« La catho-laïcité du Parti québécois a décomplexé l’islamophobie», selon le journaliste Lamine Foura

mars 28, 2014

Le débat sur la charte des valeurs québécoises, qui interdit, entre autres, le voile dans la fonction publique et para-publique, a enflammé la province canadienne du Québec depuis la fin de l’été dernier. Cette charte est l’un des enjeux de l’élection provinciale du 7 avril prochain.
Le débat atour de celle-ci a fait beaucoup de dégâts collatéraux estime Lamine Foura, journaliste et animateur de radio communautaire à Montréal.

Lamine Foura

Lamine Foura (crédit photo A. Lahkim)

 

« Le parti québécois, Mme Marois et Mr Drainville [la Première ministre sortante et le ministre en charge du projet de charte, NDLR] et leur projet de charte ont décomplexé l’islamophobie au Québec », affirme Lamine Foura.
Il nuance son propos en ajoutant que « le discours islamophobe n’est pas dans la charte elle-même, mais dans sa justification même de la part de Mr Drainville qui a parlé, entre autres, de son inquiétude de l’islamisation de Montréal ! ».

« Ce discours était présent dans les réseaux sociaux. Il est alimenté par deux tendances. La première est carrément islamophobe et la seconde relève de l’extrême droite québécoise », affime-t-il.

Il ne nie pas l’existence d’un discours intégriste, qui reste marginal selon lui. Il déplore que « La communauté musulmane soit prise en otage par deux discours qui s’auto-alimentent. Le discours intégriste qui demande à la communauté de se renfermer et de ne pas s’intégrer. L’autre discours est celui qui dit qu’être musulman c’est être intégriste, être un danger pour le Québec, être fou… »

Dans cet entretien, il explique qu’au fond, cette charte consacre une catho-laîcité sélective qui donne des droits à la religion dominante et brime les autres au nom d’une laïcité supposée.

Pour lui, il est faux de dire que ce ne sont que les islamistes qui s’y opposent. Puisqu’elle ne fait pas l’unanimité au sein de la population générale elle-même.
« Il est malhonnête de faire croire que seuls les islamistes s’opposent à cette charte. En tout cas, si certains arrivent à ‘la conclusion savante’ que les anti-charte sont des islamistes, alors on peut dire que la grande majorité des acteurs sociaux au Québec sont islamistes ou sous influence islamiste [voir schéma, NDLR]. », estime-t-il.

 

La charte des valeurs québécoises est-elle nécessaire au Québec ? N’y a-t-il pas déjà séparation entre l’État et la religion ?

Il faut faire un bilan de la laïcité au Québec et identifier le problème que la charte veut régler. Le Parti québécois (PQ) prétend que sa charte vient régler deux problèmes : la neutralité de l’Etat et l’égalité homme-femme.
Je pense que la neutralité de l’Etat a été traitée depuis des années. Le changement se fait progressivement. Et je ne pense pas qu’elle soit remise en cause par des personnes qui portent des signes religieux. Aucune étude n’a démontré que les patients traités par une infirmière ou un médecin qui portent des signes religieux, pensent que c’est un Etat théocratique, musulman ou juif, qui les soigne.
Aussi, sur la question des accommodements religieux. Tous les juristes sont d’accord pour dire que l’armada juridique actuelle est suffisante pour bien les encadrer.
Reste le problème de perception de ces accommodements dans l’opinion publique. Les gens croient qu’il y a un abus. Je pense qu’on ne peut pas régler un problème de perception par une législation.
Donc, à mon avis la question de la pertinence de la charte par rapport à la neutralité de l’Etat n’a pas été prouvée.
L’Etat a vraiment besoin d’autres choses pour démontrer sa neutralité. Prenons le cas de l’objection de conscience qui permet à tout médecin ou à tout professionnel de la santé de refuser de fournir un acte médical parce que sa religion ne le lui permet pas.
Le PQ a maintenu ce droit dans le projet de charte à l’article 12. Ce droit est un acquis arraché, essentiellement, pour le lobby des médecins catholiques qui ont fait une pression au moment du débat sur l’avortement au Québec.
Il y a aussi le financement des écoles religieuses qui pose aussi le problème de la neutralité de l’Etat.
Mais on le sait bien. Le PQ ne va jamais oser retirer ce financement parce que le lobby catholique ne va pas se laisser faire. Car, on l’oublie facilement, la majorité des écoles religieuses sont catholiques et non juives ou musulmanes.
Le PQ fait fausse route en proposant une catho-laïcité. Ainsi, un médecin catholique peut mettre sous sa chemise une petite croix et refuser un avortement ! Mais on interdit aux minorités d’exprimer leur religion même d’une façon neutre. Finalement, ce seront les minorités qui écopent de cette neutralité sélective. Une laïcité à géométrie variable.
Sur la question de l’égalité homme-femme, cette charte, dans le cas de la communauté musulmane, vient exclure les femmes déjà vulnérables. Car elle va tout simplement pénaliser la femme qui porte le foulard. Par contre, un homme pratiquant qui porte une barbe pourra toujours continuer à travailler. C’est totalement en contradiction avec l’objectif annoncé.
Au final, cette charte n’est pertinente ni pour le Québec, ni pour son harmonie et surtout pas pour sa souveraineté (indépendance).
Autre point à souligner. Il est malhonnête de faire croire que seuls les islamistes s’opposent à cette charte. En tout cas, si certains arrivent à « la conclusion savante » que les anti-charte sont des islamistes, alors on peut dire que la grande majorité des acteurs sociaux au Québec sont islamistes ou sous influence islamiste [voir schéma, NDLR].

