Isabelle Roy, ambassadrice du Canada en Algérie : «Le Canada accueille chaque année quelque 300 000 personnes»

A l’occasion du 150e anniversaire du Canada, la diplomate canadienne revient pour El Watan sur les relations entre son pays et l’Algérie et la situation dans le monde, à deux mois de la fi n de sa mission en Algérie.

Le premier lien entre l’Algérie et votre pays est sans doute la communauté des Algériens qui vivent au Canada. Combien sont-ils ?

La communauté algérienne au Canada est très importante et en croissance depuis quelques années. Je dois souligner qu’à mon arrivée en Algérie en 2015, le consulat général d’Algérie à Montréal parlait déjà de 100 000 Algériens.  Ce nombre a dû largement augmenter depuis deux années, j’ai vu récemment le chiffre de 150 000 personnes. Cette communauté avec laquelle j’ai le plaisir de rencontrer et d’échanger lors de mes voyages au Canada, notamment à Montréal est très dynamique, instruite et professionnellement qualifiée. C’est un pont entre nos deux pays et permet d’envisager des partenariats accrus entre petites et moyennes entreprises novatrices, de même qu’entre institutions notamment dans le secteur de l’éducation et de la formation.

 

En plus de ces derniers, combien sont les Algériens qui visitent le Canada chaque année?

De par la forte communauté algérienne établie au Canada, de plus en plus d’Algériens se rendent au Canada pour des visites familiales, certaines personnes s’y rendent aussi pour découvrir le pays. En 2016, 14 000 Algériens ont visité le Canada pour différentes raisons.

 

Etudes au Canada

 

Pour rester dans les chiffres, il y a aussi les étudiants algériens qui choisissent le Canada pour leurs études supérieures…

Les études au Canada intéressent les étudiants du monde entier et cet intérêt est motivé par la qualité de la formation qui fait la réputation des universités canadiennes. Chaque année, plusieurs établissements canadiens figurent dans le classement des meilleures universités du monde de par la qualité de l’enseignement dispensé, mais aussi l’ouverture de la société canadienne sur le monde. Le Canada est la 7e destination du monde la plus populaire pour les étudiants internationaux, en 2015, le Canada a accueilli 353 262 étudiants internationaux. En 2017, trois villes canadiennes sont classés parmi les 20 premières villes universitaires, il s’agit de : Montréal (1ère), Toronto (10e) et Vancouver (11e).

Les étudiants algériens ne sont pas en reste de cette quête d’un enseignement de qualité et d’un environnement multiculturel et linguistique. C’est pourquoi, le Canada arrive au deuxième rang des destinations étrangères les plus populaires auprès des étudiants algériens. Le nombre d’étudiants algériens qui choisissent le Canada pour poursuivre leurs études est en croissance constante, malgré que les études ne soient pas gratuites. Ils étaient 600 étudiants en 2011 alors que ce nombre était de 1160 en 2016.

 

Vos services organisent régulièrement des salons pour promouvoir les études dans les collèges et universités canadiennes. Bien que les études ne soient pas gratuites, ces salons connaissent un grand engouement. Comment expliquez-vous ceci ?

Effectivement, pour la quatrième année consécutive, l’Ambassade a organisé le Salon de l’éducation au Canada, les 29 et 30 novembre 2016 au Palais de la Culture.  Le salon a connu un grand succès auprès des jeunes et leurs parents qui cherchent à offrir à leurs enfants la meilleure éducation, qui leur ouvrira les portes de la réussite. À l’heure de

la mondialisation, l’éducation, l’innovation et le savoir-faire sont des moteurs essentiels de l’économie, c’est pourquoi le secteur de l’éducation et la recherche sont des priorités au Canada. L’engouement pour les études au Canada s’explique aussi  par le fait que les diplômes universitaires, diplômes ou certificats canadiens sont reconnus dans le monde entier; la qualité de l’éducation et le niveau de vie sont parmi les plus élevés du monde, mais le coût de la vie et les frais de scolarité pour les étudiants internationaux sont généralement inférieurs à ceux des autres pays. L’enseignement du français et de l’anglais comme première et seconde langues est une part intégrale de l’éducation canadienne, permet aux étudiants d’améliorer leurs compétences dans les deux langues. Je tiens à souligner que le Canada a été le seul pays à organiser un salon d’une aussi  grande envergure dédié au recrutement des étudiants, une initiative qui a été suivie par d’autres pays ces dernières années. En 2016, 12 institutions postsecondaires représentant 4 provinces canadiennes (Québec, Ontario, Manitoba, Nouvelle Écosse) ont participé au salon. La délégation comptait 11 institutions francophones et une bilingue. Les participants au salon d’Alger étaient constitués de 6 universités, 5 collèges et 1 groupement d’institutions. Plus de 1800 étudiants ont visité le salon EduCanada Alger, ils étaient intéressés par les programmes de Maitrise (53.7%), licence (26.2 %) et de doctorat (19.2%). Un intérêt aux programmes à vocation technique a également été relevé (19.6%).

 

Certaines provinces canadiennes et le Québec en particulier proposent des bourses pour les étudiants algériens ? Êtes-vous satisfaite de la gestion de ce dossier ?

Tout d’abord, en ce qui concerne le Québec, en vertu de l’entente de coopération signée entre le gouvernement du Québec et l’Algérie, une exemption des droits de scolarité supplémentaires est accordée à un nombre défini d’étudiants. Pour l’année 2015/2016, 33 doctorants ont été retenus pour compléter leur recherche au Canada dans le cadre du Programme National Exceptionnel mis en place pour le renforcement des capacités nationales d’encadrement en enseignants de rang magistral. En 2016/2017, 26 doctorants ont été retenus pour cette formation résidentielle au Canada.

Le Ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du Québec est responsable de la gestion de ces exemptions pour le gouvernement du Québec en collaboration avec le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique algérien, avec lequel l’Ambassade  travaille en étroite collaboration pour offrir toutes les facilités à la mise en œuvre de l’entente de coopération.

D’autre part, vous avez les bourses. Certaines universités canadiennes proposent des exonérations partielles des droits de scolarité qui permettent aux étudiants internationaux inscrits à temps plein à un programme d’études en français de payer les mêmes droits de scolarité que les citoyens canadiens et les résidents permanents. Une formule qui connait beaucoup de succès chez les étudiants de pays francophones.

 

Y a-t-il des canadiens inscrits dans des universités algériennes en utilisant ce système puisque l’Algérie offre aussi des bourses dans le cadre de ce partenariat?

La mobilité bilatérale n’est pas inscrite dans le précédent programme. Toutefois, un accord est en cours de développement avec le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique pour la mise en place d’un programme de mobilité d’étudiants, de même que pour  renforcer les liens entre les besoins de l’industrie et la recherche universitaire par des stages de recherche pour les étudiants de premier cycle et aux cycles supérieurs.  Ce qui permettra aux Canadiens d’effectuer leurs projets de recherche en Algérie dans le cadre de spécialités qui seront définies en amont.

 

Economie

Le volume des échanges entre les deux pays a connu une baisse considérable ces dernières années. Il est passé de 3.72 milliards de dollars en 2013 à 1,5 milliard en 2015 avant de se redresser à 2.37 milliards en 2016. Est-ce que la chute des prix du pétrole pourrait tout expliquer ?

De manière générale  la chute drastique des prix du pétrole a eu de lourdes conséquences sur l’économie mondiale et non seulement sur celles du Canada et de l’Algérie. Globalement, je dirais que oui, la chute des prix du pétrole a eu un impact sur le volume des échanges entre nos deux pays, même si la tendance baissière a été inversée en 2016, toujours en faveur de l’Algérie. Tout comme l’Algérie, le Canada travaille pour la diversification de son économie, depuis plus longtemps, afin de la rendre moins dépendante de la fluctuation des prix des hydrocarbures.  C’est pourquoi dans le cadre de nos échanges avec nos partenaires algériens nous explorons de nouvelles perspectives d’affaires dans de nouveaux secteurs.

 

Depuis votre arrivée à la tête de l’Ambassade du Canada en Algérie début 2015, vous semblez privilégier la PME dans les relations économiques entre les deux pays. Fini l’ère des grandes compagnies comme SNC Lavalin?

Les grandes compagnies canadiennes auront toujours une présence en Algérie et œuvreront  pour consolider et capitaliser la longue expérience acquise dans le cadre du partenariat avec les compagnies algériennes.  Comme les SNC-Lavalin,  ces compagnies n’ont jamais quitté l’Algérie, même pendant les années les plus difficiles que le pays  a traversées et elles ont accompli un grand travail et ont été à l’origine de la consolidation des relations économiques entre le Canada et l’Algérie. De grands édifices, symboles qui font aujourd’hui la fierté de l’Algérie, comme l’Office Riadh El Feth ou le Palais de la culture, portent une empreinte canadienne.  L’Ambassade continuera à appuyer le travail de ces entreprises qui sont la fierté du Canada de par l’expertise qu’elles apportent. Par la suite, vous avez tout le tissu des PME, qui aujourd’hui jouent un rôle moteur dans l’innovation et la création d’emplois. Si on parle aujourd’hui des PME c’est par ce qu’elles pèsent lourd dans l’économie mondiale. 95% des entreprises dans le monde sont des PME et elles emploient près de 60% de la main-d’œuvre du secteur privé. Les PME contribueraient à hauteur de 50 % à la valeur ajoutée brute (VAB) mondiale. C’est dire toute leur importance dans la dynamique économique des pays. Au Canada, les PME représentent plus de 98% du tissu d’entreprises et elles sont un véritable levier de la croissance économique du pays. Je pense que l’expérience canadienne peut être mise à profit dans le cadre du partenariat algéro-canadien. À ce titre, je me réjouis de la visite en Algérie de la première mission commerciale de femmes d’affaires canadiennes qui débuté le 2 juillet. La mission est conduite par la vice-première ministre du Québec, ministre des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Allègement réglementaire et du Développement économique, Mme Lise Thériault.  Cette mission permettra aux femmes d’affaires canadiennes d’avoir des échanges avec  le monde des affaires algérien, après la première rencontre qui a eu lieu au Canada au mois d’avril dernier [mission du Forum des chefs d’entreprise, NDLR].

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Quels sont les secteurs prioritaires pour développer les affaires entre l’Algérie et le Canada ?

Le Canada reste ouvert à tous les secteurs où les opportunités d’échanges et d’affaires peuvent être identifiées. Nous avons identifié un certain nombre de secteurs porteurs tels que le secteur de l’énergie, notamment les énergies renouvelables, les infrastructures, principalement dans le domaine de l’eau, le transport, les technologies de l’information et des communications ainsi que l’agroalimentaire.  Nous sommes à l’écoute de nos partenaires algériens et prêts à apporter notre expérience dans les domaines que les entreprises algériennes souhaitent développer.

 

À un moment, des entreprises canadiennes voulaient activer dans le gaz de schistes. Mais en l’absence de consensus dans l’opinion publique algérienne  autour ces sources d’énergie non conventionnelles, le gouvernement parle maintenant d’énergies renouvelables. Les compagnies canadiennes répondront-elles présent ?

Le Canada est mondialement connu pour son excellence et innovation dans le secteur des  technologies propres, en particulier les énergies renouvelables. Plus de 65 % de l’électricité produite au Canada provient de source d’énergie renouvelable, ce qui fait du Canada un meneur au sein du G7. Dans le monde, le Canada est le deuxième producteur en importance d’hydroélectricité, le septième producteur d’électricité éolienne, et le cinquième producteur de biocarburant. De plus, Canadian Solar est l’une des plus importantes entreprises d’énergie solaire dans le monde.

Nous sommes très conscients de l’importance que prendront  les énergies renouvelables dans le mix énergétique algérien. La création en Algérie d’un ministère de l’environnement et des énergies renouvelables n’est qu’une autre preuve de l’importance qu’accordent les pouvoirs publics aux énergies propres.  Le programme algérien pour le développement des énergies renouvelables ainsi que le prochain appel aux investisseurs constituent des opportunités que nous tâcherons de promouvoir auprès des entreprises canadiennes qui jouissent d’un grand savoir-faire dans l’énergie solaire, les technologies de stockage d’énergie et de réseaux intelligents. Je suis convaincue que l’expertise et le savoir-faire canadiens peuvent avoir une place sur le marché algérien qui connait une grande dynamique.

 

Pour les entreprises algériennes quelles pourraient être les opportunités d’affaires au Canada ?

Comme vous le savez, l’économie canadienne est une économie libre et ouverte sur toutes les initiatives. Le Canada offre un environnement idéal d’affaires  pour les entreprises du monde entier, y compris algériennes. Le Canada offre de nombreuses opportunités, d’abord c’est une porte d’entrée sur le marché américain, avec en prime le bilinguisme (anglais et français). Vous y trouvez aussi une croissance solide et stable, l’économie canadienne est une des rares à avoir surmonté la crise économique;  une fiscalité attractive; des ressources naturelles abondantes; des technologies de pointe et une main-d’œuvre hautement qualifiée.

 

Quelle appréciation font les compagnies canadiennes de la règle 49/51 ?

Permettez-moi tout d’abord de souligner que nous respectons toutes les décisions souveraines de l’État algérien. Les grandes entreprises canadiennes connaissent le marché algérien, sur lequel  certaines sont présentes depuis de longues années et elles s’adaptent à cette règle. Cependant, les nouvelles entreprises, en particulier les PME, qui ciblent le marché algérien pour la première fois pourront sérieusement considérer cette règle dans le choix de la destination de leurs investissements à l’étranger. Notre rôle c’est de leurs fournir toute l’assistance nécessaire pour comprendre le contexte et les particularités du marché algérien.

 

Est-ce que ce serait un frein à des projets d’investissements ? 

Toute entreprise dans le monde des affaires souhaite, dans la mesure du possible, avoir un contrôle total de ses investissements et des profits générés. Dépendamment, des intérêts que ces dernières peuvent avoir, elles s’adaptent aux contraintes que représentent certains marchés au niveau de la législation, du risque financier ou sécuritaire ou tout autre risque. Ça c’est dans le cas des grandes entreprises, les choses sont un peu plus compliquées pour les petites et moyennes entreprises, plus sensibles compte tenu de leurs tailles et ressources plus modestes.

 

Qu’est-ce qui a joué le plus, selon vous, dans l’implantation de l’usine de Bombardier Aéronautique au Maroc ?

C’est une question qu’il faudrait adresser au principal intéressé. Bombardier Aéronautique est une société d’envergure mondiale qui doit prendre en considération une multitude de facteurs avant de confirmer ses investissements dans de nouvelles usines.

 

La diaspora algérienne au Canada pourrait-elle jouer un rôle dans le renforcement des liens économiques ?

Certainement et c’est déjà le cas. Nombre de compétences de la diaspora algérienne établie au Canada travaillent pour des compagnies canadiennes présentes en Algérie. Ces compétences conjuguent l’expertise canadienne et la connaissance du marché algérien, ce qui fait d’elles un plus dans le renforcement des liens économiques entre nos deux pays.

 

Récemment, une délégation de gens d’affaires algériens s’est déplacée au Canada, quel bilan en faites-vous ?

Il s’agissait en fait de première délégation algérienne à participer à une mission d’affaires au Canada. Le bilan que j’en fais est positif puisqu’il a permis d’établir un contact direct entre les gens d’affaires algériens et canadiens. Cette mission a aussi été une occasion pour présenter l’Algérie et les opportunités d’affaires qui sont offertes aux investisseurs étrangers, car vu l’éloignement géographique, il n’était pas toujours évident de placer le marché algérien sur les priorités des gens d’affaires canadiens. Et dans ce cadre, je dois dire qu’un grand intérêt  a été manifesté aux présentations de la délégation algérienne.

 

Air Canada (Rouge) arrive en Algérie début juillet. Peut-on espérer voir se développer la destination Algérie pour les touristes canadiens ?

L’arrivée d’Air Canada en Algérie est un des évènements majeurs de cette saison estivale et on espère que cette présence va se développer pour toute l’année. Ce vol vient renforcer la liaison aérienne entre le Canada et l’Algérie vu la demande de plus en plus croissante. Il est clair que nous espérons que ce vol, à raison de quatre fois par semaine, permettra les échanges entre nos pays pour le transport des personnes en encourageant les touristes canadiens à visiter le beau pays qu’est l’Algérie, y compris le sud, et le touriste algérien à visiter le Canada. Mais il y a aussi toute la dimension économique que les liaisons aériennes, assurée par Air Canada ou Air Algérie, peuvent offrir en matière de déplacement des gens d’affaires ou de transport de marchandises.

 

Culture, sécurité sociale et retraite

 

Qu’en est-il de la coopération culturelle entre les deux pays?

Comme vous le savez, au Canada la question de la culture est une prérogative provinciale. Chaque province développe sa propre politique culturelle et dédie un budget à ce secteur. Malgré cela, à l’Ambassade nous essayons de développer des ponts culturels entre le Canada et l’Algérie à travers des activités qui s’inscrivent dans un cadre d’échange. Le Canada participe au Festival international de la bande dessinée d’Alger (FIBDA), au Salon international du livre d’Alger (SILA), le grand écrivain-académicien Dany Laferrière a été un des invités de marque de l’édition de 2016. Cette édition a été également marquée par la présence de l’Association nationale des éditeurs du livre du Québec, qui a représenté les maisons d’édition canadiennes à cette grande fête du livre. Je peux aussi citer les différents spectacles, projections de films et autres activités que l’Ambassade organise, notamment dans le cadre de la célébration de la langue française en collaboration avec les ambassades des pays membres de l’organisation internationale de la Francophonie accrédités en Algérie. Toutes ces activités s’inscrivent dans le cadre de la coopération culturelle algéro-canadienne.

 

La communauté algérienne au Canada qui est d’installation récente grandit et la deuxième génération arrive. Dans quelques années le problème de retraites va commencer à pointer du nez. Beaucoup d’Algériens qui vivent au Canada ont commencé leur vie active en Algérie et ont cotisé dans le système algérien. Est-ce que les deux gouvernements envisagent des discussions pour permettre une mobilité entre les deux systèmes des deux pays à l’image de la convention sur la sécurité sociale entre le Maroc et le Canada?

Le Canada et l’Algérie ont chacun manifesté de l’intérêt pour négocier un Accord sur la sécurité sociale. Bien qu’il n’y ait pas encore eu de session de négociation formelle, les parties ont échangé des documents qui pourront servir de base aux négociations. Nous espérons qu’une entente puisse être conclue prochainement, afin d’assurer une couverture sociale.

 

Le modèle canadien

Le Canada qui fête son 150e anniversaire cette année est composé de deux peuples fondateurs, les descendants des Français et des Anglais et de tous les autres bâtisseurs qui se sont joints à eux, est considéré pour beaucoup comme un modèle pour l’humanité par sa tradition de tolérance et d’accueil. Mais ceci n’a pas empêché l’émergence d’un discours xénophobe et islamophobe dont la pire expression s’est manifestée le 29 janvier dernier avec l’attentat de la grande mosquée de Québec ? Le modèle canadien multiculturel s’essouffle-t-il?

