peu partout dans le monde, mais avec Donald Trump ne risque-t-on pas d’assister à voir une vague de droite identitaire ?
La mouvance  identitaire en Occident, est souvent de droite, mais pas toujours. Le Parti Québécois n’est pas de droite; il est pourtant dominé depuis quelques années par cette mouvance. Qu’elle soit de droite ou de gauche, la mouvance identitaire est toujours xénophobe et sa présence dans un champ politique donné ouvre systématiquement la voie soit à des paroles, soit à des actes racistes.
Pour répondre à votre question, sans être un inconditionnel de Trudeau, je considère que son élection a illustré avec brio ce que la démocratie libérale a de plus civilisé à offrir : optimisme, ouverture, souci du faible, etc. tout en demeurant réaliste. Mais il ne faut pas oublier que le même sentiment existe aux États-Unis aussi; il est même bien enraciné. Sinon les Américains n’auraient jamais élu un noir deux fois, ni une immigrante somalienne portant le hijab. Les électeurs de Trump se trompent profondément s’ils pensent avoir gagné la fameuse guerre culturelle (une expression commune dans les débats politiques américains)  qui déchire leur société depuis plusieurs décennies. D’un côté, une Amérique libérale, multiculturelle, favorable à la logique progressiste de l’extension des droits, et de l’autre côté, une Amérique illibérale, un terme de plus en plus utilisé pour désigner les conservateurs qui n’acceptent de la démocratie que les élections pour perpétuer une situation de domination, d’où la nervosité face à la diversité, le sexisme et la xénophobie. C’est l’éternelle dynamique de la modernité et de l’anti-modernité. Cette dynamique existe au Canada aussi, même si le sentiment libéral est plus présent. Elle existe partout ailleurs également. Trump n’est pas unique. De Sarkozy à Valls en France, Erdogan en Turquie, Orban en Hongrie, Duterte au Philippines; tous ces hommes ont en commun avec Trump d’avoir bénéficié d’élections démocratiques, alors qu’ils rejettent des valeurs libérales fondamentales. Voilà pourquoi il ne s’agit pas d’un problème pour les Américains uniquement mais pour tout le monde.
Trump, Ira-t-il jusqu’à ficher les musulmans ou ce n’était qu’une stratégie électorale ?
Je suis incapable de vous répondre avec certitude; je ne le sais tout simplement pas. Je sais cependant que la surveillance des Musulmans, y compris des universitaires bien établis, a lieu aux États-Unis. La parole islamophobe est libre mais elle n’est pas considérée comme normale. L’un des combats que nous impose l’opposition modernité versus anti-modernité tournera autour de la volonté antimoderne de normaliser l’islamophobie. Or dans ce combat, les différentes communautés musulmanes doivent prendre conscience maintenant plus que jamais, d’une part, que la solution n’est pas dans le repli identitaire que souhaitent les conservateurs et les islamistes parmi eux, et d’autre part, que ce combat est indissociable de tous les autres combats que doivent mener les autres minorités, qu’elles soient ethno-religieuses ou de genre. L’opposition entre modernité et anti-modernité n’est rien d’autre qu’une opposition entre la diversité et le chauvinisme identitaire. Et dans ce combat, les alliés objectifs des musulmans sont les progressistes des autres groupes, y compris parmi les blancs. C’est pourquoi ils doivent eux-mêmes adopter une attitude progressiste à l’égard de la diversité. En clair, on ne luttera jamais efficacement contre l’islamophobie si on n’est pas en même temps opposé à la misogynie et à l’homophobie, et autres formes du rejet de la diversité.
Une vague de réfugiés américain au Canada est-ce un fantasme de journalistes ou ça risque vraiment d’arriver?
Plutôt un fantasme. Mais de la question de savoir pourquoi tant d’Américains ont menacé de s’exiler en cas de victoire de Trump, il faut tirer une conclusion importante. À savoir qu’il existe au Canada une masse critique au sein de l’opinion publique qui tient absolument à maintenir un rapport sain à la diversité. Mais il faut faire attention, parce que l’opposition qui fracture les États-Unis n’est pas propre aux Américains. C’est une caractéristique de la dynamique politique actuelle partout dans le monde, y compris au Canada. Il existe au sein du Parti Conservateur canadien des forces qui partagent avec Trump les mêmes réflexes xénophobes et sexistes mêmes si cela ne s’exprime de façon aussi vulgaire. Rien n’empêche que ces forces se sentent encouragé par le succès de Trump. Rappelez-vous, l’élection de Sarkozy en 2007 s’est traduite presque instantanément en polémique islamophobes et anti-immigrations au Québec. Jusqu’ici, les stratégies fondées sur l’islamophobie ont conduit à des échecs électoraux cuisants, tant mieux d’ailleurs, mais cela n’empêchent pas certaines forces conservatrices au fédéral et d’autres forces séparatistes au Québec de continuer à en faire usage. Par conséquent, l’action en faveur d’une diversité heureuse est absolument nécessaire et la participation des communautés musulmanes encore plus. Encore une fois, leur sort est le même que celui de toutes les autres cibles des conservateurs et autres nationalistes ethniques.
Sur le plan international allons-nous assister à un rapprochement avec la Russie ? Qu’en sera-t-il avec la Chine ?