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« Il n’y a pas que les islamistes qui s’opposent à la charte », Lamine Foura

 

Y a-t-il un danger islamiste ou intégriste au Québec?
Il y a une question fondamentale qu’on a évacuée du débat. Dans une société libre où la liberté de conscience est très importante : est-ce un délit d’être intégriste ou islamiste ? On a tendance à considérer ceci comme un délit mais c’est tout autre dans la réalité.
Si quelqu’un peut avoir des avis très orthodoxes sur la religion tout en respectant les autres sans développer un discours haineux envers les autres ou de promotion de la violence, les loi québécoises et canadiennes lui garantissent son droit d’être ce qu’il veut être.
Maintenant est-ce qu’il y a des personnes qui portent un discours marginal ou orthodoxe dans la communauté musulmane ? Oui. La communauté musulmane au Québec est représentative du monde musulman avec toutefois une différence significative : elle a été sélectionnée et son niveau d’instruction est assez élevé par rapport à la moyenne du monde musulman. En terme d’interprétation de la religion et vécu spirituel, il y a une grande diversité qui va jusqu’à l’orthodoxie. Mais celle-ci est minoritaire.
La majorité de la communauté est conforme au courant principal de l’islam. Un courant qui a permis tout au long de 14 siècles une diversité religieuse dans le monde musulman. Avant l’ère moderne, ce dernier était parmi les rares empires qui a garanti une diversité.
Certes, on peut critiquer le statut des juifs et des chrétiens à l’époque mais une chose est sûre : ils ont pu exister et vivre leur foi et même dans le respect de leur foi. Ce qui n’était pas le cas dans d’autres empires.
Donc, cette acceptation de la diversité existe toujours dans la communauté. Il ya un courant libéral moins pratiquant et un autre conservateur. Ils se retrouvent généralement dans des moments spirituels comme le mois du ramadan.
Des études comme celles à laquelle j’ai participée au Groupe de recherche interdisciplinaire sur le Montréal ethnoreligieux (GRIMER) en tant qu’assistant de recherche, et selon les enquête qu’on avait menées dans les mosquées, trouvent que la communauté musulmane se situe dans la moyenne québécoise par rapport à l’importance de la religion.
La même recherche a permis de conclure que les Québécois musulmans veulent transmettre les mêmes valeurs à leurs enfants que le reste des Québécois : justice, droiture, respect de l’autre… D’autres études le confirment aussi.
Maintenant, si les médias vont mettre de l’avant les exceptions et présenter la communauté comme la projection de ces exceptions, on sait très bien qu’il y a un courant islamophobe au Québec qui fait son travail sur Internet et qui impacte certains médias.
On peut aussi retrouver des journalistes qui ont des tendances islamophobes qui sont au départ religiophobes mais font une fixation sur la communauté musulmane et l’islam. Tout cela crée un ennemi imaginaire : le musulman.
Comment une communauté qui ne dépasse pas les 3% de la population et dans laquelle l’intégrisme ne dépasse pas les 5%, peut-elle mettre le Québec en danger ? Je ne pense pas que la société québécoise est à ce point fragile. Les institutions et la société québécoises sont très fortes.
La communauté musulmane se prend en charge de plus en plus. Des gens au sein de celle-ci prennent la parole pour dire non à cet intégrisme.

