« Le Parti québécois veut gagner les élections sur le dos des musulmans », Andrés Fontecilla

 Le Président et co-porte-parole de Québec solidaire, parti de gauche indépendaniste, Andrés Fontecilla a répondu aux questions d’El Watan à la veille des élections législatives au Québec.

 

Andrés Fontecilla

Andrés Fontecilla

Comme il se présente lui même dans une circonscription mutliethnique de Montréal où réside une communauté d’origine maghrébine, les questions sur la charte des valeurs proposée par le gouvernement sortant étaient inévitables – une loi qui devrait interdire le voile dans la fonction publique et para-pubique et qui se solderait par le congédiement des femmes qui le portent.

 Issu d’une famille chilienne qui a fui la dictaure du général Pinochet pour vivre au québec, Andrés Fontecilla affirme que « le Parti québécois a choisi de s’engager sur une voie extrémiste et radicale sur laquelle il a élaboré sa charte ».

«La Charte des valeurs a ouvert les digues aux discours d’intolérance. Elle a légitimé l’expression d’un discours empreint de xénophobie et d’islamophobie », explique celui qui milite pour la souverainté du Québec.

Il se dit étonné « sur le fait qu’un parti avec une longue tradition social-démocrate, le Parti Québécois, qui a tant fait pour moderniser le Québec, occupe un terrain exploité par la droite et l’extrême droite en France ».

Il nuance toutefois en ajoutant que « la grande majorité des membres du PQ ainsi que son électorat partage des idéaux de justice et tolérance devant la diversité. Il est donc d’autant plus étonnant que la direction actuelle de ce parti ait privilégié cette voie »

Andrés Fontecilla est co-porte-parole de Québec solidaire avec Françoise David, l’arrière petite-fille de l’homme politique et historien, Canadien français Laurent-Olivier David.

Son parti compte deuxz députés à l’Assemblée nationale du Québec qui en ccomtpe 125. Il espère au minimum rajouter un ou deux nouveaux députés.

 

Vous vous présentez dans une circonscription multiethnique qui compte aussi une communauté maghrébine. Cette dernière, selon les statistiques, connait un taux de chômage très élevé par rapport à la moyenne au Québec, que compte faire votre parti pour y remédier ?

La circonscription de Laurier-Dorion, où je présente ma candidature en tant que député, est l’une des circonscriptions les plus multiethniques de la province, avec ses habitants en provenance notamment de l’Asie du Sud-est, de l’Europe, de l’Amérique latine et des pays du Maghreb. Ces derniers comptent plus de 3 300 citoyens, ce qui est loin d’être négligeable dans la composition démographique de Laurier-Dorion.

Québec solidaire est particulièrement sensible au problème de chômage qui se pose dans la communauté maghrébine, et qui atteint 30 %, ce qui est d’autant plus inacceptable que les Maghrébins connaissent un fort pourcentage de diplômés. Québec solidaire s’engage donc à améliorer et élargir les programmes d’accès à l’emploi dans la fonction publique.

Nous nous engageons à adopter un ensemble de mesures visant à favoriser et à accélérer la reconnaissance des acquis et des compétences des immigrants en provenance du Maghreb. La communauté maghrébine ne peut pas venir au Québec dans la perspective de vivre dans la pauvreté. En échange, le Québec ne peut que s’enrichir en ouvrant les portes du travail à toutes ses communautés.

La solution n’est certes pas le Parti Québécois avec ses politiques de division et de discrimination, car la difficulté à l’embauche est aussi le fruit de la discrimination et de l’intolérance. Cette campagne de peur orchestrée de toutes pièces par le Parti Québécois ne peut que nuire à l’intégration des communautés immigrantes, et vise à renvoyer dans leurs maisons des femmes déjà bien intégrées sur le marché du travail. Québec solidaire croit que tout doit être mis en œuvre pour combattre ce genre d’exclusion, car un bon emploi, en plus d’être un excellent vecteur d’intégration, est un rempart contre tout repli identitaire.

Le Parti libéral agite quant à lui en permanence l’épouvantail de la souveraineté et de l’austérité économique. Les politiques du Parti libéral frappe les plus pauvres et tous ceux qui n’ont aucune tribune pour répliquer et se faire entendre. Taxe santé, hausses de frais de scolarité à l’université, augmentation des tarifs d’hydroélectricité, privatisation accrue et coupures de services dans le domaine de la santé, en définitive, avec les Libéraux, nous avons plus de tarifs pour moins de services.