L’interdépendance entre les économies américaines et chinoises est très profonde. Trump ne se trompe pas lorsqu’il affirme que la délocalisation des industries américaines, en Chine notamment, a provoqué la paupérisation d’une partie de la population américaine. Mais il est vrai aussi que si les prix des produits de consommation n’explosent pas sur le marché américain, c’est notamment dû au fait qu’ils sont produits en Chine. Si Trump va de l’avant avec sa guerre commerciale avec la Chine, il aura à faire face aux lobbies financier et industriel qui profitent largement de l’interdépendance économique avec la Chine, mais aussi à une population qui ne supportera pas une inflation galopante. De façon général, le président américain, quel qu’il soit, détient un pouvoir considérable, mais son pouvoir n’est pas absolu. La raison tient au fait qu’à Washington, le pouvoir est diffus et s’articule, se condense et se déploie dans plusieurs centres (les lobbies, le Congrès, les Think-Tanks, etc.) qui ne sont pas nécessairement aux ordres du président. Sur la Chine en particulier, Trump aura une bataille à mener dans sa propre famille politique avec de tenter d’imposer sa politique au reste du champ politique américain. Sur la Russie, les choses vont être tout aussi compliquées pour lui. On sait qu’il a critiqué l’affrontement diplomatique avec la Russie; c’est la raison pour laquelle Moscou fut satisfaite de son élection. On sait aussi qu’il partage la même analyse que les Russes sur la Syrie et sur le Moyen-Orient, exception faite de la question palestinienne. Mais si même Obama n’a pas réussi à maintenir un accord diplomatique avec les Russes sur la Syrie du fait que les militaires et leurs alliés à Washington en rejetaient les termes (le jeu des centres de pouvoir encore une fois), Trump aura à son tour à composer avec ceux, très nombreux à Washington, qui veulent que la tension soit maintenue avec Moscou. Cela étant dit, avec du doigté Obama a réussi à imposer l’option diplomatique avec l’Iran. Trump peut le faire concernant la Russie, mais à l’évidence les habiletés d’Obama lui font cruellement défaut.
Quel sera l’impact de cette élection sur le Moyen-Orient ?
D’abord, les Palestiniens. Ils ne doivent s’attendre à rien. Mais à ce propos, il n’avait rien à attendre de Clinton non plus. Elle a de tout temps assumé son attitude anti-palestinienne. Trump est totalement insensible à la souffrance des Palestiniens et en cela il est au diapason de la norme en vigueur à Washington. Mais à la différence de Clinton qui, malgré ces décisions désastreuses concernant le Moyen-Orient (de l’invasion de l’Irak à l’entretien de la guerre civile en Syrie en passant par la Lybie), pouvait prétendre jouir d’une certaine connaissance de la région, Trump affiche la même ignorance que celle de George W. Bush, ce qui est alarmant. Mais à la différence de Bush, il a répété ad nauseam durant la campagne qu’il était opposé aux changements de régime dans la région parce que cela jouait en faveur des extrémistes islamistes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il était favorable à la lecture russe du conflit syrien. Là aussi, il s’attaque dans sa rhétorique au consensus de Washington sur la guerre permanente. Rien ne dit qu’il va pouvoir imposer sa vision. Mais ce n’est pas impossible. Une chose est certaine, l’opposition syrienne qui a eu pour seule stratégie de ralentir, voire paralyser, tout processus diplomatique, en attendant que Clinton soit élue présidente et qu’elle reproduise le scénario libyen en Syrie, ce qu’elle était effectivement prête à faire, eh bien cette opposition figure parmi les grands perdants de cette élection. Cela étant dit, il ne faut pas s’attendre à un changement significatif dans le caractère belliqueux de la politique américaine. Et l’ignorance caractéristique de Trump n’arrange rien. Il est totalement incohérent d’affirmer d’un côté et au nom de la stabilité  que l’entretien de la guerre civile en Syrie est une erreur, et de l’autre promettre une remise en cause de l’accord avec l’Iran et le retour à la tension du passé. Autre élément qui nous oblige à ne pas s’attendre à une amélioration, c’est le fait que l’une des têtes pensantes de Trump sur le Moyen-Orient soit Walid Phares, un universitaire qui a immigré aux États-Unis du Liban où il était membre de la milice fasciste des Forces Libanaises, celle-là même que tout le monde soupçonne d’avoir massacré des milliers de Palestiniens à Sabra et Chatilla. Un islamophobe notoire. Mais un islamophobe qui a appris que l’alliance des États-Unis avec l’Arabie Saoudite et les autres pays du Golfe est tellement profonde qu’elle transcende la volonté des présidents successifs. C’est pourquoi il a annoncé récemment que la politique de Trump au Moyen-Orient va reposer sur cette alliance précisément. On verra.
Donc, il ne faut rien espérer pour la Libye ?
En fait, la Libye demeure une question périphérique pour Trump. Elle lui a uniquement servi à enfoncer le clou dans sa critique de Clinton et de l’instabilité que les interventions américaines provoquent au Moyen-Orient. Le coeur de l’intérêt américain dans la région va demeurer le Moyen-Orient.