 

La charte ne va-t-elle pas créer plus d’exclusion en congédiant et en fermant la porte du travail à certaines femmes musulmanes?

Comme je viens de le dire, la charte ne règle pas le problème de l’intégrisme si intégrisme il y a.
Dans la fonction publique, elle va mettre dehors des femmes et fera barrage à leur intégration professionnelle – jeunes étudiantes, à la recherche d’emploi ou en fonction.
Elle les exclut des fonctions par lesquelles, elles peuvent servir la société québécoise. Travailler dans la fonction publique est un signe d’intégration très fort. Car un intégriste ne voudra jamais se mélanger aux autres.
Le débat sur la charte semble avoir donné carte blanche au discours islamophobe et d’exclusion. Qu’en pensez-vous ?
Le parti québécois, Mme Marois et Mr Drainville [la Première ministre sortante et le ministre en charge du projet de charte, NDLR] et leur projet de charte ont décomplexé l’islamophobie au Québec.
C’est le gouvernement qui a ouvert la brèche à ce discours, qui pour être juste n’est pas dans la charte elle-même, mais dans sa justification même de la part de Mr Drainville qui a parlé, entre autres, de son inquiétude de l’islamisation de Montréal !
Ce discours était présent dans les réseaux sociaux. Il est alimenté par deux tendances. La première est carrément islamophobe et la seconde relève de l’extrême droite québécoise.
Bien qu’elle soit minoritaire, elle est bien organisée et fait un travail de diabolisation de la communauté musulmane et de l’islam. Elle a aussi trouvé l’occasion de s’exprimer dans le contexte du débat sur la charte. Ceci a fait qu’on se retrouve avec des candidats islamophobes au sein du Parti québécois.
La démission d’un candidat raciste et islamophobe n’est qu’un échantillon. Cet ex-candidat a publié sur sa page facebook des choses qui démontrent son admiration le front national français. Il montrait une islamophobie directe qui ne se cache même pas.
Une autre candidate qui considère la circoncision comme un viol. Une pratique qui est d’ailleurs discutée dans le monde scientifique mais n’a jamais été considérée comme une atteinte à l’intégrité physique des enfants. Le courant islamophobe a maintenant accès aux grands médias.
D’où ma grande déception face au Parti québécois Un parti qui était social-démocrate mais qui est devenu la rencontre de la droite économique et de l’extrême droite identitaire.
La communauté musulmane est prise en otage par deux discours qui s’auto-alimentent. Le discours intégriste qui demande à la communauté de se renfermer et de ne pas s’intégrer. L’autre discours est celui qui dit qu’être musulman c’est être intégriste, être un danger pour le Québec, être fou…
Et pour les islamophobes nous sommes trop musulmans même si on pratique notre religion dans la modération. Pour les intégristes, nous ne sommes pas assez musulmans parce que nous pratiquons notre religion dans la modération!
Le musulman est accusé par défaut, par association à tout ce qui est mauvais par le simple fat d’être musulman.

 

Les enjeux pour la communauté ne sont-ils pas ailleurs (travail, éducation des enfants…) ? et les nouveaux arrivants ne doivent-ils pas se tenir à l’écart du débat sur l’indépendance puisqu’ils n’ont pas émigré pour ça ou contre ça ?