Le modèle canadien ne peut pas s’essouffler pour la simple raison que  la diversité  est un élément fondateur du  Canada. Il est vrai qu’il peut y avoir des moments de crispation et de replis identitaires, mais nous ne pouvons pas laisser des actes isolés, qui font malheureusement des victimes, conditionner nos vies et notre manière de voir le monde. L’attentat de la grande mosquée du Québec a certainement endeuillé des familles, mais il a touché toute la société canadienne, qui a exprimé son indignation et son rejet de cet acte  terroriste, comme l’a si bien qualifié le premier ministre Trudeau.

La diversité canadienne est un atout pour le Canada et les Canadiens. Nous formons une société tolérante et ouverte dans laquelle les autres cultures sont les bienvenues. Bien que nos racines soient anglaises, françaises et autochtones, nous tendons la main aux autres cultures dans le monde. Depuis le début de la Confédération jusqu’à aujourd’hui, des immigrants ont enrichi notre société et fait du Canada ce qu’il est aujourd’hui : une société pluraliste et pacifique, avec de solides valeurs démocratiques. Le Canada accueille chaque année quelque 300 000 personnes qui arrivent des quatre coins de la planète dans le cadre des différents programmes d’immigration. C’est  l’un des pays avec la population la plus diversifiée et c’est ce qui faisait sa force.  Aujourd’hui, un Canadien sur cinq est né à l’étranger. La solidarité canadienne s’exprime également à travers l’accueil des réfugiés. Nous nous rappellerons longtemps du chaleureux accueil réservé par notre Premier ministre, Justin Trudeau et toute  la société canadienne aux réfugiés syriens en 2016. Cet élan de solidarité envers le peuple syrien n’avait rien de particulier pour les Canadiens qui sont fiers de leur ouverture sur le monde. Au Canada, la diversité est un fait. Notre pays est la patrie de personnes de toutes origines, races, religions et orientations sexuelles. L’inclusion n’est pas le fait du hasard, mais un choix. Ce choix se fonde sur les nombreux avantages inhérents à la diversité : une croissance économique plus forte, une meilleure cohésion sociale ainsi que des contributions remarquables sur le plan culturel et civique. Il y a des décennies, le Canada a décidé d’adopter une politique de multiculturalisme et de bilinguisme officiel. Nous sommes plus que jamais déterminés à bâtir une société ouverte, inclusive, avec comme principes, le vivre ensemble, le respect, et la lutte à la discrimination, qu’elle soit fondée sur la race, la religion ou l’origine ethnique. Face à la peur et à l’intolérance, nous sommes tous forts et unis.

 

Le Canada bien qu’épargné grâce à sa géographie a connu deux attentats terroristes. L’Algérie a vécu les horreurs du terrorisme islamiste pendant la décennie noire. Le deux pays coopèrent dans la lutte antiterroriste. Mais peut-on envisager une coopération efficace dans la lutte antiterroriste en l’absence d’accord judiciaire entre les deux pays ?

Aujourd’hui, le monde entier est concerné par le terrorisme et la radicalisation, aucun pays ne peut se dire épargné et seule une collaboration étroite entre les pays peut aider à mettre un terme à la violence. La lutte antiterroriste est une priorité aussi bien pour le Canada que pour l’Algérie, qui d’ailleurs a une longue expérience en la matière qui lui permet de s’imposer comme un partenaire incontournable.

