Le monde selon Donald Trump (entretien avec le politologue Miloud Chennoufi)

décembre 30, 2016

A deux semaines de l’investiture américaine, Miloud Chennoufi, professeur de relations internationales au Collège des Forces canadiennes de Toronto, analyse brillamment la victoire de Donald Trump, l’impact de son élection sur le Moyen-Orient ou la libération de la parole islamophobe. Entretien.

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Avez-vous été surpris par l’élection de Donald Trump ? 
Je ne m’y attendais pas, mais je ne suis pas surpris. Des facteurs clairement identifiables expliquent cette victoire. Le petit monde de Washington fonctionne depuis la fin de la guerre froide selon deux consensus dont les effets sont rejetés par ceux qui ont permis à Trump de triompher. D’une part, le consensus néolibéral selon lequel la logique strictement économique doit primer sur tout le reste. Donc dérégulation, désengagement de l’État et ouverture des marchés, le tout sous la métaphysique d’un marché censé produire de la prospérité pour tous et par conséquent assurer une justice sociale automatique. Le système a effectivement produit de la prospérité, mais uniquement pour une partie de la population. De larges pans de la société américaine, notamment parmi la majorité blanche, ont été réduits à la pauvreté, parfois une pauvreté abjecte. Le second consensus est celui de la guerre permanente, principalement au Moyen-Orient. Cette logique guerrière a exacerbé les griefs qui sont le point d’ancrage de la radicalisation islamiste, ce qui a conduit à la série d’attentats aux États-Unis qu’on connait, créant ainsi un sentiment d’insécurité. Or l’insécurité et des conditions socio-économiques détériorées représentent toujours un terrain fertile au populisme qui répond à des problèmes complexes par des réductions simplistes, systématiquement xénophobes, avec comme objectif de normaliser le sentiment ethnocentrique ou raciste et construire un bassin électoral sur cette base. C’est de cette logique que Trump s’est nourri lorsqu’il a fait de la Chine, des Musulmans et des Latino-Américains des bouc-émissaires. Les firmes de sondage ne pouvaient pas le voir parce que leur méthodologie repose sur un déni des effets désastreux des deux consensus; elles font partie du microcosme politique qui les déconnecte d’une partie de la réalité.
Était-il assuré de gagner pour autant ?
Non. Il aurait suffi à Clinton de mobiliser la coalition électorale qui avait permis à Obama de gagner deux fois. C’était hors de portée pour elle pour la simple raison qu’elle concentrait en sa personne et en son parcours politique les deux consensus que je viens d’évoquer. Femme de pouvoir plus que femme d’État, de renoncement en renoncement aux principes pour acquérir ou maintenir le pouvoir, elle a fini par incarner un establishment dont les soucis se limitent aux courses et aux intrigues de pouvoir à Washington. Très proche de Wall Street, donc totalement éloignée des préoccupations de l’électeur démocrate moyen, et furieusement va-t-en-guerre, en opposition à la base militante de son propre parti, elle a perdu entre sept à dix millions d’électeurs qui avaient pourtant voté pour Obama ou qui appartiennent au bassin électoral du Parti Démocrate. On peut dire que Trump n’a pas perdu parce qu’il avait en face de lui une candidate qui ne pouvait pas gagner. Mais malgré son ton populiste, Trump ne fera rien pour remettre en cause le consensus économique néolibéral; il n’en a jamais exprimé l’intention. C’est pourquoi les classes populaires qui ont voté pour lui pour des raisons économiques, seront les premières déçues, de la même manière que furent déçues les classes populaires qui ont voté pour Sarkozy en France. Leur servir du racisme et de l’islamophobie ne leur permettra pas de nourrir leurs enfants.
Existe-t-il d’autres facteurs d’explication?