Le problème de la communauté maghrébine et immigrante en général c’est l’intégration professionnelle. On sait bien qu’après 12 ans de pouvoir, le PLQ a failli à sa mission d’assurer un environnement favorable à cette intégration professionnelle.
Celle-ci, à mon avis, est l’unique moyen d’une intégration culturelle et sociale. Parce que quelqu’un qui travaille, c’est quelqu’un qui dépense, qui peut voyager à l’intérieur du Québec, qui peut aller voir des films, des pièces théâtrales et des spectacles…
C’est à travers des moyens financiers acquis par le travail que les Québécois d’origines diverses vont se sentir Québécois à part entière.
On ne peut pas demander à une personne d’adopter des valeurs quand elle est exclue, mal vue. C’est une aberration qu’à compétence égale ou même supérieure, elle n’arrive pas à trouver un emploi.
C’est de là que le problème se pose par rapport à la charte. Le PQ a eu la chance de revenir au pouvoir après plusieurs années d’absence. Au lieu de faire un travail d’intégration professionnelle et d’adresser les vrais problèmes et d’identifier les pistes de solution, dans les 6 premiers mois, voilà qu’il propose, 18 mois après, une charte qui va exclure celles et ceux qui ont trouvé un emploi !
Pour moi le PQ a perdu toute crédibilité de présenter tout projet de charte ou tout projet qui demande à cette communauté de s’intégrer sur la question des valeurs. Non pas que ce ne soit pas important et je pense qu’il y a une obligation morale d’adopter les valeurs communes aux Québécois, mais un gouvernement qui a failli n’a plus de légitimité à exiger quoique ce soit.
Le projet de la charte est venu tout simplement détourner la société québécoise des vrais enjeux.
Le PQ a compris la leçon de 2007 où l’ADQ avait raflé des sièges en adoptant un discours identitaire. En 2014, il use des mêmes méthodes en s’associant à cette droite identitaire et même à l’extrême droite. Les islamophobes ont trouvé cette occasion pour intégrer le PQ. Aujourd’hui on se retrouve avec un parti québécois qui s’éloigne des problèmes des immigrants non seulement sur la question de l’emploi mais aussi des problèmes des Québécois sur les questions de l’économie.
Celle-ci va mal. Le taux de chômage est de plus en plus élevé. La crise économique touche plusieurs secteurs si ce n’est pas tous. Et le PQ ne trouve pas mieux que de parler d’un sujet qui n’est ni prioritaire ni urgent.
Concernant la question de la souveraineté (indépendance) du Québec. Chaque immigrant doit la prendre en compte et la considérer comme faisant partie de la compréhension de la société d’accueil.
Je suis contre cette idée répandue et qui veut que nous devions être fédéralistes parce que nous avons émigré au Canada. Avant tout, nous sommes des êtres humains avec des valeurs. Il est important de comprendre cette problématique avant de prendre position.
A mon avis, l’immigrant a l’obligation morale de comprendre l’histoire du Québec et le mouvement souverainiste et ses motivations. C’est à partir de tout cela que la position doit être prise et non pas sur un choix par défaut.
On peut même dire qu’en tant que musulman et me basant sur les valeurs de ma religion, si je vois que le Québec a subi le colonialisme et que ce peuple a été opprimé j’aurais de la difficulté à ignorer son aspiration à l’indépendance.
C’est sûr que ce n’est pas une priorité pour un nouvel arrivant, les premières semaines et même, je dirais, les trois premières années parce qu’il doit trouver un emploi. Mais il faut qu’il comprenne que l’enjeu reste important pour les Québécois.

 

Le PQ vient de présenter quatre candidats d’origine algérienne. Poteaux ?
Ce n’est pas la première fois que le PQ dépasse tout les partis en présentant des candidats d’origine maghrébine. En 2007, il y avait cinq candidats du PQ. L’affinité des Maghrébins avec ce parti n’est pas une nouveauté.
Par contre, il faut aussi souligner qu’il n’a jamais donné de comté gagnant à un membre de la communauté maghrébine. Il aurait pu ouvrir une circonscription gagnante à un(e) ou deux candidat(e)s à l’occasion de cette élection, après des années de candidatures poteaux.
C’est une expérience extraordinaire. Je l’ai vécu en tant que chargé de la communication d’une candidate, Naima Mimoune la première candidate d’origine algérienne aux élections provinciales au Québec. C’était sous la bannière du Parti québécois.
La candidature poteau ne pose pas problème en elle-même. J’ai du respect pour leur courage de sauter en politique. Dans le contexte actuel, ce qui dérange, c’est le discours autour de ces candidatures. Quand je vois Mr Lisée et Mr Drainville [des ténors du PQ, NDLR] prétendre qu’elles sont venues pour battre les libéraux dans leurs fiefs, je trouve ceci insultant à l’intelligence de la communauté et des candidat(e)s. Ca démontre une maladresse politique et même une malhonnêteté intellectuelle
Je leur dis, si réellement comme ils le prétendent, ils veulent protéger la femme musulmane et d’assurer l’égalité homme-femme, ils auraient pu leur céder leurs comtés gagnants. Ils auraient cloué le bec à tout le monde !
J’aurais aimé voir une Algérienne supportant la charte candidate à Rosemont ou à Marie-Victorin. Et Lisée et Drainville aller se battre dans les forteresses libérales. Ca aurait été plus intéressant et même plus cohérent de leur part.

 

Quel commentaire faites-vous sur le peu de candidats d’origine maghrébine au Parti libéral du Québec ?

Il faut voir ceci dans la continuité. Si le PQ a toujours été celui qui présente le plus de candidats maghrébins, c’est le Parti libéral du Québec (PLQ) qui a permis à une maghrébine d’être députée à l’Assemblée nationale du Québec depuis 20 ans.
Maintenant, posons-nous une question. Est-ce que ce n’est pas la députée maghrébine qui faisait de l’ombre aux autres personnalités maghrébines qui pouvaient être candidates pour le PLQ ? C’est une situation qui me semble assez bizarre.

 

Bio express :
Lamine Four a est arrivé au Canada en 1999. Il est producteur et animateur des émissions Médias Maghreb sur Radio Moyen-Orient de Montréal et sur Radio Centre ville. Un des membres fondateurs du Congrès maghrébin au Québec (CMQ), Lamine Foura est ingénieur chez Bombardier Aéronautique. Il a aussi étudié en sciences des religions à Alger et à l´Université de Montréal. Il a été membre du Parti québécois.
Sur le net : http://www.laminefoura.com

 

Par Samir Ben  Contactez moi

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copyright – 2012-2014 – Samir Ben

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Québec : Les islamistes sont derrière la campagne contre la charte de la laïcité

mars 26, 2014

A moins de deux semaines des élections législatives dans la province canadienne du Québec, le gouvernement sortant tente de ramener le débat autour de son projet de loi sur la laïcité – connue sous le nom de la charte des valeurs québécoises.

Ali Kaidi, un des membres fondateurs de Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL)

Ali Kaidi, un des fondateurs de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL)

 

Un enjeu qui serait payant pour le Parti québécois (PQ). Celui-ci tente d’obtenir une majorité pour avoir les coudées franches dans l’application de son programme. A moyen ou long terme, il pourrait lancer un troisième référendum sur l’indépendance de la province et sa séparation du Canada.
Dans la série d’entretiens avec les Algériens du Québec et l’élection du 7 avril (à ne pas confondre avec celle du 17 avril en Algérie), le militant laïc Ali Kaidi s’est prêté au jeu des questions-réponses.
Il est convaincu que « les islamistes sont derrière cette compagne contre la charte de la laïcité » au Québec. Car l’islam politique est « idéologiquement, contre toutes formes de laïcité ; républicaine ou ouverte, elle ne lui est qu’un cheval de Troie pour arriver à ses fins ».
Pour ce membre fondateur de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL), « la charte de la laïcité est une opportunité qui s’offre aux immigrants pour s’imposer en tant que citoyens ». D’autant plus que, dans le cas des musulmans, « l’islam est une religion qui n’impose aucun signe aux croyants ou croyantes. C’est une religion qui peut se pratiquer dans l’intimité et sans le recours à un intermédiaire », rappelle-t-il p.
Amoureux des débats avant d’être un défenseur de la laïcité, Ali Kaidi estime qu’il est important d’arrêter « d’accuser les autres qui ont des opinions distinctes de racistes et de xénophobes et cesser par la même occasion d’arborer la sempiternelle posture victimaire ».

 

Quels sont les objectifs de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL) dont vous êtes l’un des membres fondateurs?

