« Le Parti québécois, le Front national et la terreur identitaire », selon Omar Aktouf

En pleine campagne électorale au Québec, Omar Aktouf, professeur en management aux HEC Montréal, n’y va pas avec le dos de la cuillère pour exprimer son avis sur le gouvernement sortant.  Celu-ci tente d’obtenir une majorité sur l’enjeu de la charte des valeurs québécoises qui va interdire le voile dans la fonction publique et para-publique, entre autres.

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Omar Aktouf

Omar Aktouf

Pour ce pourfendeur du système financier international, le Parti québécois n’est plus ce qu’il était et détourne l’attention du peuple des vrais enjeux et lui désigne un ennemi imaginaire : le musulman. Les stratèges du PQ tablent sur l’islam bashing pour faire avancer leur agenda.

 « Le PQ a depuis longtemps perdu son âme de parti social-démocrate … ll joue sur le terrain de la terreur identitaire à l’instar des Front National en France et l’ensemble de l’extrême droite européenne », affirme-t-il.

Pour lui les candidatures maghrébines au sein du PQ sont « non seulement poteaux mais aussi des alibis commodes … sans rien enlever à la qualité intrinsèque de ces candidat(e)s ni à leurs légitimes convictions ».

 

La charte des valeurs québécoises est-elle nécessaire au Québec ? N’y a-t-il pas déjà séparation entre l’État et la religion ?

 Il faut être bien naïf ou bien aveugle, ou alors bien «intégré idéologiquement» pour ne pas avoir vu, dès le début, dans cette histoire de «charte de valeurs d’un peuple» au Québec, d’une part, une sorte de continuation plus «désirable» de ce qu’a tenté de faire la commission Bouchard-Taylor, et d’autre part une grossière manœuvre de basse politique politicienne, trivialement électoraliste.

Le Parti québécois (PQ) veut plus que jamais un gouvernement majoritaire. Il le lui faut à tout prix avant que ses bases de ralliement traditionnelles (souveraineté, langue française, milieux des travailleurs, syndicats, milieux de gauche et centre gauche…) ne soient définitivement reléguées aux oubliettes.

Ces thèmes-là n’étant pratiquement plus «jouables» du fait de plus urgentes préoccupations du peuple : hausse de la misère, de l’itinérance et de la pauvreté même avec un travail, du coût de la vie, des inégalités, des injustices, rognages incessants (niveaux fédéral et provincial) sur ce qui reste des programmes sociaux, sur ce qui reste du système de santé publique…

Si on ajoute à ce sombre tableau les magouilles et pratiques mafieuses révélées par la Commission Charbonneau (qui éclaboussent jusqu’aux plus hautes sphères du PQ)… on a tous les ingrédients pour faire tomber en chute libre le vote «traditionnel».

Il faut donc trouver une diversion. Mais une diversion de «taille», et même, si j’ose dire, suffisamment énorme (à l’instar, toutes proportions gardées, d’un 9/11) pour mobiliser en force l’opinion vers d’autres assises de ralliement et espérer gagner plus de voix aux urnes.

Quoi de plus indiqué et de plus facile, en ces temps d’islam bashing orchestré tambour battant, sur fond de crises endémiques et de recherche de boucs émissaires, dans tout l’Occident, que de jouer sur les fibres des plus bas instincts ?

Bas instincts du genre «réveillez-vous» !, il y a menaces de mort imminente pour notre identité, notre peuple, nos valeurs ; tout ce que nous sommes comme Québécois «de souche» est en voie de dissolution-disparition… parce que nous sommes trop gentils, trop bons, avec des immigrants qui, non seulement viennent profiter de nos largesses et générosités, mais se mettent à la destruction rampante et systématique de nos façons de vivre et d’être, en tant que «société démocratique avancée», «occidentale chrétienne»…

Discours historiquement connu qui a jalonné tous les poujadismes et les fascismes, lorsque vient le temps de désigner au bon peuple les exutoires à ses frustrations et faire d’une pierre deux coups : donner visage aux sources de la dégradation de la qualité de vie de ses citoyens, de ses déboires économiques et sociaux d’un côté, et de l’autre, le mobiliser, le détourner vers un ennemi présenté comme «encore bien plus grave» et plus urgent à combattre, en l’occurrence l’Islam et ses immondes foulards.

On le sait, le PQ a depuis longtemps perdu son âme de parti social-démocrate, de parti proche des travailleurs… jusqu’à ne pratiquement plus présenter de différences avec les partis de droite comme le PLQ ou la CAQ, il s’acoquine avec tout ce qu’il y a de plus réactionnaire au sein du Québec-Inc. L’arrivée de PKP-Berlusconi [PKP, Pierre-Karl Péladeau, propriétaire de Québécor qui détient 40% des médias au Québec, NDLR] célèbre pour ses positions «droite-toute» et son anti-syndicalisme féroce, en est le couronnement, il lui faut absolument jouer sur le terrain de la terreur identitaire à l’instar des Front National en France et l’ensemble de l’extrême droite européenne.

La dite recherche de «laïcité» n’est en effet qu’un grossier fallacieux prétexte puisque l’origine même de cette notion (de laikos en grec ancien) en son acception politique, vient des suites de la Renaissance et de l’avènement des Lumières avec les Rousseau, Voltaire… qui s’en prenaient non pas à la seule séparation religion-État, mais surtout à l’exploitation massive du peuple conjointement par le couple Église-Monarchie.