Oui, le fait que les électeurs hommes blancs aient voté de façon significative pour Trump, un homme sexiste et raciste, n’est pas le fruit du hasard. Il existe aux États-Unis un discours victimaire selon lequel l’homme blanc a été émasculé par les droits civiques arrachés par les Afro-Américains puis les minorités, et surtout par l’émancipation des femmes. Ce mythe repose sur la nostalgie envers une sorte de paradis perdu, celui des années 1950s, où les hommes blancs régnaient en maîtres absolus sur la minorité noire et sur les femmes. Une époque où un génie noir du jazz comme Miles Davis n’avait pas le droit d’utiliser les mêmes toilettes que les blancs qui venaient pourtant écouter sa musique. Une époque néo-patriarcale où les épouses étaient soumises, et où la violence contre elles étaient la norme. Tous ceux qui ont perdu la bataille contre le mouvement des droits civiques et celui des femmes durant les années 1960s et 70s, ainsi que leurs héritiers d’aujourd’hui, entretiennent ce mythe et les haines qui l’accompagnent. Un homme en particulier en est l’incarnation. Son nom est Samuel Huntington, l’auteur du fameux Choc des civilisations. Dans l’ultime chapitre de son livre, il blâme l’extension des droits pour tous les maux de la société et de l’économie américaine; il ne pouvait le faire qu’en posant le problème en termes identitaires où se mêlent rejet de l’immigration latino-américaine et islamophobie. Or Huntington, directement ou indirectement, fut le maitre-penseur de toute une génération de leaders populiste en Occident, de Sarkozy à Trump. C’est aussi le rejet de l’extension des droits a par ailleurs s’est manifesté par le renforcement de la droite religieuse  évangéliste, profondément islamophobe, belliqueuse et antilibérale, depuis la présidence de Ronald Reagan. Voilà pourquoi le sexisme et le racisme de Trump, non seulement ne l’ont pas fait perdre, ils lui ont permis de gagner. De la même manière que la bigoterie religieuse de son colistier, Mike Pence, le vice-président élu, a joué en leur faveur.  Le même discours sur hommes blancs victimes de l’immigration et du féminisme se trouve aujourd’hui au cœur de la rhétorique populiste en Europe, tout particulièrement en France.
L’élection de Trudeau avait donné espoir aux progressistes au Canada et un peu partout dans le monde, mais avec Donald Trump ne risque-t-on pas d’assister à voir une vague de droite identitaire ?
La mouvance  identitaire en Occident, est souvent de droite, mais pas toujours. Le Parti Québécois n’est pas de droite; il est pourtant dominé depuis quelques années par cette mouvance. Qu’elle soit de droite ou de gauche, la mouvance identitaire est toujours xénophobe et sa présence dans un champ politique donné ouvre systématiquement la voie soit à des paroles, soit à des actes racistes.
Pour répondre à votre question, sans être un inconditionnel de Trudeau, je considère que son élection a illustré avec brio ce que la démocratie libérale a de plus civilisé à offrir : optimisme, ouverture, souci du faible, etc. tout en demeurant réaliste. Mais il ne faut pas oublier que le même sentiment existe aux États-Unis aussi; il est même bien enraciné. Sinon les Américains n’auraient jamais élu un noir deux fois, ni une immigrante somalienne portant le hijab. Les électeurs de Trump se trompent profondément s’ils pensent avoir gagné la fameuse guerre culturelle (une expression commune dans les débats politiques américains)  qui déchire leur société depuis plusieurs décennies. D’un côté, une Amérique libérale, multiculturelle, favorable à la logique progressiste de l’extension des droits, et de l’autre côté, une Amérique illibérale, un terme de plus en plus utilisé pour désigner les conservateurs qui n’acceptent de la démocratie que les élections pour perpétuer une situation de domination, d’où la nervosité face à la diversité, le sexisme et la xénophobie. C’est l’éternelle dynamique de la modernité et de l’anti-modernité. Cette dynamique existe au Canada aussi, même si le sentiment libéral est plus présent. Elle existe partout ailleurs également. Trump n’est pas unique. De Sarkozy à Valls en France, Erdogan en Turquie, Orban en Hongrie, Duterte au Philippines; tous ces hommes ont en commun avec Trump d’avoir bénéficié d’élections démocratiques, alors qu’ils rejettent des valeurs libérales fondamentales. Voilà pourquoi il ne s’agit pas d’un problème pour les Américains uniquement mais pour tout le monde.