Par Samir Ben  Contactez moi

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L’Algérien Mourad Debbabi à la tête d’une chaire de cybersécurité de l’Université Concordia

décembre 21, 2016

L’ancien diplômé en informatique de l’université de Constantine,  Mourad Debbabi,  vient d’être désigné à la tête d’une nouvelle chaire pour mener des recherches sur la sécurité des réseaux électriques intelligents à l’université Concordia.

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 Mourad Debbabi, le Mr Cyberscécurité de la même université est aussi vice-doyen de la recherche et des études supérieures à la Faculté de génie et d’informatique. Il « a été nommé titulaire principal de la Chaire de recherche industrielle principale CRSNG-Hydro-Québec-Thales sur la sécurité des réseaux électriques intelligents et les attaques cyberphysiques : détection, prévention, atténuation et remise en état », annonce l’université montréalaise dans un communiqué.

« Je collabore activement avec l’industrie depuis quelques années en vue de mettre sur pied ce programme de recherche. Je suis donc enchanté d’avoir maintenant les moyens de concrétiser ce que nous avons envisagé, déclare Mourad Debbabi. Cet apport renforcera le travail déjà reconnu de l’équipe de spécialistes en cybersécurité de Concordia et nous permettra d’affirmer notre leadership dans ce secteur d’activité, tant à l’échelle nationale qu’internationale. »

A ce titre, son équipe bénéficiera d’une subvention d’un peu plus de 2 millions de dollars canadiens pour mener ses recherches.

Elle est formée « d’environ 25 chercheurs, professeurs, diplômés, postdoctorants et experts de l’industrie ».

Par Samir Ben  Contactez moi

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Diffamation : Djemila Benhabib gagne son procès

décembre 15, 2016

L’auteure Djemila Benhabib ne pouvait espérer meilleur cadeau pour les fêtes de fin d’année. Elle vient d’être blanchie par la cour supérieure du Québec des accusations de diffamation portées contre elle par Les Ecoles musulmanes de Montréal, un établissement d’enseignement privé agréé.