AQNAL est une association qui regroupe des citoyens et des citoyennes qui croient aux vertus de laïcité, en l’occurrence la neutralité de l’Etat, l’égalité et la liberté de conscience et de religion.
La cible du discours d’AQNAL est la promotion de la citoyenneté. Ce faisant, les personnes qui s’identifient à ce discours refusent d’être identifiées par leur appartenance religieuse. Elles veulent être identifiées par leur appartenance à la cité, c’est-à-dire par leur citoyenneté. Notre but est d’empêcher que les problèmes sociaux de notre communauté se transforment en problèmes identitaires et par ricochet religieux, comme les islamistes le préconisent sournoisement.
En fait, nous pensons que l’immigrant revendique un travail digne de ses compétences, par conséquent des espaces pour pratiquer et exprimer son appartenance religieuse est le dernier de ses soucis.
D’autant plus, faut-il le rappeler, que l’islam est une religion qui n’impose aucun signe aux croyants ou croyantes. C’est une religion qui peut se pratiquer dans l’intimité et sans le recours à un intermédiaire.
Avec AQNAL, nous voulons dire à la société d’accueil que les immigrants provenant de l’Afrique du Nord sont multiples, ils ne sont pas tous musulmans ; il y a parmi eux des juifs, des chrétiens et aussi des athées. Cependant, nous sommes convaincus que c’est la laïcité qui nous rassemble. C’est pour ces raisons qu’AQNAL soutient la charte de la laïcité.

 

La charte des valeurs québécoises, qui est un des enjeux des élections du 7 avril, est-elle nécessaire au Québec ? N’y a-t-il pas déjà séparation entre l’État et la religion ?

Certes, il n’y a pas de crise et il n’ y a aucune urgence, mais cela n’empêche pas de penser que cette charte est nécessaire. Grâce à elle, les institutions de l’Etat seront au diapason avec le principe de séparation entre l’Etat et la religion.
À mon sens, si l’on n’interdit pas les signes religieux, le principe de séparation entre les deux n’aura aucun sens; car dans ce cas, il n’y aura pas une grande différence entre une église, une mosquée et une synagogue d’une part, et les institutions de l’Etat de l’autre.
C’est pour cette raison, pensons-nous, qu’il est nécessaire au personnel incarnant l’Etat d’être neutre et d’éloigner les signes indiquant l’appartenance religieuse de chacun et de chacune pendant l’exercice du service public.

 

Y a-t-il un danger islamiste ou intégriste au Québec?

D’abord, je tiens à préciser que le danger intégriste n’est pas islamiste seulement; l’islamisme en fait partie. Le retour de la religiosité est un phénomène mondial qui concerne toutes les religions.
Ce n’est pas par hasard, à mon sens, que nous constatons les islamistes en état d’alerte dans ce contexte des élections. Ils sont à l’origine d’une mobilisation contre le PQ sans précédent au niveau de la communauté musulmane.
Ils sont en train d’utiliser les ressources des immigrants non pas pour se positionner contre le programme économique et social du PQ, ce qui serait compréhensif et acceptable, mais seulement pour s’opposer à ce parti parce qu’il est l’auteur et le promoteur d’un projet de société laïc qui ne correspond pas aux aspirations des immigrants islamistes. En réalité, ils sont contre l’interdiction du port de l’un de leurs signes idéologiques.
Du reste, je trouve que c’est légitime qu’ils s’y opposent. Mais le problème est qu’ils se cachent derrière des principes auxquelles ils n’ont jamais cru comme la liberté de conscience et de religion, la laïcité fût-elle positive ou ouverte.
Cependant, ce qui est condamnable dans leur démarche est l’utilisation des structures communautaires destinées pour l’intérêt de tous les immigrants et immigrantes de toutes obédiences politiques et croyances. Ils exploitent des moyens censés être apolitiques, du moins non partisans, et agissent comme si tous les musulmans et musulmanes partagent leurs thèses idéologiques.
Leur mot d’ordre est de ne pas laisser passer le PQ parce qu’il propose une charte de laïcité qui cible les musulmans, les musulmanes plus précisément.
Ce qui est ironique dans la mesure où leur manipulation politique travaille en faveur des islamistes; car, en réalité, la charte de la laïcité légifère pour la neutralité de l’Etat et le respect de la liberté de conscience et de religion.
En principe, elle doit être davantage la revendication des minorités religieuses que de la majorité. Tout bien pensé, si nous laissons les personnes travaillant dans les institutions de l’Etat exprimer leurs appartenances religieuses, comme les islamistes et les libéraux le revendiquent, l’Etat québécois non seulement perdra sa neutralité, mais il aura l’apparence d’une institution catholique.
Toutefois, il ne faut pas oublier que la quasi-majorité du personnel de l’Etat n’appartient pas aux minorités religieuses. Ainsi, contrairement à ce que les islamistes pensent, la charte de la laïcité est un moyen politique et juridique qui protège les minorités religieuses contre une éventuelle hégémonie d’une seule religion, en l’occurrence la religion catholique, la religion de la majorité des Québécois et des Québécoises.

