Diaspora algérienne au Canada : Motivations et histoires de réussites

Ils sont venus, ils étaient tous là!  L’auditorium du collège Regina Assumpta de Montréal  a accueilli  hier la première édition de la journée Where’ACC  organisée par le Centre culturel algérien (CCA) et consacrée au développement personnel.

Rayene Bouzitoun

C’était l’occasion pour les présents d’écouter les histoires de réussite et les motivations qui drivent les jeunes – y compris la deuxième génération –  issus de la diaspora algérienne au Canada et en Allemagne.

Protocole oblige,  et après l’intervention du président du CCA, Adel Ghlamallah ainsi que le chef du projet Where’ACC  (qui veut dire Où es-tu ? quand c’est prononcé en algérien), Youcef  Redjaouani, la parole a été donnée au Consul d’Algérie à Montréal, Abdelghani Cheriaf.

Pour ce dernier,  qui est revenu sur les problèmes de discrimination qui traversent les sociétés occidentale, « il n’est pas normal de demander à la deuxième génération qui est citoyenne canadienne et qui est passée par l’école canadienne, de s’intégrer. Ces jeunes évoluent dans une société qui est la leur ». « Ce n’est pas une raison pour se recroqueviller sur soi », a-t-il toutefois ajouté.

La ministre canadienne du patrimoine, Mélanie Joly, invitée à intervenir  a essayé de définir « c’est quoi être canadien », elle-même une 12ème génération. Pour elle, cinq éléments fondent l’identité canadienne : «  Nous sommes une petite population dans un vaste pays [36 millions d’habitants sur près de 10 millions de Km2, NDLR], proches d’un grand voisin, les États-Unis. Les autochtones. Le français et l’anglais.  La démocratie et enfin l’immigration ».

 

Conférence TEDx

Calquées sur le modèle des conférences TEDx, les présentations étaient chronométrées à 18 minutes.

Rayene Bouzitoune, 18 ans, membre du Conseil jeunesse du Premier ministre canadien, Justin Trudeau a ouvert le bal. Enchainant sur la notion d’appartenance au Canada , elle a rappelé qu’elle est arrivée d’Algérie à quatre ans. Croyant au début que c’était un aller-retour, elle a fini par comprendre que c’était un aller simple.

Son parcours d’immigrante, elle le symbolise par le tracé qu’on laisse en traversant une tempête de neige.  « Ce ne sera pas normal que les générations immigrantes après nous retrouvent la même tempête mais qu’elles ne puissent pas marcher dans nos pas », explique-t-elle à une assistance, dont certains avaient l’âge de ses grands-parents,  qui l’écoutait religieusement. Pour construire son identité, chose pas facile même si elle serait restée en Algérie, elle s’est impliquée dans son milieu. « Quand j’ai compris que je suis au Canada pour longtemps, j’ai commencé à attendre le moment où je deviendrais canadienne ! », a-t-elle ajoutée. « Même avec mes papiers et ma citoyenneté, j’avais toujours cette conviction que je n’étais pas encore Canadienne. Qu’est-ce qui manque alors même si je parle bien le français et avec parfois un petit accent québécois ?»,  s’est-elle interrogée.  C’est en comprenant qu’en contribuant  à la société et en s’impliquant à tous les niveaux, pas exclusivement au niveau gouvernemental, qu’elle consolidait son appartenance à cette société canadienne.  « S’impliquer peut consister juste à lancer une initiative locale comme un comité de recyclage dans une école primaire! », précise-t-elle.  Et quand on fait quelque chose pour la société, l’écho de nos actions nous revient.  «Ce monde est une montagne et nos actions sont les cris. L’écho de nos actions nous revient », a-t-elle conclu par cette citation du poète soufi Jalal Eddine Rumi

Sarah Dahmani

Sarah Dahmani, arrivée au Canada à l’âge de 11 ans se rappelle du premier choc linguistique qu’elle a eu en s’installant avec ses parents à St-Guillaume (Québec), un village de 1500 habitants!  A sa première journée de classe, elle est rentrée chez elle en pleurant en demandant, en colère, à ses parents pourquoi ils l’avaient inscrite dans une école anglophone!. Son père, intrigué, l’accompagne le lendemain à sa nouvelle école et finit par comprendre que l’enseignante avait un fort accent québécois!