Nos deux pays travaillent étroitement dans le cadre de la lutte antiterroriste. Comme vous le savez, le Canada et l’Algérie coprésident depuis 2011 le Groupe de travail sur le Sahel du Forum mondial de lutte contre le terrorisme (FMLT/GCTF), qui vise à promouvoir la coopération régionale et internationale et offre de réelles opportunités d’échanges et d’étroite collaboration aux experts de sécurité du monde entier. Les activités dans le cadre de ce groupe de travail ont conduit au lancement d’un programme d’action sur la lutte contre l’extrémisme violent et à promouvoir l’engagement communautaire en Afrique de l’Ouest et au Sahel.

Lors de sa dernière réunion ministérielle en septembre 2015, le FMLT/GCTF a lancé son initiative intergroupe de travail pour aborder le cycle de vie complet de la radicalisation à la violence, qui cherchera à élargir les bonnes pratiques existantes du FMLT, tout en développant des outils supplémentaires pour lutter contre le cycle de vie complet de la radicalisation à la violence. Il a également lancé un mécanisme international d’échange de renseignements pour le renforcement des capacités de lutte contre le terrorisme et de lutte contre l’extrémisme violent, qui agira comme plateforme afin de mobiliser et de coordonner les ressources des donateurs dans le but de répondre aux besoins déterminés, sur la base de recommandations non contraignantes pour les bailleurs de fonds ou les exécutants.

Même si le Canada et l’Algérie n’ont pas de traité bilatéral d’assistance judiciaire mutuelle, les deux pays sont parties prenantes de certaines conventions multilatérales qui comportent des dispositions sur l’assistance judiciaire mutuelle, notamment la Convention internationale pour la répression du financement du terrorisme et la Convention internationale pour la répression des attentats terroristes à l’explosif.

Par ailleurs, les lois d’assistance mutuelle du Canada permettent la mise en place d’ententes administratives avec des pays qui ne sont pas parties à des traités bilatéraux pour répondre à une demande particulière d’assistance judiciaire mutuelle. Le Canada est également en mesure de donner suite à des demandes fondées sur une commission rogatoire provenant de tribunaux étrangers qui instruisent des affaires criminelles.

De plus, dans les situations où une ordonnance du tribunal n’est pas requise au Canada pour obtenir la preuve et que la requête respecte par ailleurs les exigences de la loi canadienne, le Canada peut être en mesure de prêter assistance à un pays avec lequel il n’a pas de traité bilatéral d’assistance judiciaire mutuelle. Chaque demande d’assistance est jugée individuellement, en fonction des exigences de la loi canadienne.

 

Etat du monde

 

La ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland vient de dévoiler les nouvelles priorités de la politique étrangère du Canada. Elle a, entre autres, réaffirmé le soutien et l’implication du Canada au sein de l’OTAN. L’année dernière le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, avait affirmé que le Canada n’écarte pas une intervention en Libye contre État islamique. Est-ce que cette option est toujours de mise ?

Le Canada est un contributeur majeur aux activités de l’OTAN depuis la fondation de l’Alliance en 1949, et reste engagé à maintenir la sécurité et la stabilité transatlantique et régionale. L’engagement du Canada au sein de l’alliance transatlantique pour la sécurité est indéfectible. Les contributions du gouvernement canadien s’inscrivent dans le cadre de la lutte contre l’extrémisme violent, de la défaite de Daech et du soutien aux personnes touchées par le conflit en Irak, en Syrie, en Jordanie et au Liban. Dans ce contexte, nous suivons la crise en Libye avec attention.

Pour ce qui est de la Libye, le Canada travaille en concertation avec ses partenaires de l’OTAN, mais encourage surtout toutes les parties prenantes au dialogue pour trouver une solution pacifique au conflit actuel.

 

 

Justin Trudeau

Une visite du Premier ministre canadien Trudeau en Algérie est-elle envisageable dans les prochains mois ?

Il n’y a pas de visite programmé à court terme. Depuis son arrivée comme premier ministre,  M. Trudeau a effectué plusieurs visites à l’étranger, mais n’a malheureusement pas encore eu l’occasion de visiter le Maghreb. Il est évident que nous encourageons une visite du premier ministre en Algérie, qui est notre premier partenaire économique en Afrique et avec qui  nous travaillons en étroite collaboration dans le cadre de la lutte antiterroriste. Je rappelle que Pierre Elliott Trudeau, père de l’actuel premier ministre, était venue en visite en Algérie en 1981, donc une visite de son fils serait une bonne occasion pour souligner l’excellence de nos relations.

 

Votre mission à la tête de l’ambassade canadienne à Alger prendra fin dabs quelques semaines, que garderez-vous de l’Algérie le après votre départ ?

Je connais l’Algérie depuis que, jeune étudiante en maîtrise à l’Université de Montréal, j’y ai passé trois mois en 1988-89, pour y compléter ma thèse portant sur le double marché des changes en Algérie (sciences économiques). Ce séjour inoubliable m’a permis de voyager du nord au sud – jusqu’à Ghardaïa et le fabuleux Tassili N’Ajjer – et de l’ouest à l’est en passant par les petite et grande Kabylie jusqu’à El Oued. Je souhaitais y revenir, j’ai eu l’immense privilège d’y représenter mon pays comme Ambassadrice depuis près de trois ans ; il est clair pour moi que je resterai liée encore à ce pays fascinant et magnifique, et que je n’attendrai pas 29 ans pour y revenir.

 

 

Biographie d’Isabelle Roy:

Ambassadrice du Canada en Algérie depuis février 2015, elle a un  Baccalauréat universitaire en sciences (B.Sc.) en mathématiques de l’Université de Montréal, 1983; un M. Sc. économie, Université de Montréal, 1989; un diplôme d’administration publique, École Nationale d’Administration, Paris, 1996. Isabelle Roy a enseigné les mathématiques au niveau secondaire au Gabon, mené des recherches sur les modèles économiques pour les pays en développement au Centre de recherche et développement en économique, à Montréal, et a été consultante en économie à la Banque mondiale.

Elle a débuté sa carrière à Affaires extérieures et Commerce extérieur Canada en 1990 et a occupé à Ottawa des postes comportant des responsabilités de plus en plus importantes, notamment à la Direction des affaires de la Francophonie, à la Direction des relations économiques et financières, à la Direction de l’Europe de l’Ouest et à la Direction de l’Afrique occidentale et centrale, où elle a été directrice adjointe et directrice.

Mme Roy a occupé des postes à Yaoundé et à Paris, respectivement à l’ambassade du Canada et à titre de membre de la délégation canadienne auprès de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

En 1997, elle a été la première diplomate canadienne à participer à un échange diplomatique avec le ministère français des Affaires étrangères. De 2005 à 2008, elle a représenté le Canada à titre d’ambassadrice au Mali. Avant sa nomination comme ambassadrice en Algérie, Mme Roy était à la tête de la Direction de la non-prolifération et du désarmement.

Par Samir Ben  Contactez moi

———————– Prière de prendre note que tout commentaire qui contient des insultes, des propos racistes, islamophobes ou anti-sémites sera systématiquement refusé. Signalez-le moi. Cet espace doit demeurer un lieu de débat contradictoire basé sur le respect de tout un chacun. ——————————

copyright – 2012-2017 – Samir Ben

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One Response to Isabelle Roy, ambassadrice du Canada en Algérie : «Le Canada accueille chaque année quelque 300 000 personnes»

  1. Kader El Fahem dit :

    Cimetiere musulman a St Apolonaire Quebec refuse. Pourquoi votre journal ne pas dire a nos amis quebecois que cette decision est perdante pour le Quebec En effet les pays musulmans les plus grands producteurs de petrole et de gaz naturel, le sont grace a leurs cimetieres. Les corps de musulmans enterres se transforment en petrole et en gaz naturel. ce serait une bonne aubaine pour les investisseurs quebecois…

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