Trump, Ira-t-il jusqu’à ficher les musulmans ou ce n’était qu’une stratégie électorale ?
Je suis incapable de vous répondre avec certitude; je ne le sais tout simplement pas. Je sais cependant que la surveillance des Musulmans, y compris des universitaires bien établis, a lieu aux États-Unis. La parole islamophobe est libre mais elle n’est pas considérée comme normale. L’un des combats que nous impose l’opposition modernité versus anti-modernité tournera autour de la volonté antimoderne de normaliser l’islamophobie. Or dans ce combat, les différentes communautés musulmanes doivent prendre conscience maintenant plus que jamais, d’une part, que la solution n’est pas dans le repli identitaire que souhaitent les conservateurs et les islamistes parmi eux, et d’autre part, que ce combat est indissociable de tous les autres combats que doivent mener les autres minorités, qu’elles soient ethno-religieuses ou de genre. L’opposition entre modernité et anti-modernité n’est rien d’autre qu’une opposition entre la diversité et le chauvinisme identitaire. Et dans ce combat, les alliés objectifs des musulmans sont les progressistes des autres groupes, y compris parmi les blancs. C’est pourquoi ils doivent eux-mêmes adopter une attitude progressiste à l’égard de la diversité. En clair, on ne luttera jamais efficacement contre l’islamophobie si on n’est pas en même temps opposé à la misogynie et à l’homophobie, et autres formes du rejet de la diversité.
Une vague de réfugiés américain au Canada est-ce un fantasme de journalistes ou ça risque vraiment d’arriver?
Plutôt un fantasme. Mais de la question de savoir pourquoi tant d’Américains ont menacé de s’exiler en cas de victoire de Trump, il faut tirer une conclusion importante. À savoir qu’il existe au Canada une masse critique au sein de l’opinion publique qui tient absolument à maintenir un rapport sain à la diversité. Mais il faut faire attention, parce que l’opposition qui fracture les États-Unis n’est pas propre aux Américains. C’est une caractéristique de la dynamique politique actuelle partout dans le monde, y compris au Canada. Il existe au sein du Parti Conservateur canadien des forces qui partagent avec Trump les mêmes réflexes xénophobes et sexistes mêmes si cela ne s’exprime de façon aussi vulgaire. Rien n’empêche que ces forces se sentent encouragé par le succès de Trump. Rappelez-vous, l’élection de Sarkozy en 2007 s’est traduite presque instantanément en polémique islamophobes et anti-immigrations au Québec. Jusqu’ici, les stratégies fondées sur l’islamophobie ont conduit à des échecs électoraux cuisants, tant mieux d’ailleurs, mais cela n’empêchent pas certaines forces conservatrices au fédéral et d’autres forces séparatistes au Québec de continuer à en faire usage. Par conséquent, l’action en faveur d’une diversité heureuse est absolument nécessaire et la participation des communautés musulmanes encore plus. Encore une fois, leur sort est le même que celui de toutes les autres cibles des conservateurs et autres nationalistes ethniques.
Sur le plan international allons-nous assister à un rapprochement avec la Russie ? Qu’en sera-t-il avec la Chine ?
L’interdépendance entre les économies américaines et chinoises est très profonde. Trump ne se trompe pas lorsqu’il affirme que la délocalisation des industries américaines, en Chine notamment, a provoqué la paupérisation d’une partie de la population américaine. Mais il est vrai aussi que si les prix des produits de consommation n’explosent pas sur le marché américain, c’est notamment dû au fait qu’ils sont produits en Chine. Si Trump va de l’avant avec sa guerre commerciale avec la Chine, il aura à faire face aux lobbies financier et industriel qui profitent largement de l’interdépendance économique avec la Chine, mais aussi à une population qui ne supportera pas une inflation galopante. De façon général, le président américain, quel qu’il soit, détient un pouvoir considérable, mais son pouvoir n’est pas absolu. La raison tient au fait qu’à Washington, le pouvoir est diffus et s’articule, se condense et se déploie dans plusieurs centres (les lobbies, le Congrès, les Think-Tanks, etc.) qui ne sont pas