Comme elle était une excellente élève en Algérie, elle a compris que pour maintenir son niveau, elle devait redoubler d’efforts.  Elle allait commencer à travailler en milieu hospitalier avant de comprendre que ce n’était pas ce qu’elle voulait au fond d’elle.  Elle abandonne tout et postule pour un travail au sein d’un organisme à but non lucratif qui s’occupe de l’environnement à la grande incompréhension de ses parents.

A force de persévérer elle a obtenu en 2013 avec on équipe le Phénix de l’environnement, la plus haute distinction en environnement au Québec.  De cette expérience, elle se rappellera toujours de la réaction d’un collègue québécois à qui elle a dit qu’elle était contente et tellement chanceuse d’avoir obtenu ce prix. « Félicitation Sarah ! La chance n’existe pas. La chance c’est de savoir saisir les opportunités quand elles se présentent! » , lui avait-il lancé.

Ghani Kolli

Ghani Kolli, entrepreneur et conférencier, qui vit au Canada depuis 2011, a rappelé que son premier choc migratoire et culturel, il l’a eu quand il a déménagé de son village natal Tagma en allant s’installer à Bejaia. Un autre choc culturel en arrivant à Alger. Le succès pour lui « c’est de rester et demeurer ce que nous sommes profondément. Car avec tous ces mouvements d’un lieu à un autre avec toutes ces cultures et sous-cultures, l’enjeu est de rester soi-même ».

 

Si Mohand Ou Mhand, the new cool!

C’est en bleu de Shanghai qu’Ismail Chaib, venu de Berlin, a donné  sa conférence  en arabe algérien. Il a entamé sa présentation en racontant l’histoire du poète kabyle Si Mohand Ou Mhand  (1848-1905) qui a quitté son village après un désaccord avec son entourage. Le directeur des opérations chez TESOBE (une Startup dans le domaine financier en Allemagne) fera  le parallèle avec son propre grand-père qui a quitté sa Kabylie natale pour s’installer et fonder une famille à El Harrach (Alger).  Arrive son tour, lui aussi, fâché un peu contre son propre pays,  qu’il quittera il y a quelques années pour la France puis l’Allemagne.

Ismail Chaib

Mais la décision de partir n’était pas facile. Il y avait cette  « peur » de tout laisser tomber. A l’époque, il avait une start-up prometteuse SMSBridge qui fonctionnait bien. Il avait « peur » de tout quitter, situation et famille.  Quelque temps après son installation en France pour étudier, il a eu une opportunité de travail en Allemagne sur le projet Open Bank. Encore une fois, cette « peur » de tout lâcher!  En analysant son parcours, il s’est rendu compte que les décision les plus déterminantes sur sa vie ont été prises à ces moments de « peur ». En conclusion, « sortir de sa zone de confort » est la seule façon pour avancer dans la vie, selon Ismail Chaib qui fera, lui-même,  face à une autre « peur »… il aura bientôt 30 ans! Gageons, qu’il s’en sortira ! Il faudra lui poser la question «  Wo bist Du ou Where’ACC » à ce moment-là !

 

Par Samir Ben  Contactez moi

———————– Prière de prendre note que tout commentaire qui contient des insultes, des propos racistes, islamophobes ou anti-sémites sera systématiquement refusé. Signalez-le moi. Cet espace doit demeurer un lieu de débat contradictoire basé sur le respect de tout un chacun. ——————————

copyright – 2012-2017 – Samir Ben

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :