L’après-17 avril : l’Algérie, entre guerre civile et glaciation à la Brejnev

L’ancien vice-président de Sonatrach, Hocine Malti, est revenu sur la genèse de la candidature du président Bouteflika à un quatrième mandat, lors d’une table ronde organisée samedi dernier à Montréal par l’Association des amis de l’Algérie plurielle et du Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien (CISA).

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credit photo : Sofiane Chouiter

Faisant un long mais instructif retour sur les événements qui ont secoué la scène politique nationale les derniers mois, Hocine Malti trouve que les révélations de Amar Saadani, le secrétaire général du FLN, contre le général Mohamed Médiène, patron du Département de renseignement et de sécurité (DRS), sont des secrets de Polichinelle.

La nouveauté, a-t-il affirmé, est que « c’est la première fois qu’un apparatchik dénonce d’une façon aussi violente les agissements du général Médiène alias Toufik. Encore qu’il n’a pas tout dit » puisque soutient l’ancien vice-président de Sonatrach « nombre d’attentats et d’assassinats sont l’œuvre du DRS ».

Le pouvoir tentaculaire du DRS serait la résultante d’un réseau de 1 300 000 agents, loin derrière les 200 000 habituellement annoncés, explique Hocine Malti. Ces derniers encadrent toutes les activités en Algérie (politique, économie, association, culture…. Un Etat dans l’Etat.

Pour l’auteur de Histoire secrète du pétrole algérien (La Découverte – 2010), « contrairement à ce qui a été rapporté, les attaques contre le général Mediène proviendrait non pas du clan présidentiel mais d’un autre clan de l’armée, à savoir l’état major ». Mais le patron du DRS a fait endosser l’attaque au clan présidentiel car « dans cette bataille de la communication, tout son argumentaire était bâti sur la préservation de l’unité de l’armée. Il ne pouvait pas donner l’impression de casser cette unité», explique celui qui a été vice-président de Sonatrach de 1972 à 1975.

Pourquoi, alors, toute cette pression sur le président Bouteflika et son frère Said ? Pour Hocine Malti, « le DRS et son patron ont fait comprendre aux membres du clan présidentiel que s’ils ne prenaient pas fait et cause pour le patron du DRS dans sa guerre contre l’état major, ils pouvaient faire leur deuil du quatrième mandat ».

Toutes les rumeurs sur le limogeage de Toufik et autres fuites concernant le DRS et qui présentaient son patron comme la victime d’une cabale, explique Hocine Malti, émanaient d’une presse aux ordres. D’ailleurs pour lui, «  toute la presse algérienne est aux ordres du DRS », puisqu’elle n’aurait rapporté que le point de vue de ce dernier après les attaques de Amar Saadani.

Les sorties médiatiques du général Hocine Benhadid, ex-chef de la 3ème région militaire, de Hicham Abboud ancien officier de la sécurité militaire et de Mohamed-Chafik Mesbah politologue et ancien agent des services, constituent la riposte du général Mediène et du DRS pour se présenter comme « le dernier rempart contre les menaces internes et externes qui guettent l’Algérie ».

Miracle à l’algérienne

Finalement, après des négociations entre le clan présidentiel et le DRS qui garantissaient à Bouteflika le soutien des services secrets pour un 4ème mandat, le président sortant s’est porté à la défense du département de renseignement et de sécurité.

Bouteflika avait, à l’époque, réagi dans un communiqué, en affirmant que « les dépassements de certains milieux portaient atteinte à l’unité de l’armée, du pays et atteinte à son image. Et que nul n’avait le droit de s’en prendre à l’ANP et que le DRS avait toujours fait son travail correctement… ». Et tout s’est arrêté !

L’arrêt des hostilités entre les différents clans, relève de ce qu’appelle ironiquement Hocine Malti, le miracle à l’algérienne.

« Bouteflika a mis une fin temporaire à l’affrontement des deux camps de l’armée, état-major et DRS. Il a assuré du même coup sa réélection et a mis toute sa tribu à l’abri de mesures de rétorsion. Mais cette trêve ne durera pas éternellement », selon le conférencier.

« La fracture au sein de l’armée est profonde et le cessez-le feu n’est que temporaire », estime-t-il. Les hostilités devraient reprendre après le 17 avril à l’occasion du choix du vice-président : « Abdelaziz Belkhadem ou Ahmed Ouyahia », croit Hocine Malti.

« Il faut espérer, seulement, que ce ne sera pas une nouvelle guerre civile. Car l’affrontement se ferait entre deux clans de l’armée. Ce qui constituerait une prémice d’une situation à la libyenne ou à la syrienne », a-t-il dit.

