Bochra Manai, chercheure en sciences sociales à l’université de Montréal : « L’importance de raconter sa version des faits »

S’il y a un conseil que donnerait Bochra Manai, post-doctorante en sciences sociales à l’université de Montréal, à tout immigrant et toute personne ne faisant pas partie du groupe majoritaire c’est de raconter et d’écrire « sa version des faits », Car s’ils ne le font pas, d’autres le feront à leur place,

 

« Parce que tant que l’on n’écrit pas sa version des faits, on reste toujours sous le joug du discours dominant », dit celle qui est coordinatrice d’un regroupement d’organismes communautaires du quartier Montréal-Nord,

On peut imaginer qu’un tel discours a été prononcé devant un public acquis d’avance lors d’une rencontre sur les problèmes « systémiques » qui minent les relations entre la société et ses minorités, au sens large,

Mais rien de tel, Cette citoyenne canadienne à la croisée de plusieurs identités (tunisienne, française, algérienne et berbère, l’ordre étant aléatoire!) a trouvé la manière et le ton de le dire lors d’une soirée plutôt mondaine qu’elle a présidée samedi dernier à Montréal,

A l’occasion de la deuxième édition du Magherb-In, un événement qui met de l’avant la femme maghrébine du Québec, A équidistance entre une levée de fonds, une soirée de gala et un 7 à 9 de réseautage, Bochra Manai a invité les membres de la diaspora à ne pas hésiter à « noircir des feuilles blanches »,

L’enjeu n’est pas des moindres : raconter sa version des faits, «Pas de Fake facts ou de fake news, mais une possibilité de raconter leur vécu», tient-elle à préciser,

Cette nuance est nécessaire depuis que l’une des conseillère de l’actuel président des Etats-Unis a popularisé le concept de « faits alternatifs »,

«  Nous sommes porteurs d’une histoire collective. Celle des émigrants algériens, maghrébins ou berbère. Celle des immigrants du Québec, tantôt définis comme francophones, tantôt comme musulmans ! Nous faisons en somme l’expérience d’une société dans laquelle ce que nous sommes doit être dit. Pourquoi, parce que si nous continuons à attendre que les autres disent de nous du bien, qu’ils nous connaissent et nous reconnaissent, nous passons à côté du pouvoir des mots. », a-t-elle expliqué aux invités de la Fondation club avenir qui, elle aussi, s’est donnée pour mission de promouvoir l’excellence au sein de la diaspora maghrébine au Canada et au Québec,

« J’ai décidé que jamais personne, ni les islamophobes, ni les racistes, ni les cyniques, ni les contradicteurs, ni les polémistes, ni les individus aux intentions douteuses, personne ne parlerait en mon nom , En tant que femme, musulmane, au parcours tunisien et français, je dispose d’un regard, d’une acuité à lire les choses, les terrains de recherche, les débats de société ou les relations humaines, que personne ne peut me retirer. », a-t-elle ajouté,

Cette obsession de l’écriture lui a été transmise par son père qui a dû fuir « à pieds » la Tunisie de Benali pour se réfugier un moment en Algérie puis en France au début des années 1990. Il sera suivi par sa femme, une Algérienne, et ses enfants ,

Le manque de temps n’est pas une excuse aux yeux la chercheure, «Ce n’est pas une raison. Pourquoi? Parce qu’il y aura toujours un autre, qu’il soit chercheur, journaliste ou un écrivain, pour coucher votre réalité sur papier. Et que cela peut aussi créer des frustrations », met-elle en garde,

Elle a rappelé la polémique qui a suivi et qui poursuit toujours la pièce de théâtre Fredy, Une pièce-documentaire écrite par Annabel Soutar et qui raconte la mort de Fredy Villanueva un jeune homme tué par des policiers qui tentaient de l’arrêter et suivie d’une émeute dans le quartier de Montréal-Nord,

« Un des problèmes autour de cette œuvre, qui a certaines qualités, c’est qu’elle est une version des faits artistiques pensée et produite par et pour ceux qui ne vivent pas les enjeux. Je pense à la version des faits de la mère, du père, des sœurs et du frère. Quelle aurait été leur version des faits, leur narration de la douleur. Comment auraient-il mis en scène leur pouvoir des mots ? », s’est-elle questionnée,

Joignant l’acte à la parole, Bochra Manai publiera le mois de mai aux Presses universitaires de Montréal un ouvrage sur les Maghrébins de Montréal basé sur sa thèse de doctorat en études urbaines soutenue à l’INRS (Montréal) en 2015,

 

Par Samir Ben  Contactez moi

———————– Prière de prendre note que tout commentaire qui contient des insultes, des propos racistes, islamophobes ou anti-sémites sera systématiquement refusé. Signalez-le moi. Cet espace doit demeurer un lieu de débat contradictoire basé sur le respect de tout un chacun. ——————————

copyright – 2012-2018 – Samir Ben

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3 Responses to Bochra Manai, chercheure en sciences sociales à l’université de Montréal : « L’importance de raconter sa version des faits »

  1. Un ami du Maghreb dit :

    Connissant quelques Maghrébins vivant à Montréal, j’iai hâte de lire le livre tiré de sa thèse.

    Y trouverais-je des questions que je me pose depuis longtemps?

    Pourquoi on ne voit voit jamais de Maghrébins au Musée des Beaux-Arts de Montréal ou dans d’autres museés? Pourquoi on n’en voit jamais au cinéma, surtout quand il s’agit de films québécois? Pourquoi on n’en voit pas davantage au théâtre?

    Pourquoi sont-ils aussi indifférents à la culture québécoise? Sont-ils trop accros à leur antenne parabolitque qui les ramène à leur pays d’origine? Oui, je m’interroge…

    • montrealdz dit :

      Mr Joyal
      Est-ce que ce sont des faits que vous avancez là ou juste vos perceptions et préjugés?
      Car, des Maghrébins, j’en ai vus au musée des beaux arts, personnellement.
      Il est clair que quelqu’un qui galère pour joindre les deux bouts n’a pas le temps d’aller au musée et c’est valable aussi pour les Québécois de condition modeste.
      Je ne sais pas mais vos questions sentent trop fort le préjugé à mon avis.

  2. Karim Lassel dit :

    1) Elle n’a jamais été Algérienne et ce n’est pas parce qu’elle et sa famille a séjourné quelques mois en Algérie ça fait d’elle une Algérienne.

    2) Elle fait partie de ces individus qui n’ont plus aucune identité nationale et se cherchent une image comme musulmane bon chic bon genre.

    3) Elle fait partie de ces individus qui malgré des études au doctorat elle n’a pas encore appris qu’être Arabe ne veut pas dire être musulman et être musulman ne veut pas dire être arabe… elle ne le dit pas mais elle le laisse penser par ses actions…. (voir sa proximité avec AMAL et son concitoyen Haroun Bouazzi un pure produit de l’idéologie de la fraternité à la française développée pendant deux décennies par Tariq Ramadan.

    4) Aujourd’hui elle a trouvé le créneau maghrébin et il s’y infiltre comme beaucoup d’autre sans ménagement… Cela lui sert de tremplin et c’est pas si mal qu’elle le fasse….

    5) Je lui donne entièrement raison de suggérer que les immigrants venant d’Afrique du Nord doivent écrire leur histoire plutôt que de laisser les autres le faire… Et malheureusement, mis à part un ou deux, beaucoup écrivent des romans, leurs histoires passées et jamais sur leur arrivé et leur vie au Québec.

    Sans rancune….

    PS : Un conseil gratuit, ya si Samir Ben, il y a des  »Mkhekhes » au Québec qui sont bien de chez nous. Ils sont discrets, ils sont productifs, ils sont empathiques… Attelez-vous à faire leurs portraits plutôt que celui de nos voisins auxquels je voues, globalement, un grand respect.

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