Qu’on me montre où voit-on au Québec (ou ailleurs en Occident) une collusion Islam-pouvoir politique ? Ce pouvoir politique occidental moderne qui se veut «laïc» admet en son cœur même un vrai nouveau clergé (religion) : les représentants de l’idéologie néolibérale et des milieux d’affaires (un vrai catéchisme fait de «valeurs-croyances-désirs» des riches) : voilà le danger grave qui menace les États occidentaux, Québec compris. Ce n’est pas pour rien que, en ce moment même, FMI, OIT, NASA, Davos, OCDE… crient à tue-tête que les insondables inégalités, injustices et dégâts à la nature causés par la poursuite aveugle des intérêts de ce «clergé» menacent d’effondrement-extinction imminente Occident et humanité ! Séparer d’urgence les milieux d’argent et l’État serait LA véritable œuvre de «laïcité» de nos jours, pas courir après quelques «foulards islamiques».

 

 

Y a-t-il un danger islamiste ou intégriste au Québec?

J’ai en partie répondu à cette question plus haut. J’y ajouterai seulement quelques remarques : Que l’on me définisse ce que «danger islamiste» veut-dire ? Est-ce la multiplication des voiles-foulards-barbes ? Auquel cas voyons de plus près.

En termes de statistiques, sur environ 60 000 employés de l’Éducation nationale il y en aurait 200 à 300 ! Sur 19 000 employés des Centre de la petite enfance (CPE)… il y en aurait quelques dizaines… Sur l’ensemble des effectifs des corps de police, pas un seul ! etc., etc.

Je pense que l’anglicisation accélérée du Québec  (notoirement visible et audible dans la «métropole»  Montréal et… jusque dans l’enseignement comme à HEC Montréal…) est un danger de loin bien plus graves pour l’identité et les valeurs des Québécois !

Et puis, pourquoi passer sous silence le cas des Juifs hassidiques d’Outremont et ailleurs qui, non seulement portent costumes totalement «non laïcs» en masse, kippas, tenues noires quasi camisoles intégrales pour les femmes (notoirement considérées et traitées comme inférieures à l’homme)… mais qui, en plus, font ostensiblement fi de moult traditions et même lois québécoises (voir les récurrentes plaintes de citoyens d’Outremont, Laurentides…). Ils ne se mêlent ni ne s’intègrent ni même ne parlent aux «autres», défient sans vergogne, avec leurs propres «écoles», ostensiblement ultra religieuses, les lois, programmes et «remontrances» de l’éducation publique officielle québécoise, exigent d’opacifier les fenêtres de lieux publics comme des gymnases pour cacher à leur yeux les corps en tenues de sport… etc., etc. Qui parle de danger de «judaicisisme» ? De menace que tout cela pourrait représenter pour la laïcité et la démocratie ? Pourquoi ce deux poids, deux mesures ?

Que l’on me dise comment et pourquoi on ignore (ou feint d’ignorer) que le plus grand danger de montée de religion intégriste la plus dangereuse, menaçante, et en progression exponentielle (y compris au sein des États : USA avec les Bush et maints de leurs transfuges à Washington…, notre propre gouvernement actuel à Ottawa…) est celui qui vient des Évangéliques et leurs idées ouvertement non laïques-rétrogrades ?

Ces idées vont jusqu’à faire modifier des programmes universitaires qui ne correspondent pas à leurs croyances… en passant par des guerres à l’impie arabo-musulman sur bases de mensonges et de prétextes fabriqués, avoués, maintenus.

Tout cela est, bien sûr, infiniment moins dangereux que le «danger islamiste» hyper monté en épingle, représenté par d’hirsutes «imams» tarés qu’on exhibe à la télévision, des nikabs de ci-de là, ou quelques barbus «priant à quatre pattes» !

On veut, dit-on, en plus de la laïcité, préserver et protéger la dignité-liberté de la femme, son égalité avec l’homme… menacés par l’Islamisme.

Soit, mais parlant de liberté-dignité-égalité de la femme, qui songe à s’élever avec autant de vigueur contre l’ignominie faite aux femmes occidentales et québécoises avec les innombrables publicités sexistes ? La sexualisation des corps de fillettes passant des concours de «mini miss» ? La pornographie omniprésente sur Internet et ailleurs ?

N’est-il pas plus urgent de soustraire la femme (occidentale surtout) de ce genre de dégradations des plus abjectes, que de la sauver d’un bout de chiffon sur le nez ?

Enfin, je n’ai de cesse de me demander comment on fait pour continuer à ignorer que si islamisme intégriste-radical… il y a, c’est ce même Occident, qui le voue aux enfers, qui l’a créé, USA en tête !

Un peu de culture historique ne ferait pas de mal en allant voir du côté de l’instrumentalisation-utilisation de l’islam wahhabite saoudien (source de tous les islamismes radicaux), par les USA, pour assoir leur pouvoir au Moyen Orient, sur le pétrole mondial, «endiguer» le communisme et l’ex URSS…

Les pays arabo-musulmans les plus soutenus par l’Occident et les USA sont les plus beaux terreaux de cet islamisme dont on fait un épouvantail universel : de l’Arabie Saoudite (où il y a le plus de lapidations, négations de droits et violences aux femmes, esclavages sexuels, «mariages» de filles-enfants, comportements moyenâgeux… qu’en toute autre terre d’Islam) jusqu’au Pakistan et Émirats, en passant par certains pays plus proches.