 

La charte ne va-t-elle pas créer plus d’exclusion en congédiant et en fermant la porte du travail à certaines femmes musulmanes?

On peut voir la situation sous cet angle, mais cela suppose que l’islam est si dogmatique, si exigeant envers les croyants et croyantes musulmans qu’il leur demande de sacrifier leur travail, de mettre leur vie en péril donc pour un simple signe religieux.
Cependant, le voile au sein de la communauté des oulémas est l’objet de discussions. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux ne le voient pas comme une exigence religieuse. Il ne faut pas oublier aussi qu’historiquement le voile islamique a fait son apparition dans certains pays dans les années quatre-vingt seulement, notamment après la révolution islamique d’Iran.
Nos femmes, nos mères et nos sœurs étaient musulmanes sans porter ce voile. Peut-on dire d’elles qu’elles sont moins musulmanes que les femmes qui le revendiquent aujourd’hui au Québec? Évidemment, non. Elles sont aussi musulmanes que les femmes et les hommes qui défendent le voile. La seule différence que nous estimons fondamentale à ce propos, est que les premières, contrairement à ces dernières, ne faisaient pas de la politique.
La religion qu’elles pratiquaient n’était pas polluée par la politique comme est le cas des femmes qui revendiquent le voile aujourd’hui. L’islam politique est en train de contenir l’islam et de le remplacer graduellement.
Cette montée en force des islamistes contre la charte de la laïcité est l’une des expressions de cette confusion entre islam et islam politique que les islamistes tentent d’imposer.

 

Le débat sur la charte semble avoir donné carte blanche au discours islamophobe et d’exclusion. Qu’en pensez-vous ?

Pour moi, islamophobie est une nouvelle phobie inventée, défendue et promue par des islamistes dans le but d’empêcher la critique et le débat sur des questions sociétales qui ont des relations avec la religion.
Ainsi, après avoir fermé le débat à l’intérieur de la communauté musulmane en accusant toute critique venant des musulmans eux-mêmes d’apostasie, les voilà maintenant qui essayent avec tous les moyens de fermer toute critique provenant de l’extérieur en l’accusant d’islamophobie.
Il n’y a pas d’exclusion. Le débat par définition implique des opinions différentes, voire opposées. Il faut arrêter d’accuser les autres qui ont des opinions distinctes de racistes et de xénophobes et cesser par la même occasion d’arborer la sempiternelle posture victimaire.
Aujourd’hui, on est face à un débat sur une question importante qui engage l’avenir du Québec, il faut que chaque immigrant prenne ses responsabilités de citoyens et participer au débat et expose ses idées sur la question.
En général, la victimisation est une stratégie qui exprime un refus de débat et un manque d’arguments. Combien de grands intellectuels musulmans, croyants ou non croyants, ont été assassinés, censurés, exilés, apostasiées dans les terres dites d’islam depuis que l’islamisme a le vent en poupe? Étaient-ils islamophobes, avaient-ils peur de l’islam ou des islamistes ? Poser la question, c’est y répondre.
Cela étant dit, pour moi la charte de la laïcité est une opportunité qui s’offre aux immigrants pour s’imposer en tant que citoyens; car elle fait de la religion une question qui relève de l’ordre de l’intime où la liberté de conscience s’exerce sans contraintes ; elle ouvre la voie à la citoyenneté, par conséquent elle offre une opportunité pour revendiquer une intégration citoyenne qui prend en considération les valeurs universelles des immigrants et non par leurs particularités religieuses.
Ces valeurs sont celles de la laïcité, de l’égalité, de la liberté mais aussi celles de nos connaissances scientifiques, de nos expériences professionnelles et de nos expériences de la vie quotidienne. Malheureusement, toute cette richesse est éclipsée par la religion comme si l’immigrant est un être humain unidimensionnel, ne réfléchit que dans le cadre stricte dicté par la religion.
Ce n’est pas anodin que certaines femmes revendiquent le voile comme une identité. Par ailleurs, revendiquer cette identité religieuse comme certaines femmes le font renvoie immédiatement, à mon sens, au cœur de l’idéologie islamiste; car selon celle-ci, la religion est l’identité du musulman et de la musulmane.
Les islamistes dans leur majorité pensent que le musulman naît avec cette identité, par conséquent il est condamné à ne pas l’abandonner, ce qui, faut-il le rappeler, ne résiste même pas à une analyse minimaliste.
En fait, pour ces raisons et bien d’autres, je suis convaincu que les islamistes sont derrière cette compagne contre la charte de laïcité.
Je viens d’un pays qui a expérimenté l’idéologie islamiste, j’ai vu comment les islamistes se sont accaparés la société et l’espace public ; j’ai vu aussi comment les libertés ont reculé graduellement à cause de l’hégémonie de leur idéologie.
On peut me dire que l’Algérie n’est pas le Québec, heureusement d’ailleurs et je ne peux que souhaiter à notre pays un Etat aussi démocratique et libre que celui que les québécois ont bâti, mais je pense que l’islam politique, dans son ensemble, instrumentalise la religion pour des fins politiques et, par la même occasion, – ce que l’on néglige souvent de signaler- exploite la politique pour des fins religieuses.
L’islam politique fait cela de la même façon ici ou ailleurs dans le monde. Je le rappelle encore : idéologiquement, il est contre toutes formes de laïcité ; républicaine ou ouverte, elle ne lui est qu’un cheval de Troie pour arriver à ses fins.