L’alternative tout aussi détestable, selon Hocine Malti, serait que « les deux clans s’entendent sur un partage du pouvoir et la rente pétrolière afin de faire perdurer encore le régime en place depuis 1962. Et l’Algérie sera pour quatre ou cinq ans dans une autre ère glacière à la Brejnev, dirigée par un homme incapable de parler, de se mouvoir, de voyager ou de participer à des forums internationaux. En un mot incapable d’accomplir toutes les tâches qui relèvent de la fonction d’un président de la République.».

 

Table ronde

La table ronde à laquelle participait Hocine Malti, a été aussi l’occasion pour Omar Aktouf professeur de management à HEC Montréal de revenir sur les raisons de l’échec algérien. Pour lui « la magouille a commencé à l’indépendance ».

Mouloud Idir, politologue, voit la sortie de crise en Algérie à travers « une solution politique négociée afin d’éviter la voie de la confrontation ». Il estime qu’il faut « rendre impossible l’utilisation de la violence ».Il a plaidé pour « une assemblée constituante et la reconnaissance de tamazight ainsi qu’une façon moins euro-centrée de voir le phénomène islamiste».

Lors du débat qui suivi, Azedine Chikhi , membre fondateur de l’Association des amis de l’Algérie plurielle s’est dit confiant en la société civile algérienne. « C’est vrai qu’elle semble être en déclin. Mais elle se régénère et on le voit dans le mouvement Barakat », a affirmé celui qui présente son association comme « un cadre d’expression plurielle et diversifiée et qui tient compte de toute la réalité sociologique, politique et culturelle de l’Algérie ».

Enfin, Sid-Ahmed Soussi, professeur au département de sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQM) est intervenu avec une présentation sur les syndicats autonomes en Algérie.

 

L’Association de amis de l’Algérie plurielle (AAAP) sur les réseaux sociaux…

Par Samir Ben  Contactez moi

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2 réponses à L’après-17 avril : l’Algérie, entre guerre civile et glaciation à la Brejnev

  1. C’est quoi cet extrémisme et cet acharnement contre l’Algérie ?
    Ecoeurant de votre part Mr.Ben .
    Comment tolérerez-vous un titre de ce genre?

    Les Algériens sont la seule race au monde , le seul peuple dans le globe terrestre à passer leur temps à dénigrer ce que nous avons de plus cher , et plus cher encore que la pupille de nos yeux, .

    Il est clair que ceux qui tiennent ce langage sont les ennemis de l’Algérie et n’ont pas souffert ce que nous avons souffert aussi bien durant la glorieuse révolution de Novembre que durant la période de la décennie noire..

    Avant d’écrire un article , mettez en avant le patriotisme parce que ceux qui ont fui en 1962 , doivent se frotter les mains et s’attendent à voir les images déjà vues en Libye et en Syrie.

    Incroyable de votre part !!!

    • Abder Benali - Montréal dit :

      Je dis toute la vérité

      Quelle mouche t’a piqué ? (^_^)

       »Arrêtez la mascarade ! » encore un général à la retraite.

       » Monsieur le vice-ministre de la Défense,
      Monsieur le chef du DRS,

      Quand on a eu l’honneur d’être des anciens moudjahidine et membres de l’ALN et qu’on a eu la chance de vivre l’Algérie indépendante, on a un devoir sacré : honorer la mémoire des valeureux chouhada, les défendre et rester fidèle aux idéaux pour lesquels ils ont combattu, la liberté et la justice. «Si on venait à mourir, défendez nos mémoires», avait dit Didouche Mourad. Les circonstances actuelles ont fait de vous les principaux décideurs de ce pays. La gratitude et la loyauté sont des qualités louables mais le devoir envers la patrie quand elle est en danger est au-dessus de toute considération.

      Le Président est malade : un AVC important chez une personne fragile laisse fatalement des séquelles physiques et psychologiques. Après une année de rééducation intensive, il ne peut même pas se lever et nécessite toujours l’assistance dune tierce personne. Il est tout à fait clair, pour reprendre son expression, qu’il est dans l’incapacité d’exercer un quatrième mandat, le troisième était déjà de trop. Messieurs Sellal, Benyounès, Saadani… ont menti au peuple algérien : le cerveau du président ne fonctionne pas mieux que tous nos cerveaux réunis, c’est le cerveau d’un être humain sérieusement amoindri par un AVC. Le président Roosevelt était sur un fauteuil roulant depuis son enfance suite à une polio. Lors des Accords de Yalta, sa santé était précaire il est mort deux mois plus tard d’une hémorragie cérébrale secondaire à une hypertension artérielle sévère. Peut-être que ces accords auraient été mieux négociés s’il avait joui dune bonne santé.  »

      M. Antar : Général à la retraite Professeur de médecine

      http://www.elwatan.com/contributions/arretez-la-mascarade-03-04-2014-251779_120.php

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