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L’essayiste était poursuivie au civil pour une interview qu’elle avait donnée à une radio québécoise en 2012 où elle y avait comparé l’enseignement offert dans cette école à «de l’endoctrinement digne d’un camp militaire en Afghanistan ou au Pakistan».  La direction de l’école lui réclamait 95 000 dollars en dommages moraux et punitifs.

Lors du procès tenu en septembre dernier, Ahmed Khebir, président du conseil d’administration de l’école a expliqué que son «école était dans un état de panique. Les élèves étaient furieux, il y en avait même qui pleuraient. On leur disait qu’ils étaient des futurs terroristes ou intégristes».

La juge en charge du procès a souligné qu’à aucun moment le mot « terroriste » n’a été utilisé par Djemila Benhabib. Cette dernière n’a fait qu’exprimer son opinion. « Une personne raisonnable ne conclurait pas que les propos tenus en ondes par Djemila Benhabib sont diffamatoires. Cette personne comprendrait qu’elle y exprimait de bonne foi son opinion honnête et sa croyance sincère, qu’elle est libre de partager ou non», peut-on lire dans les extraits du jugement repris par les médias locaux.

De son côté Djemila Benhabib avait expliqué, lors de son témoignage en cour, que si elle avait à refaire l’entretien, elle maintiendrait ses propos.

« Sans nier que l’Ecole musulmane de Montréal ait pu être choquée par les propos de Djemila Benhabib, ceux-ci, pris dans leur ensemble, n’ont pas entaché sa réputation, de sorte qu’elle est mal fondée de réclamer quelque somme que ce soit à ce chapitre », estime la juge.

«Le port du voile et la mémorisation coranique au niveau de l’enseignement du primaire sont assurément des sujets d’intérêt public qui justifient une liberté d’expression. Il s’agit de sujets qui soulèvent un débat dans notre société et il faut permettre à chacun de s’exprimer le plus librement possible sur ces questions.», peut-on lire dans un autre extrait publié sur La Presse.

Djemila Benhabib a quitté l’Algérie pendant la décennie noire pour se réfugier au Québec, fuyant la menace islamiste contre sa famille. Née en Ukraine de mère chypriote-grecque et de père algérien, elle est l’auteure de Ma vie à contre-Coran et Les soldats d’Allah à la conquête de l’occident, deux essais sur la menace islamiste.

Elle est proche de la branche identitaire du Parti Québécois (PQ), dans l’opposition, un parti nationaliste qui milite pour l’indépendance de la province du Québec. Elle été candidate du PQ à deux élections provinciales. Djemila Benhabib a été aussi correspondante pour le journal El Watan au Canada.

Cette victoire de la militante a été saluée par les milieux laïcs. L’Enjeu actuellement au Québec et même en occident est de faire la part des choses entre deux extrêmes : un discours franchement islamophobe qui se cache derrière la liberté d’expression et un discours islamiste rétrograde qui brandit l’accusation d’islamophobie contre toute critique de l’islam pour faire avancer son agenda.

Au Québec, l’Assemblée nationale a adopté, en octobre 2015, à l’unanimité une motion qui condamne «l’islamophobie, les appels à la haine et à la violence envers les Québécois de confession musulmane ».

 

On peut écouter l’entretien en cause sur ce lien :  http://www.985fm.ca/lecteur/audio/les-ecoles-musulmanes-de-mtl-recrutent-djemila-ben-123671.mp3

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Fellag : «Bled Runner, la fin du cycle de mes histoires algériennes»

novembre 25, 2016

L’humoriste présente Bled Runner, son dernier spectacle, ce jeudi soir à l’Olympia de Montréal devant 1 300 personnes, dont une bonne partie est issue de la communauté algérienne du Canada. Vu l’engouement du public, deux supplémentaires ont été rajoutées. Fellag, qui sera en tournée pour les deux prochaines années, revient dans cet entretien sur ce cycle entamé il y a 20 ans avec Djurdjurassik Bled.

fellag

© Denis Rouvre

– A Montréal, le public connaît votre personnage, M. Lazhar, du film éponyme où vous jouiez le rôle principal, mais pas Fellag l’humoriste ?