On veut mettre fin à la prolifération de cet islamisme radial-rétrograde (ce que je souhaite aussi de tout mon cœur) hé bien que l’on s’attaque d’abord et d’urgence, aux politiques arabes des USA et de leurs alliés, lesquelles politiques cultivent, de fait, cet islamisme pour maintenir un climat de terreur universel et justifier dégringolade des libertés démocratiques, débouchés aux lobbies des armes et de «la sécurité», et occupation lucratives de pays entiers, surtout pétroliers !

 

La charte ne va-t-elle pas créer plus d’exclusion en congédiant et en fermant la porte du travail à certaines femmes musulmanes?

Bien sûr ! Cela est absolument inévitable et écrit dans le ciel de cette charte. On ne s’en cache même pas puisque (les politiciens, médias…) ne parlent pratiquement plus que de signes musulmans à propos de tenants et aboutissants de la charte : qui, où, pourquoi, comment… va porter ou non tchador, voile, nikab… etc., etc.

Sitôt adoptée (ce qui sera automatique avec une victoire du PQ), cette charte sera synonyme, pour tout ce qui arbore «signes» islamiques, les femmes en premier bien sûr, de fermeture de portes du travail, sans doute d’études, voire même de la rue et des lieux publics, quand on voit l’inquiétante montée des actes (insultes, invectives, stigmatisations…) ostensiblement islamophobes de la part de citoyens et citoyennes, en lieux publics, à l’égard des musulmanes «visibles».

 

Le débat sur la charte semble avoir donné carte blanche au discours islamophobe et d’exclusion. Qu’en pensez-vous ?

Qui peut le nier ? Je pourrais citer une bonne douzaine de noms de personnalités publiques, journalistes, animateurs de TV, chroniqueurs… qui s’y livrent sans complexe depuis même avant la charte !

Que dire alors de monsieur et madame tout le monde qui, comme ce candidat «retiré» de la présente campagne arborait fièrement dans son site Facebook une image des plus insultantes : une femme quasi-nue faisant le doigt d’honneur et criant fuck Islam ?

Depuis le fameux 9/11, je crois, rien tel que cette charte n’aura conduit (en tous cas au Québec) à autant de manifestations «décomplexées» de haine contre les musulmans et, surtout, les musulmanes (n’a-t-on pas vu sur certains sites et autres tweets nombre de réactions ignobles à propos de cette pauvre femme «voilée» décédée coincée au bas d’un escalator de métro à Montréal ?).

Celles et ceux qui ont manigancé, pensé, fabriqué cette charte et ses faux problèmes porteront devant l’Histoire du Québec une responsabilité dont ils n’ont qu’une idée bénigne jusque-là, je le crains.

Et ce d’autant plus que cette islamophobie est alimentée par un éculé et lénifiant discours (à tout le moins sous-entendu, latent) sur la nature même de l’immigration : ce seraient des «quêteux» [mendiants en français québécois, NDLR] venus de socio-cultures inférieures, sous-développées (sans, bien sûr, rien savoir sur les raisons historiques  profondes du maintien de ces pays en de tels états). Ces immigrants quémanderaient la charité (fonds de commerce du néonazisme en Europe) tout en refusant de s’intégrer et même, cherchant à détruire ce que sont (dans leur identité, valeurs, mœurs, façons de vivre…) les «bons et gentils» accueillants.

Cela arrange fort bien tous ceux qui veulent ignorer que l’immigration en «pays avancés» est une nécessité économique planifiée pour compenser le déficit démographique, mais aussi pour importer de la main d’œuvre (énormes cadeaux gratuits quand il s’agit en plus d’immigrants hautement formés) qui DOIT entrer en concurrence avec la main d’œuvre équivalente locale pour maintenir ou augmenter les taux de profits ! La productivité ! La compétitivité… !

 

Les enjeux pour la communauté ne sont-ils pas ailleurs (travail, éducation des enfants…) ? Et les nouveaux arrivants ne doivent-ils pas se tenir à l’écart du débat sur l’indépendance puisqu’ils n’ont pas émigré pour ça ou contre ça ?

Bien entendu. Mais on leur tient le discours de «l’intégration», qui devrait aller jusque l’adoption de querelles purement internes aux gens du pays d’accueil, radicalement étrangères aux premiers soucis de ceux qui émigrent : trouver du travail, passer à travers les filtres des profilages, assurer un avenir à leurs enfants, faire valoir leurs compétences et diplômes…

Notre communauté (maghrébine) est l’une de plus qualifiée / diplômée et en même temps des plus ségréguées sur le plan de l’emploi : il y règne, officiellement, un taux de chômage près de quatre fois supérieur à la moyenne !

Comment veut-on que ces gens se sentent ? Comment veut-on que bon nombre ne finisse pas par céder à ce qu’on appelle en sociologie «les valeurs refuges» : les «accueillants» ne veulent pas de moi comme mes origines m’ont fait ? Nient ce que je suis ? Dénigrent ce qui fait mon «être» ? (Amin Malouf a fort bien élaboré là-dessus dans son Identités meurtrières), frappent ma langue, mes valeurs, mes convictions, mes compétences… de nullité et de mépris… hé bien où se tourner ? Me recroqueviller dans mon bagage de sources de réconfort d’origine devient une planche de salut contre la dépression, la chute de l’auto-estime, le suicide, la criminalité, la toxicomanie…

Ce phénomène est bien connu en sociologie des populations soumises à hostilité ou ségrégation, déracinement, négation en ce qu’ils sont… (P. Bourdieu, A. Memmi, F. Fanon, E. Goffman, T. Nathan…).