Le parti libéral est le parti des grands patrons et de la finance. C’est aussi le parti de la corruption, on le sait aujourd’hui. Les 9 ans du gouvernement libéral (2003-2012) ont servi à engraisser les amis du régime libéral en échange de contributions illégales à la caisse électorale de ce parti. Pour le Parti libéral, le rôle du gouvernement se limite à favoriser l’entreprise privée et à diminuer les impôts au détriment des soins de santé et d’éducation.

Québec solidaire propose un ambitieux programme d’investissement public afin de stimuler l’économie sur des bases respectueuses de l’environnement. C’est un projet de pays pour tout le monde, c’est un programme de partage et de solidarité qui va bénéficier au premier chef aux gens issus de l’immigration.

 

Le Québec n’est-il pas déjà laïc ? Sinon, à quoi servira alors la charte des valeurs?

L’Etat québécois est laïc de fait, même si la laïcité, la séparation des églises et l’état, n’est pas comme telle inscrite dans la Charte des droits et libertés de la personne. Au cours de année 1960, le gouvernement du Québec a pris le contrôle du système de santé et d’éducation, aux mains des églises chrétiennes jusqu’alors.

Ces derniers mois, avec son projet de Charte des valeurs, le Parti Québécois a voulu gagner une élection sur le dos de la communauté musulmane.

Cette charte a par ailleurs servi d’argument pour soi-disant promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes, de manière plutôt paradoxale, en fait, parce que l’on voit que l’une de ses conséquences les plus déplorables est de priver de leur travail des femmes, mais aussi de multiples employés arborant des signes religieux. Du coup, ce sont 600 000 emplois dans la fonction publique qui deviennent inaccessibles.

À Québec solidaire, nous croyons fermement à la laïcité de l’Etat, à la séparation des églises et l’État et c’est la raison pour laquelle nous voulons aussi protéger les droits individuels.

Pour nous, le droit au travail est fondamental et nous considérons que les mesures de la charte proposée par le PQ sont discriminatoires. Pour nous, le port des signes religieux devrait être interdit uniquement pour les professions en position d’autorité (juges, policiers, gardiens de prison, etc.), afin que l’apparence de justice ne puisse être mise en doute, mais pas pour l’immense partie des femmes qui œuvrent avec leurs compétences et leur savoir-faire dans les domaines des services à la petite enfance, de l’enseignement ou de la santé.

Notre position, qui a pourtant fait consensus à l’Assemblée nationale, n’a pas été retenue par le Parti Québécois qui s’est obstiné dans sa ligne de pensée étroite qui consiste à vouloir interdire dans toute la fonction publique, et même au-delà, le port des signes religieux.

 

Le débat sur la charte des valeurs du Parti québécois semble avoir libéré et donné une légitimité au discours raciste et islamophobe. Qu’en pensez-vous ? Et qui en est responsable ?

Québec solidaire en tant que parti inclusif croit que le Québec ne peut se faire qu’avec la contribution de tous et de toutes. La charte, dans sa forme actuelle, est un véritable pavé dans la mare sociale qui a été lancé par le Parti Québécois, et qui a eu des conséquences dramatiques, voire troublantes.

Nous avons constaté que la Charte de valeurs a ouvert les digues aux discours d’intolérance. Cette charte de valeurs a légitimé l’expression d’un discours empreint de xénophobie et d’islamophobie.

Mais nous allons barrer la route à la haine, à l’intolérance, parce que nous ne pouvons concevoir un « vivre ensemble » qui serait entaché par un tel ressentiment.

Québec solidaire continuera à s’opposer à cette charte discriminatoire ainsi qu’à tout ce qui pourrait nuire au climat social afin que tous les citoyens et les citoyennes, sans exception, aient droit de vivre en paix et aient droit au travail. Nous y croyons et nous allons nous battre pour y arriver.

 

Vous avez affirmé lors d’un débat radio que le parti québécois ressemble au Front national français. Comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion ?

La Charte des droits et libertés individuelles protège l’expression des convictions religieuses et n’est pas un régime d’interdiction, mais comme son nom l’indique, un régime de libertés.

La charte du Parti Québécois, en revanche, constitue une législation répressive qui se construit et se justifie par des cas anecdotiques. Il s’agit en somme d’un argument devant conduire à brasser un peu la fibre identitaire dont le Parti Québécois se targue d’être le défenseur.