C’est vrai. La raison est que je ne me suis jamais produit ici. C’est la première fois.  Avec toute la communauté algérienne au Québec, on me demandait de venir. Le festival «Juste pour rire» m’avait invité à partir de 1999. Mais le problème est que j’avais des tournées énormes. Je donnais jusqu’à 150 représentations par an. Il était très difficile de trouver des dates où ça se passait au mois de juin où j’étais déjà sur les genoux. Je m’arrêtais. Je m’occupais de mes enfants.

Je partais en vacances. Je ne jouais plus après… Mon avant-dernier spectacle, Petits chocs de civilisations, qui était monté juste après M. Lazhar sorti en 2011, a failli être présenté ici dans le cadre de «Juste pour rire». Mais c’est moi qui ai reculé au dernier moment. Je me suis dit que c’est un casse-gueule. «Petits chocs des civilisations», qui a eu un énorme succès en France, où il a été joué plus de 300 fois, est une adresse aux Français. L’écriture elle-même, vu l’histoire qu’il y a entre la France et l’Algérie depuis plus de 150 ans avec tout l’imaginaire et les clichés des deux côtés.

Il n’y a pas un Français, pas un Algérien qui n’ait pas un oncle ou une tante qui vit en France, ou un Français qui n’ait pas un grand-père qui était colon ou chef de gare en Algérie. Tout ça faisait que le spectacle ne convenait pas pour le Québec. Tout d’un coup, j’ai eu peur. Une sueur froide. J’allais faire un spectacle pour un public qui n’avait aucune référence, ni émotionnelle ni historique, et ceci même s’il allait y avoir certainement des Algériens dans la salle.

– Vous ne courez pas le même risque avec Bled Runner ?

Non. Parce qu’avec celui-là c’est une autre écriture. C’est un voyage à travers tous mes spectacles depuis 20 ans. Je raconte l’histoire d’un Algérien des années 1950 jusqu’à maintenant en empruntant les chemins de tous les spectacles créés en France depuis 20 ans.

– Bled Runner est donc  un best of  ?

Non, c’est une réécriture. J’ai pris les thèmes et je les ai réinventés, réécrits, réaménagés, revus autrement. On a l’impression qu’on connaît, mais on ne connaît pas. Il va y avoir des gens qui vont dire : tiens, on a déjà vu celui-là, mais en fait ils ne l’ont pas vu ! Un tiers complètement nouveau, un tiers complètement bouleversé et le dernier tiers presque identique à ce qu’ils étaient avant.

Une sorte de voyage labyrinthique, comme je l’ai écrit, à travers ce que j’ai écrit depuis 20 ans en reprenant des thématiques qui sont encore d’actualité et les réinventer et les redresser parce qu’on n’a pas le même point de vue. J’ai 20 ans de plus, donc je ne vois pas les choses de la même façon.

– Au fond, c’est une fin de cycle. Alors que prévoyez-vous d’explorer dans le futur  ?

Tout à fait, c’est une fin de cycle. Je boucle une boucle qui sont les histoires algériennes, toutes ces valises d’histoires, de folies et de fantaisies que j’ai prises avec moi en m’arrachant de ce pays. Pendant 20 ans, j’ai raconté tout ceci de façon délirante  ! Bled Runner fait une boucle avec Djurdjurassik Bled ! Le futur, ce sera du théâtre, des livres, du cinéma, des one man shows, mais qui seront beaucoup moins dans le burlesque.

– On comprend que vous ne prendrez pas votre retraite de sitôt !

Non (rire). Dans ce formidable métier, à chaque âge on a un imaginaire nouveau, des désirs nouveaux. Regardez, Michel Bouquet. Depuis trois ans, il joue tous les soirs et il a 91 ans ! Si vous le voyez, vous serez pétrifié par l’énergie qu’il dégage à son âge.

– L’Algérien a toujours été votre matériau de base. Comment arrivez-vous à être à jour tout en vivant en France ?

D’abord j’ai 45 ans de maturation algérienne, d’observation, de vie, d’échange, de bouillonnement, de plaisir, de folie, d’humus… c’est en moi. Je puise dans des milliards de puits en moi et j’en trouve toujours et encore !