Cependant, ce discours sur l’obligation «d’intégration» (ce dont je suis non seulement partisan mais même «exemple» cité au Québec) devient agression et repoussoir lorsqu’il s’accompagne de non-reconnaissance minimale, voire de mépris de ce qu’est l’autre qui «arrive», de mépris du minimum identitaire qui lui appartient.

L’accueilli et l’accueillant doivent se grandir mutuellement de ce que chacun porte et apporte … de meilleur pour les uns et les autres (en ce sens, si les Blancs arrivés en terres d’Amérique, Québécois inclus, avaient adopté, intégré… un minimum de valeurs amérindiennes, notamment en ce qui touche à la nature, la qualité de vie de tous serait bien meilleure aujourd’hui). Fondamentalement, chacun, reçu et recevant devrait se nourrir de ce qui de chez l’un et l’autre «humanise» davantage les personnes et leurs relations. Aucune culture ni religion n’est en rien «supérieure» à nulle autre. Au nom de quoi ?

Jean Rostand disait que la grandeur d’une culture ou d’une civilisation se mesure à la façon dont elle traite les plus faibles et les plus vulnérables. Les cultures sont différentes, point.

La question est de savoir comment (puisque mondialisation, nécessité de hausse des profits, démographie… obligent) faire cohabiter-féconder, le plus harmonieusement possible le meilleur des différences en présence.

Après viennent, petit à petit, des enjeux se révélant plus communs : suite à toute une vie, après une seconde ou troisième génération on se définira souverainiste ou fédéraliste, conservateur ou écologiste… pas d’entrée de jeu.

 

Le PQ vient de présenter quatre candidats d’origine algérienne. Poteaux ?

Quelle coïncidence ! Autant de candidatures maghrébines et maghrébines-féminines à la fois ! Bien sûr, il faut être bien innocent ou naïf pour ne pas voir la grosseur de la ficelle, voire la corde.

Sans rien enlever à la qualité intrinsèque de ces candidats ni à leurs légitimes convictions, et avec mon expérience d’ex candidat moi-même, je peux assurer sans hésitation que non seulement il s’agit de poteaux, mais aussi d’alibis fort commodes, (cela envoie le message : regardez !, notre charte est même soutenue par les «vôtres»…) il suffit de voir les circonscriptions qu’on leur a assignées : où y a-t-il une «forteresse» PQ ? Et qu’on ne vienne pas me ressortir le cas des «gagnants» NPD des dernières élections fédérales : simples conséquences de votes sanctions massifs «contre» les conservateurs et l’inutilité perçue, à tort ou à raison, du Bloc Québécois, n’importe quel pot de fleur aurait bénéficié de cette vague NPD.

 

Quel commentaire faites-vous sur le peu de candidats d’origine maghrébine au Parti libéral du Québec ?

Le PLQ reste un bastion et un vivier de tout ce qu’il y a de plus conservateur – droite aujourd’hui au Québec (faisons abstraction des parenthèses du gouvernement Lesage, ADQ et CAQ). Au fond ce sont les héritiers des partis conservateurs du passé (Duplessis…) mais aussi des «gagnants» traditionnels, du milieu des affaires, du Québec-Inc gravitant autour de Power Corporation et Québécor, de «l’élite» de «souche» ou cooptée parmi l’immigration européenne tournée vers le modèle de l’élite à la US (d’abord blancs, Anglo-saxons, chrétiens…).

Donc leur base idéologique, leur crédo, leur ontologie… (même si une bonne proportion de leur vote vient d’immigrants «autres» fascinés par le mirage du  miracle nord-américain, rêvant qu’ils seront un jour partie de cette élite, ou encore, aujourd’hui, le vote de membres de notre communauté anti charte)… n’ont que peu à faire de représentants-candidats de communautés «visibles» venant de contrées sous-développées, encore moins maghrébo-islamo… Sauf exceptions ou petits calculs électoralistes locaux.

Pourquoi iraient-ils s’encombrer de ce genre de candidatures quand le «gain» pour eux, vient des voix qu’ils glanent auprès de la droite bienpensante traditionnelle, riche et des «beaux quartiers» d’abord ?

Ensuite – cela leur est pratiquement acquis d’avance-, ils ont, sans coup férir, l’appui «instinctif» de toutes les «communautés» qui voient en eux le modèle de ce pourquoi ils ont émigré en Amérique du nord.

 

 

(*) Bio express :

Omar Aktouf est professeur de management à HEC Montréal. Invité sans relâche en Europe, en Afrique et en Amérique latine, cet infatigable pourfendeur du néolibéralisme est aussi membre fondateur du groupe Humanisme et Gestion.

Auteur de plusieurs ouvrages dont des best-sellers comme Le management entre tradition et renouvellement qui en est à sa 5e édition, La stratégie de l’autruche : management et rationalité économique primé «meilleur livre d’affaires» en 2003, Halte au gâchis ! En finir avec l’économie-management à l’américaine…, Omar Aktouf a participé avec plusieurs autres intellectuels de gauche, dont Noam Chomsky, Ignacio Ramonet et Susan George, au documentaire largement primé à travers le monde y compris au Japon, L’encerclement, La démocratie dans les rets du néolibéralisme du Canadien Richard Brouillette sorti en 2008…bien avant l’oscarisé 2011 Inside Job, de l’Américain Charles Ferguson.