On comprend qu’il ne s’agit pas d’un débat légaliste, comme on voudrait nous le faire croire, mais d’un débat politique. Au lieu d’élaborer une législation fondée sur le consensus, une législation modérée, le Parti Québécois a choisi de s’engager sur une voie extrémiste et radicale sur laquelle il a élaboré sa charte.

En France, le thème de la laïcité a été falsifié et instrumentalisé par la droite et c’est la raison pour laquelle on devrait s’interroger sur l’usage que l’on veut en faire ici, au Québec.

J’ai manifesté mon étonnement sur le fait qu’un parti avec une longue tradition social-démocrate, le Parti Québécois, qui a tant fait pour moderniser le Québec, occupe un terrain exploité par la droite et l’extrême droite en France.

Je sais que la grande majorité des membres du parti québécois ainsi que son électorat partage des idéaux de justice et tolérance devant la diversité. Il est donc d’autant plus étonnant que la direction actuelle de ce parti ait privilégié cette voie.

Pour Québec solidaire, le modèle français concernant la gestion de la diversité n’est pas un exemple à suivre.

L’instrumentalisation de la laïcité à des fins partisanes peut conduire à des excès, mais avec la Charte du Québec, nous n’avons pas besoin d’attendre : nous sommes d’emblée dans l’excès.

 

Par Samir Ben  Contactez moi

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copyright – 2012-2014 – Samir Ben

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2 Responses to « Le Parti québécois veut gagner les élections sur le dos des musulmans », Andrés Fontecilla

  1. Abder Benali - Montréal dit :

    MDR

    J’ai demandé à un péquiste :

    Pour qui vas-tu voter demain ?

    Il m’a répondu :

     »Pour la S. A. Q. »

    Connaissez-vous ?

    (^_^)

  2. Abder Ben Ali à Montréal dit :

    Les carottes sont cuites

    (^_^)

    Six millions d’électeurs appelés aux urnes lundi au Québec pourraient donner un avantage aux députés libéraux dans la nouvelle assemblée de la province francophone, tout en sanctionnant le gouvernement indépendantiste sortant.

    Dès l’ouverture des 21.617 bureaux de vote, de nombreux électeurs se sont pressés pour déposer leur bulletin avant, pour la plupart, de rejoindre leur lieu de travail.

    Un dernier sondage samedi donnait le parti libéral québécois (PLQ) favori avec 38% des intentions de vote, contre 29% pour le parti québécois (PQ) de la Première ministre sortante Pauline Marois.
    Si cette tendance devait se vérifier à la clôture du scrutin lundi à 20H00 locales (mardi 00H00 GMT), c’est Philippe Couillard, chef du PLQ, qui formerait le prochain gouvernement de la Belle province.
    Ce serait aussi la première fois en 40 ans qu’un gouvernement en place n’obtiendrait pas un deuxième mandat de rang dans une législative. Et donc un cinglant revers pour Pauline Marois, la première femme à gouverner le Québec, qui a précipité la dissolution pour chercher à obtenir les 63 sièges de la majorité absolue des 125 sièges.

    Le prochain échiquier politique va aussi dépendre du score de la Coalition Avenir Québec (CAQ), la formation de François Legault, qui a regagné 8 points dans les sondages en une semaine avec 23% des intentions de vote.

    Au bureau de vote d’une école du centre ville de Montréal, Ouadi Tibari a déposé son bulletin sans aucune hésitation sur son choix. Pour lui, « le débat a commencé bien avant le début de la campagne », qu’il a qualifié à l’AFP de « vitrine et de marketing final ».
    Voter est « un devoir dans une démocratie », a estimé Katrina Heyde, qui n’a elle « pas beaucoup aimé » les échanges souvent acrimonieux entre les candidats, un peu comme « un lancer de boue ».

    Cette étudiante anglophone à l’Université McGill a regretté « l’absence de débats en anglais » qui lui auraient permis de mieux saisir toutes les nuances des programmes des candidats.
    Une septuagénaire retraitée, qui préfère garder l’anonymat, déplore « une campagne de +salissage+ » sans débats de fond « sur la santé, l’économie ou l’éducation ». Dès le début de la campagne son « choix était fait » pour un parti qui, avant de redistribuer la richesse, propose déjà d’en créer.

    AFP

    http://www.elwatan.com/depeches/au-quebec-les-liberaux-favoris-pour-reprendre-le-pouvoir-07-04-2014-252358_167.php

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