Par ailleurs, il y a une communauté algérienne en France extrêmement variée et nombreuse que je rencontre et que j’observe, je continue ma vie d’Algérien en France, l’autre moitié étant avec les Français et je crée des liens entre les deux ! Dans mes spectacles en France, ce qui est formidable, il y a 50 % d’Algériens et 50% de Français, surtout dans les grandes villes, il se crée des croisements et des plaisirs inouïs qui se font dans le public à travers mes histories. Ceci crée des liens, des ponts.

– A quand un spectacle en Algérie où vous n’en avez pas donné depuis 20 ans ?

Après mon départ d’Algérie et pendant six ans, il n’y avait rien à faire en Algérie à cause de la violence qui nous avait forcés à partir. Tous les théâtres étaient fermés. C’était particulièrement difficile pour moi qui joue tous les soirs. A un moment, c’était devenu un problème économique, car il fallait que je travaille. Je fais partie de ceux qui sont partis les derniers début 1994. Je ne voulais pas partir, ce n’était pas un luxe que je me permettais. J’en ai souffert énormément.

J’ai failli attraper une dépression les trois premières années en France, tout en ayant du succès. C’était interne. J’ai joué pendant un an en Tunisie et j’ai connu un succès fou, en France c’était pareil. Mais en dedans, ça me travaillait et j’ai frôlé la dépression à cause de tout ça. Petit à petit, j’ai commencé à trouver ma place en francisant mes spectacles et en trouvant un nouveau public qui a été très attiré par ce que je faisais. Les enfants vont à l’école, j’ai des amis et j’ai entamé des tournées. Et en premier lieu, personne ne m’a appelé d’Algérie !

Mais tout ceci a changé ?

Oui, mais je laisse la place aux jeunes. Je suis un autre après 22 ans. Cette Algérie que je raconte c’est mon Algérie à moi. Elle m’appartient et je la partage avec tous les gens qui s’y reconnaissent. Mes spectacles sont en français, il faudra écrire d’autres spectacles et là j’entame une tournée de deux ans. Donc, ce n’est pas du tout politique, ce n’est pas un abandon du pays, c’est un bonheur pour moi d’y jouer. C’est aussi simple que quand Sonelgaz demande à un ingénieur d’EDF de venir et qu’il réponde qu’il est pris et qu’il a des engagements.

– La situation en Algérie avec un Président aux capacités physiques réduites ne peut-elle pas être un sujet intéressant pour vous ?

Le pouvoir ne m’intéresse plus. Il m’intéresse dans sa bêtise, dans son absurdité en tant que système, mais pas les personnes ou sur une actualité. Il y a beaucoup de gens qui les traitent et le font beaucoup mieux que moi et sont plus près du problème. Moi je fais des choses plus paraboliques sur le système.

J’aimerais que les choses que je raconte continuent à faire rire dans cinq ans, dix ans. Je ne traite pas de l’actualité. Je l’ai fait au moment où j’étais à Alger quand l’actualité avait débordé la rue parce qu’il y avait une joie du changement après la chute du «mur de Berlin d’Alger» en 1989. Il y avait une euphorie à tous les niveaux. C’était avec Cocktail khorotov et sos labess.  Je me mêlais de l’actualité parce qu’elle était un sujet moteur de la société. Mais à partir du spectacle Un bateau pour l’Australie, j’ai commencé à faire de la vraie écriture théâtrale qui essaie d’aller vers des choses plus profondes, mais qui sont les causes de l’actualité quelle qu’elle soit.

– Peut-on rire de tout ?

Oui, on peut rire de tout mais  ça dépend comment. On ne peut pas mettre de limites au rire. On peut mettre des limites aux manières, aux façons de rire. Je ne veux pas faire fuir le public. Je joue devant des salles de 800, 1300 personnes si je fais fuir la moitié de la salle c’est comme si je me tirais une balle dans le pied. Je travaille sur mon texte pour ne pas choquer ou blesser. C’est un long processus qui me permet à la fin de monter sur scène et si ça ne plaît pas à quelqu’un, je peux discuter avec lui.

Par Samir Ben  Contactez moi

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