Omar Aktouf a été candidat «vedette» du Nouveau parti démocratique – NPD – à Outremont (Montréal) en 2004. Il avait réalisé un score de 14,1% ouvrant la voie à Thomas Mulcair, l’actuel chef du NPD qui forme l’opposition officielle à Ottawa. Mulcair a eu la « chance » de se présenter lors d’un vote sanction contre Stéphane Dion du Parti libéral du Canada.

Omar Aktouf sur le site des HEC Montréal….

Par Samir Ben  Contactez moi

PS : Nous avons sollicité des entrevues avec les candidats du Parti québécois. Nous attendons toujours la réponse des services de communication du PQ.

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copyright – 2012-2014 – Samir Ben

25 réponses à « Le Parti québécois, le Front national et la terreur identitaire », selon Omar Aktouf

  1. Karim Lassel dit :

    Depuis qu’il fréquente Tarik Ramadan l’éminent professeur des HEC de Montréal, M. Omaruf est devenu schizophrène. Il en veut à tous ceux qui ne comprennent pas sa versatilité. Il tire sur tout ce qui bouge en Algérie, au Canada, en Amérique du Nord.

    Il se prend pour le sauveur du monde en voie de développement. Ses théories sont peut être excellentes mais il doit revenir à la raison et conprendre qu’elle sont inapplicables en l’état des choses.

    Il a envie d’une reconnaissance, il a bseoin d’être reconnu… Narcisse plus que moi tu meurs.

    Revenez à terre M. Aktouf et arrêter de rêver contre ceux et celels qui veulent réussir autrement que vous.

    Salutations amicales et sans rancunes

    Karim Lassel
    Artiste marié au Québec (la Province)

    • Yughurta dit :

      Bonjour Mr Yughurta

      Comme votre commentaire n’est pas signé (Prénom, Nom et Ville), il ne peut être publié.
      Pourriez-vous le renvoyer signé ou donner un prénom et un nom.

      Merci d’avance pour votre compréhension.

    • Yughurta Yeni Tamlit - Saint Jean QC dit :

      Ya Si Karim,
      comment une théorie peut être excellente et inapplicable en même temps.
      Yeni Tamlit
      St-Jean

  2. Tarek Thameur , Longueuil dit :

    Tout simplement brillant Monsieur Aktouf.
    chapeau bien bas pour ce discours clairvoyant.

  3. Professeur Aktouf,

    Merci, tout est dit.

    Permettez moi de vous dire humblement que, vous valez bien plus que professeur aux HEC.

    Merci de redonner confiance é certains Maghrébins en terre du Québec que je n’ose pas encore appeler la Belle Province, en particulier à cause des élections voilées du PQ…

    (^_^)

    Chapeau bas professeur.

    Merci à Ben pour cet interview.

  4. Rachid Tazoulti - Montréal dit :

    Trois points à souligner :

    1) Tiens, tiens!!

    L’anonymat est facile à porter les insultes et les calomnies… Mais pour que des personnes signent de leurs vrais noms et prénoms c’est une autre chose….

    Par ailleurs et de,

    2) Habituellement j’aime bien le raisonnement du professeur Aktouf, éminent enseignant des HEC de Montréal, reconnu comme l’une des personnalités les plus en vue au Canada…. Il m’arrive parfois de ne pas aimer ses écrits concernant l’Algérie parce que je le trouve déconnecté de la réalité nationale d’aujourd’hui et son apport est j’allais écrire presque limité.

    3) En lisant ses réponses aux questions du journaliste qui encore une fois les orientent contre le Québec et les Québécois je m’attendais à plus de rigueur, plus d’intégrité et même plus d’honnêteté intellectuelles de la part M. Omar, mais j’observe que ce n’est pas le cas.  »Il ne va pas avec le dos de la cuillère » comme vous le dites si bien.

    Alors, qu’il critique la politique du parti québécois qui s’est quelque peu  »décollée » de la sociale démocratie, je veux bien, ça pourrait même amener les Péquistes de se ressaisir, mais comparer ce Parti au front national français c’est aller trop loin.

    Ce que je comprends de cette attaque sans nuance c’est que les algériennes et les algériens dont beaucoup sont fils et filles de chahid de la guerre de libération nationale assassinés et / ou torturés par Lepen et ses acolytes sont comparables aux tortionnaires de Bigeard et Cie.

    Dommage M. Aktouf, vous venez de perdre un admirateur.

    Rachid Tazoulti
    de Montréal.

    • Tarek Thameur- Longueuil dit :

      Il a perdu un admirateur, mais il vient d’en conquérir un autre. L’honneur est sauf.

      Malheureusement, la politique du PQ est sourde à tout, sauf à sa propre voix et voie.
      Cela me rappelle la fameuse consultation qu’avait initié Mr Drainville au sujet de la Charte, qui se résumait à ceci près :  » Nous allons vous écouter, mais nous ne changerons pas d’un Iota le contenu de notre charte »

      Il ne faut pas sortir de St-Cyr ni de HEC pour comprendre les motivations malsaines et malhonnêtes du PQ. Il n’a fait que calquer les stratégies du FN français pour gagner en popularité sur le court terme, sans mesurer sur le long terme les conséquences désastreuses sur la cohésions sociale du Québec.