nécessairement aux ordres du président. Sur la Chine en particulier, Trump aura une bataille à mener dans sa propre famille politique avec de tenter d’imposer sa politique au reste du champ politique américain. Sur la Russie, les choses vont être tout aussi compliquées pour lui. On sait qu’il a critiqué l’affrontement diplomatique avec la Russie; c’est la raison pour laquelle Moscou fut satisfaite de son élection. On sait aussi qu’il partage la même analyse que les Russes sur la Syrie et sur le Moyen-Orient, exception faite de la question palestinienne. Mais si même Obama n’a pas réussi à maintenir un accord diplomatique avec les Russes sur la Syrie du fait que les militaires et leurs alliés à Washington en rejetaient les termes (le jeu des centres de pouvoir encore une fois), Trump aura à son tour à composer avec ceux, très nombreux à Washington, qui veulent que la tension soit maintenue avec Moscou. Cela étant dit, avec du doigté Obama a réussi à imposer l’option diplomatique avec l’Iran. Trump peut le faire concernant la Russie, mais à l’évidence les habiletés d’Obama lui font cruellement défaut.
Quel sera l’impact de cette élection sur le Moyen-Orient ?
D’abord, les Palestiniens. Ils ne doivent s’attendre à rien. Mais à ce propos, il n’avait rien à attendre de Clinton non plus. Elle a de tout temps assumé son attitude anti-palestinienne. Trump est totalement insensible à la souffrance des Palestiniens et en cela il est au diapason de la norme en vigueur à Washington. Mais à la différence de Clinton qui, malgré ces décisions désastreuses concernant le Moyen-Orient (de l’invasion de l’Irak à l’entretien de la guerre civile en Syrie en passant par la Lybie), pouvait prétendre jouir d’une certaine connaissance de la région, Trump affiche la même ignorance que celle de George W. Bush, ce qui est alarmant. Mais à la différence de Bush, il a répété ad nauseam durant la campagne qu’il était opposé aux changements de régime dans la région parce que cela jouait en faveur des extrémistes islamistes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il était favorable à la lecture russe du conflit syrien. Là aussi, il s’attaque dans sa rhétorique au consensus de Washington sur la guerre permanente. Rien ne dit qu’il va pouvoir imposer sa vision. Mais ce n’est pas impossible. Une chose est certaine, l’opposition syrienne qui a eu pour seule stratégie de ralentir, voire paralyser, tout processus diplomatique, en attendant que Clinton soit élue présidente et qu’elle reproduise le scénario libyen en Syrie, ce qu’elle était effectivement prête à faire, eh bien cette opposition figure parmi les grands perdants de cette élection. Cela étant dit, il ne faut pas s’attendre à un changement significatif dans le caractère belliqueux de la politique américaine. Et l’ignorance caractéristique de Trump n’arrange rien. Il est totalement incohérent d’affirmer d’un côté et au nom de la stabilité  que l’entretien de la guerre civile en Syrie est une erreur, et de l’autre promettre une remise en cause de l’accord avec l’Iran et le retour à la tension du passé. Autre élément qui nous oblige à ne pas s’attendre à une amélioration, c’est le fait que l’une des têtes pensantes de Trump sur le Moyen-Orient soit Walid Phares, un universitaire qui a immigré aux États-Unis du Liban où il était membre de la milice fasciste des Forces Libanaises, celle-là même que tout le monde soupçonne d’avoir massacré des milliers de Palestiniens à Sabra et Chatilla. Un islamophobe notoire. Mais un islamophobe qui a appris que l’alliance des États-Unis avec l’Arabie Saoudite et les autres pays du Golfe est tellement profonde qu’elle transcende la volonté des présidents successifs. C’est pourquoi il a annoncé récemment que la politique de Trump au Moyen-Orient va reposer sur cette alliance précisément. On verra.
Donc, il ne faut rien espérer pour la Libye ?
En fait, la Libye demeure une question périphérique pour Trump. Elle lui a uniquement servi à enfoncer le clou dans sa critique de Clinton et de l’instabilité que les interventions américaines provoquent au Moyen-Orient. Le coeur de l’intérêt américain dans la région va demeurer le Moyen-Orient.

