Montréal : Quand la police espionne les journalistes

C’est l’avalanche de révélations dans la province canadienne du Québec depuis une semaine. La police provinciale et celle de la ville de Montréal ont mis sur écoute des journalistes pour traquer leurs sources au sein des services de sécurité.

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Les relevés téléphoniques et des positions GPS en temps réel de téléphones de plusieurs journalistes d’investigation, de reporters de plusieurs médias, dont le diffuseur public Radio Canada, et d’un chroniquer vedette du journal La Presse ont été obtenus par la police. Dans certains cas, l’écoute a duré plusieurs années.

Bien que cette dernière ait obtenu au préalable un mandat d’une juge, les observateurs sont unanimes à y voir un abus et une atteinte à l’un des fondements de la démocratie. Les services de sécurité auraient pu arriver à leurs fins par d’autres moyens que de mettre sur écoute des représentants du quatrième pouvoir. Le chef de police de Montréal s’est voulu rassurant et a expliqué lors d’une conférence de presse, en mode gestion de crise, que cette «mesure est exceptionnelle».

Dans une rare réaction commune, les salles de rédaction des principaux journaux ont exprimé leur indignation face à cet espionnage électronique et ont demandé aux Parlements provincial et fédéral de prendre des mesures législatives pour protéger les sources journalistiques. Elles exigent de rendre plus contraignante «la procédure pour obtenir un mandat de surveillance contre un journaliste par les corps policiers».

De son côté, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) s’est dite «révoltée» par cette surveillance. Elle estime que «l’espionnage téléphonique d’un journaliste d’une telle ampleur est du jamais vu au Québec». «Ce nouveau cas d’entrave policière au travail des médias crée un climat d’intimidation dans lequel tout divulgateur craindra désormais de parler à un journaliste.

Or, lorsque les gens ont peur de parler aux médias, les scandales restent cachés, la corruption se propage et les citoyens sont maintenus dans la noirceur. Il est dans l’intérêt du public de protéger la liberté fondamentale qu’est la liberté de la presse», estime le syndicat des journalistes.
Le gouvernement provincial a réagi en annonçant plusieurs mesures dont celles de mettre les mandats de surveillance contre les journalistes au même niveau que ceux appliqués aux avocats, juges et députés. Il a annoncé aussi la mise sur pieds d’une commission d’enquête publique.
Soutien d’Edward Snowden

Le célèbre lanceur d’alertes américain, Edward Snowden, qui a révélé au monde les pratiques de surveillance de masse de la National Security Agency (NSA), a apporté son soutien aux journalistes espionnés. Lors d’une visioconférence à l’université McGill de Montréal, l’informaticien exilé en Russie a estimé que ce qui vient de se passer «est une attaque radicale contre la liberté de la presse».

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Webdiffusée, son intervention a été projetée dans une salle qui n’arrivait pas à contenir les 600 personnes ayant pu y accéder. Plusieurs milliers d’autres ont dû rebrousser chemin après de longues heures d’attente. «Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, il est technologiquement et financièrement possible pour un gouvernement de traquer nos vies entières.

Ce n’est pas de la science-fiction. Ça se passe en ce moment», a-t-il rappelé faisant référence aux métadonnées qui permettent d’espionner sans faire des écoutes directes. Il a aussi mis en garde contre la banalisation de la perte de notion de vie privée qui est «la base de nos droits les plus fondamentaux. C’est la possibilité d’avoir ses propres idées, d’en discuter avec qui on veut. C’est la possibilité de communiquer avec qui on veut, de se rendre où on veut, de consulter ce que l’on veut sans que cela soit accumulé dans d’immenses banques de données, sans qu’on sache qui en fera quel usage dans le futur».

Par Samir Ben  Contactez moi

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