      Certains hélas continuent à confondre Intégration et assimilation…

      • Rachid Tazoulti - Montréal dit :

        M. Thameur,
        Je ne vous connais d’Adam ni d’Ève et par conséquent ça ne me dérange nullement que vous vous rangiez derrière Aktouf… d’autant plus que vous ignorez les raisons de mon message à son intention. Gardez-vous des amalgames!

  5. citoyen7 dit :

    Bonjour citoyen7

    Comme votre commentaire n’est pas signé (Prénom, Nom et Ville), il ne peut être publié.
    Pourriez-vous le renvoyer signé ou donner un prénom et un nom.

    Merci d’avance pour votre compréhension.

  6. karim dit :

    Bonjour Karim

    Comme votre commentaire n’est pas signé (Prénom, Nom et Ville), il ne peut être publié.
    Pourriez-vous le renvoyer signé ou donner un prénom et un nom.

    Merci d’avance pour votre compréhension.

  7. JUGURTHA AMAZIGH YASSINE - Montreal dit :

    lire Omar Aktouf, c’est comme lire Cicéron , dans la république romaine. avec une connotation d’algérien vrai, authentique et sincere. en somme du génie brut et racé. mille merci

    by: JUGURTHA AMAZIGH YASSINE

  8. Tewfik Hayii - longueuil dit :

    Salam,
    Merci Mr Aktouf pour commentaire oh combien instructif et qui me conforte dans mon analyse profane quand vous dites que le PQ suit la route du FN Français.Les ingrédients sont présents et cela va aller crescendo pour arriver aux idées xénophobes des Lepénistes.
    Le fond de commerce social démocrate du PQ d’antan est entrain de fondre,comme neige au soleil et leurs dirigeants ont tombé les masques.Que chacun de nous tire les conséquences qui s’imposent.
    Encore une fois,chapeau bas,Professeur.
    Salam.

  9. Durand dit :

    Bonjour Mr Durand

    Comme votre commentaire n’est pas signé (Prénom, Nom et Ville), il ne peut être publié.
    Pourriez-vous le renvoyer signé ou donner un prénom et un nom.

    Merci d’avance pour votre compréhension.

  10. JUGURTHA AMAZIGH YASSINE – Montreal dit :

    quand je vois des gens qui n’ont même pas de quoi manger, et qu’ils vont voter, cela me fait penser à un crocodile qui se présente dans une maroquinerie. coluche.

  11. AMAZIGH JUGURTHA YASSINE dit :

    François Mittérand a dit : ‘ les immigrés sont ici chez eux,,,,, » » »
    Jean Marie réplique et dit :  » Je suis d’accord, moi aussi , je me sent aussi chez eux  ».
    pour résumer le tout, la démocratie ne détient pas le monopole de l’humanisme et la religion ne détient pas le monopole de la foi.
    AMAZIGH JUGURTHA YASSINE

    • Assia Nouar,Montréal dit :

      Vous avez tout expliqué M. Aktouf, Dommage que les québécois ne lisent pas ElWatan.ainsi ils verront que le PQ est en train de faire diversion et peur avec sa charte, sa souveraineté et l’intégrité pour s’accrocher au pouvoir car ils n’ont rien à offrir.

  12. ouchène dit :

    Bonjour Ouchène

    Comme votre commentaire n’est pas signé (Prénom, Nom et Ville), il ne peut être publié.
    Pourriez-vous le renvoyer signé ou donner un prénom et un nom.

    Merci d’avance pour votre compréhension.

  13. Abder Benali - Montréal dit :

    Question :

    Pourquoi nos sœurs algériennes n’interviennent pas, alors qu’on se bat et on se déchire pour Elles…par amour ?

    .

    (^_^)

    .

    Abder benali
    Montréal

    • Yughurta Yeni Tamlit – Saint Jean QC dit :

      Tout simplement parce qu’elles ont d’autres chats à fouetter que de jouer aux  » teyabat el hammam  ».
      Yeni Tamlit
      St-Jean

      • Abder Benali - Montréal dit :

        Mon frère, est-ce qu’il reste encore des hommes fi l’bled

        (^_^)

        Le courage des femmes

         » Seules les femmes sont courageuses !  »  » Ce sont les femmes qui vont sauver le pays « . Qui d’entre nous, les femmes, n’a pas entendu cette profession de foi ?

        Ce ne sont jamais les femmes qui disent cela, mais presque toujours des hommes. Et souvent des hommes qui ont entre les mains le destin des femmes et des pays. Des professions de foi si hypocrites quand elles viennent de leur part ! N’est-ce pas ce que m’a dit, un jour des années 90, Années noires pour l’Algérie, ce responsable politique au pouvoir depuis 1962, alors que nous parlions du malheur où nous précipitait la Guerre civile :  » Ce sont les femmes qui vont sauver le pays !  »

        Cette idée là du courage des femmes qui va sauver les nations mises à mal par le gouvernement des hommes quand elle est professée par ces hommes mêmes a le don de m’exaspérer!

        Mais ignorons donc ces plaintes faussement repentantes. Et disons le, oui les femmes sont courageuses! Depuis longtemps, depuis toujours. Bien avant les Révolutions arabes. Mille courages, différents les uns des autres.

        Au commencement, il y a le courage endurance. Les femmes sont courageuses autant qu’elles sont discriminées et cela à travers tous les temps et tous les pays. Leur histoire est une longue suite de violences. Des violences symboliques, comme celles qui ont donné à la littérature des chefs-d’œuvre et des portraits uniques de femmes à toutes les autres pareilles. Dans une maison de Poupée d’Ibsen, l’inoubliable Nora ou encore Emma Bovary qui obsède tant les écrivains que nous essayons d’être, et d’autre encore…

        Des violences physiques. Variées, multiples, rivalisant d’imagination et de cruauté d’un continent à l’autre, d’une religion à l’autre, d’un patriarcat à l’autre. Au nom de la culture : les violences conjugales, l’enfermement, les mutilations sexuelles, les petits pieds, la burqa; au nom de l’honneur : les crimes, le fouet rédempteur, la lapidation, la séquestration, l’immolation; au nom du plaisir prédateur des hommes: mariages précoces, polygamie, viols, prostitution… Depuis des siècles, depuis toujours jusqu’à nos jours. Leurs vies et leurs corps sont la marque, le récit de leur endurance. L’histoire du courage des femmes…

        Et malgré cela, elles ont, presque toutes, dans l’immense majorité, accompli leur destin de femmes, comme elles disent, avec abnégation, dévouement, amour. Oui amour. Le courage silencieux des femmes. Tout au long de l’histoire de l’humanité elles ont filé la laine, bêché la terre, coupé le bois, taillé les arbres, tissé, cousu les vêtements et les outres, laver et récurer, trait les vaches, les chèvres, elles ont fait tourner les machines, elles ont monté et peint des murs, dessiné des images, chanté de la poésie, soigné et guéri… et que sais-je encore du levé du soleil à la nuit… Et ce moment venu, autour du plat familial elles se gardent bien de prendre pour elles un des pauvres morceaux de viande avec quoi elles ont fait miraculeusement manger les leurs, laissant cela aux hommes, grands et petits.

        Avec obstination elles ont continué à faire ce pour quoi on les tolère jusque dans les sociétés les plus barbares : elles ont enfanté, elles ont tenu la maison des hommes et leur couche. Et encore. Contre les blessures de l’histoire qui parfois font des leurs hommes des moins que rien elles restent dans la vaillance de la vie dont elles sont l’ultime rempart. Pendant la longue nuit coloniale, elles ont protégé ces hommes et fait de leurs maisons des citadelles imprenables. Aux hommes dépossédés, elles ont donné leurs ventres en s’offrant à eux comme dernier territoire. Avec un tel oubli de soi, un tel dépassement que l’on peut trouver ici la matrice du courage des femmes, le courage endurance.

        Avec le courage endurance, le courage silencieux, il y a le courage résistance. Celui des femmes qui ont bousculé les habitudes des familles, qui ont rompu les anciennes manières. Elles sont nombreuses. Modestes souvent, soldats sans grades, elles sont engagées dans une guerre de tranché ignorant les débats et les enjeux savants, les Chartes et les Déclarations universelles. Ces mères analphabètes qui ont bravé les dictats et les ordres des fous de Dieu, qui ont continué à envoyer leurs filles à l’école bravant les interdits, jeunes et vieilles. Toutes jeunes comme cette adolescente kabyle égorgée de n’avoir pas voulu se voiler, et ces institutrices qui continuèrent d’aller les cheveux au vent dans l’Algérie des  » sombres temps  » pour le dire comme Hanna Arendt. Loin des cercles féministes et des slogans libérateurs elles sont devenues malgré elles les symboles de la résistance pour tout un peuple.

        Il y a aussi le courage de celles qui, il faut bien le dire, nous dérangent, nous troublent parce qu’elles semblent avoir accepté les lois mortifères des hommes, des pères et des frères tyranniques, des vigiles de quartier, des bandes de petits chefs en mal de pouvoir et de sexualité. Ces femmes qui n’ont plus le droit de vivre, se bardent de tout leur courage pour survivre. Voilées elles sortent pour apprendre, travailler, se promener, et aimer. Elles ont choisi d’accomplir leurs désirs de vivre dans la plus grande des clandestinités. Oui souvent devant ces femmes voilées, pas toutes, mais certaines, nous restons sans voix. Se réservent-elles pour des batailles plus décisives ? Ne les a-t-on pas vus sur les places des Révolutions ?

        Et puis il y a le courage héroïque. Celui que la guerre, les guerres sont révélé. Elles ont écrit les chapitres les plus courageux et les plus désespérants des guerres des hommes. Femmes au front et à l’arrière du front, dans les villes, et dans les montagnes, femmes déportées, emprisonnées, torturées, violées, exécutées comme des hommes.

        Et enfin, et surtout, en toutes circonstances, elles donnent à leurs hommes le plus beau des cadeaux, celui de se croire plus grands qu’ils n’étaient.  » Pauvres petits hommes, les femmes sont le miroir dans lequel ils peuvent se voir plus grands qu’ils ne sont. « , m’enseigna une sage qui avait passé sa vie entre les murs de sa maison à servir père, mari, fils et petits-fils. Un secret que les femmes se partagent dans ces lieux où elles se retrouvent seules.

         » On n’entend pas la voix des femmes. C’est à peine un murmure. Un silence orageux qui engendre le don de la parole. « , disait Kateb Yacine.