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L’Algérien Mourad Debbabi à la tête d’une chaire de cybersécurité de l’Université Concordia

décembre 21, 2016

L’ancien diplômé en informatique de l’université de Constantine,  Mourad Debbabi,  vient d’être désigné à la tête d’une nouvelle chaire pour mener des recherches sur la sécurité des réseaux électriques intelligents à l’université Concordia.

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 Mourad Debbabi, le Mr Cyberscécurité de la même université est aussi vice-doyen de la recherche et des études supérieures à la Faculté de génie et d’informatique. Il « a été nommé titulaire principal de la Chaire de recherche industrielle principale CRSNG-Hydro-Québec-Thales sur la sécurité des réseaux électriques intelligents et les attaques cyberphysiques : détection, prévention, atténuation et remise en état », annonce l’université montréalaise dans un communiqué.

« Je collabore activement avec l’industrie depuis quelques années en vue de mettre sur pied ce programme de recherche. Je suis donc enchanté d’avoir maintenant les moyens de concrétiser ce que nous avons envisagé, déclare Mourad Debbabi. Cet apport renforcera le travail déjà reconnu de l’équipe de spécialistes en cybersécurité de Concordia et nous permettra d’affirmer notre leadership dans ce secteur d’activité, tant à l’échelle nationale qu’internationale. »

A ce titre, son équipe bénéficiera d’une subvention d’un peu plus de 2 millions de dollars canadiens pour mener ses recherches.

Elle est formée « d’environ 25 chercheurs, professeurs, diplômés, postdoctorants et experts de l’industrie ».

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Diffamation : Djemila Benhabib gagne son procès

décembre 15, 2016

L’auteure Djemila Benhabib ne pouvait espérer meilleur cadeau pour les fêtes de fin d’année. Elle vient d’être blanchie par la cour supérieure du Québec des accusations de diffamation portées contre elle par Les Ecoles musulmanes de Montréal, un établissement d’enseignement privé agréé.

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L’essayiste était poursuivie au civil pour une interview qu’elle avait donnée à une radio québécoise en 2012 où elle y avait comparé l’enseignement offert dans cette école à «de l’endoctrinement digne d’un camp militaire en Afghanistan ou au Pakistan».  La direction de l’école lui réclamait 95 000 dollars en dommages moraux et punitifs.

Lors du procès tenu en septembre dernier, Ahmed Khebir, président du conseil d’administration de l’école a expliqué que son «école était dans un état de panique. Les élèves étaient furieux, il y en avait même qui pleuraient. On leur disait qu’ils étaient des futurs terroristes ou intégristes».

La juge en charge du procès a souligné qu’à aucun moment le mot « terroriste » n’a été utilisé par Djemila Benhabib. Cette dernière n’a fait qu’exprimer son opinion. « Une personne raisonnable ne conclurait pas que les propos tenus en ondes par Djemila Benhabib sont diffamatoires. Cette personne comprendrait qu’elle y exprimait de bonne foi son opinion honnête et sa croyance sincère, qu’elle est libre de partager ou non», peut-on lire dans les extraits du jugement repris par les médias locaux.

De son côté Djemila Benhabib avait expliqué, lors de son témoignage en cour, que si elle avait à refaire l’entretien, elle maintiendrait ses propos.

« Sans nier que l’Ecole musulmane de Montréal ait pu être choquée par les propos de Djemila Benhabib, ceux-ci, pris dans leur ensemble, n’ont pas entaché sa réputation, de sorte qu’elle est mal fondée de réclamer quelque somme que ce soit à ce chapitre », estime la juge.

«Le port du voile et la mémorisation coranique au niveau de l’enseignement du primaire sont assurément des sujets d’intérêt public qui justifient une liberté d’expression. Il s’agit de sujets qui soulèvent un débat dans notre société et il faut permettre à chacun de s’exprimer le plus librement possible sur ces questions.», peut-on lire dans un autre extrait publié sur La Presse.

Djemila Benhabib a quitté l’Algérie pendant la décennie noire pour se réfugier au Québec, fuyant la menace islamiste contre sa famille. Née en Ukraine de mère chypriote-grecque et de père algérien, elle est l’auteure de Ma vie à contre-Coran et Les soldats d’Allah à la conquête de l’occident, deux essais sur la menace islamiste.

Elle est proche de la branche identitaire du Parti Québécois (PQ), dans l’opposition, un parti nationaliste qui milite pour l’indépendance de la province du Québec. Elle été candidate du PQ à deux élections provinciales. Djemila Benhabib a été aussi correspondante pour le journal El Watan au Canada.

Cette victoire de la militante a été saluée par les milieux laïcs. L’Enjeu actuellement au Québec et même en occident est de faire la part des choses entre deux extrêmes : un discours franchement islamophobe qui se cache derrière la liberté d’expression et un discours islamiste rétrograde qui brandit l’accusation d’islamophobie contre toute critique de l’islam pour faire avancer son agenda.

Au Québec, l’Assemblée nationale a adopté, en octobre 2015, à l’unanimité une motion qui condamne «l’islamophobie, les appels à la haine et à la violence envers les Québécois de confession musulmane ».

 

On peut écouter l’entretien en cause sur ce lien :  http://www.985fm.ca/lecteur/audio/les-ecoles-musulmanes-de-mtl-recrutent-djemila-ben-123671.mp3

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