        Et les femmes prirent la parole. Pas toujours pour elles. Les Folles de la Place de mai, les Femmes en noir, comme toutes celles qui ont au long de l’histoire ont montré leur courage politique en bravant les rois, les dictatures, la folie guerrière des hommes au nom d’une idée de l’humanité qu’elles ont toujours porté dans les plis des voiles du patriarcat. On les a vu à Tunis, au Caire, sur la place de la Perle à Bahreïn, à Sanaa au Yémen.

        Aux côtés de la jeunesse en colère elles étaient là voilées, en abayas ou hijab. Alain Badiou dit » et quand les femmes rejoignent le mouvement et qu’elles viennent sur la place alors il y a la révolution « . Tant et si bien qu’elles sont devenues les icones des Révolutions. La Révolution française immortalisée par une femme aux seins dévoilés dans » La liberté guidant le peuple  » de Delacroix ouvre cette galerie iconique. Plus près de nous le portrait de Djamila Boupacha par Picasso, fera le tour du monde, et deviendra le symbole de la Révolution algérienne. Et ces photos magnifiques des femmes tunisiennes, si brunes et si blanches, enroulées dans le drapeau rouge du pays. Il y a des images qui ne s’inventent pas !

        Mais les icones sont descendues des piédestaux où les avaient installés l’imaginaire des hommes. Les choses ont changé. Les femmes sont arrivées au bout de cette longue histoire de dévouement et d’abnégation.

        Depuis des décennies elles sont entrées dans un temps encore plus difficile et plus périlleux, celui du courage de refuser leur propre oppression. De réclamer justice pour elles et pour toutes les femmes. Au risque de l’incompréhension, l’ostracisme, au risque du rejet et de la solitude. Le courage des femmes de s’attaquer aux mythes, aux mensonges et aux tabous qui les maintiennent depuis la nuit des temps dans un état d’infériorité et les dépossèdent de leur corps, propriété des hommes et des tribus. Ce corps des femmes au centre de toutes les peurs, les désirs, les manipulations, les tractations, les échanges, les violences, au centre des religions, des livres sacrés…Le corps écrit des femmes.

        Avec patience, raison, intelligence, ne laissant rien dans l’ombre, revisitant tous les savoirs que les hommes avaient longtemps déclarés comme leurs territoires exclusif, savantes, articulées, talentueuses et parfois iconoclastes, par leurs mots, leurs poésies, leurs livres, leurs tableaux, leurs théâtre, elles ont dévoilé  » L’immense et compliqué palimpseste de la mémoire  » de leur corps pour le dire avec les mots de Baudelaire.

        Ce n’est pas par hasard, ni par mimétisme que la jeune féministe tunisienne Amina Sboui dénude ses seins et écrit sur sa peau  » Mon corps est à moi, il n’est l’honneur de personne « . Des mots à elle pour effacer ceux de la famille, du clan, de la tribu, de la religion, de la Nation. Avant elle déjà Aliia Magda El Mahdi jeune égyptienne posa nue nous obligeant à la regarder. La vulve exposée, elle débusque et écrase de son pied chaussé d’un escarpin rouge les fantasmes qui voudraient s’immiscer dans les interstices de son acte libérateur, dans les ombres sensuelles de son corps politique. Elle nous lave de toutes les images pornographiques qui prennent habituellement le corps des femmes en otage.

        Avec courage les deux adolescentes sont arrivées au sens caché de l’oppression des femmes. Elles témoignent pour nous que la libération du corps des femmes est le cœur de la libération des femmes et des sociétés toutes entières. Ces nudités graciles ont porté l’estocade à la vieille oppression méditerranéenne hideuse et puante qui ne céda pas à notre longue lutte. Aliaa et Amina ont donné la réponse au pourquoi ces files de femmes excisées, voilées, enfermées, battues, ces fillettes vendues, mariées, ces femmes-enfants violées. Le pourquoi du martyr de la jeune fille au soutien gorge bleue de la place Tarhir du Caire pendant les grands moments de l’espoir ?

        Elles ont donné une réponse intraitable. Qui plongea beaucoup d’entre nous, nous les féministes, dans un certain désarroi devant ce geste radical. Pour celles et ceux qui trouvent ces nudités violentes et insoutenables je dirais que cette violence n’est rien à côté de ce qui l’a provoquée.

        Et parce que le féminisme est une idéologie de la libération, et que cette libération commence par soi, quand deux très jeunes filles de nos pays ont le courage d’aller jusqu’au bout de cette libération c’est le mouvement féministe dans son ensemble qui se trouve obligé de s’interroger, et avec lui toute la société engagée. Ces mises à nu du corps nous portent plus loin que les cris de liberté et d’égalité dont nous avons fait nos cris de combat. Elles ouvrent sur une vision libérée de tous les compromis que nous pensions devoir accepter pour faire avancer la cause des femmes. Loin d’être des épiphénomènes anecdotiques, plus lourds de sens et d’avenir que les mille images des contre-révolutions conservatrices et islamiques, les gestes d’Aliaa et d’Amina sont la preuve apportée, si cela était nécessaire, que les révolutions tunisiennes et égyptiennes ont changé le cours de l’histoire des pays arabes.

        De tous les pays arabes et cela grâce au courage des femmes.

        Merci ma-Dame (^_^)

        Wassyla Tamzali. le 27-3-2014

  14. oulache oulache dit :

    Bonjour Oulache Oulache

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  15. Bonny dit :

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  16. el menfi dit :

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  17. Richard dit :

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  18. Claude dit :

    Excellent! Du Aktouf comme je l’aime. Franc et sans détour.

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