 

Les enjeux pour la communauté ne sont-ils pas ailleurs (travail, éducation des enfants…) ? Et les nouveaux arrivants ne doivent-ils pas se tenir à l’écart du débat sur l’indépendance puisqu’ils n’ont pas émigré pour ça ou contre ça ?

Certes, les enjeux de notre communauté sont d’abord d’ordre social: l’immigrant veut gagner sa vie dignement, il veut une bonne éducation à ses enfants; mais cela, à notre avis, ne doit pas l’empêcher d’avoir des idées sur des questions politiques comme la souveraineté et de les exprimer publiquement.
Il ne faut pas ignorer que la majorité des immigrants sont des universitaires, donc ils ont un niveau intellectuel qui les incite à se mêler des grandes questions politiques comme la souveraineté et la laïcité.
D’ailleurs, je me demande pourquoi le débat sur la laïcité n’a pas provoqué chez les musulmans l’envie de manifester leur opinion sur les questions éthiques comme mourir dans la dignité [un projet de loi qui autoriserait l’euthanasie sous certaines conditions, NDLR].
En ce qui concerne la question de l’indépendance du Québec, on ne peut pas affirmer que tous les immigrants provenant de l’Afrique du Nord sont des fédéralistes, des souverainistes ou sans opinion.
Il ne faut pas ignorer que ces immigrants partagent avec la société d’accueil l’un des fondements de l’identité québécoise, à savoir la langue française.
Personnellement, je pense qu’il faut que l’immigrant participe à tous les débats politique, sans limites et ouvertement, s’il veut vraiment s’imposer en tant que citoyen.
Toutefois, j’estime que le débat sur la souveraineté tel qu’il est posé aujourd’hui est loin d’intéresser les immigrants nouvellement installés seulement.
Par contre, ceux qui ont la citoyenneté et qui sont ici au Québec depuis de nombreuses années, il est de leur intérêt d’y participer et de donner leurs avis sur cette question; car celle-ci les concerne aussi; leur avenir et celui de leurs enfants en dépendent énormément.

 

Le PQ vient de présenter quatre candidats d’origine algérienne Poteaux ?

Je ne suis pas d’accord avec vous sur cette façon de qualifier ces candidats. Vos propos expriment un certain mépris à leurs égards et une stigmatisation.
Car la situation est loin d’être facile pour tous les candidats et candidates à ces élections.
En fait, la situation de ces quatre candidats est semblable à celle de soixante-dix pour cent (70%) des candidats et candidates qui sont dans leur majorité des Québécois et des Québécoises dits de souche.
Ces candidats d’origine nord-africaine ont du courage politique qu’il faut saluer. En plus de leur engagement pour la laïcité, on peut ne pas partager leurs opinions, mais on ne peut cependant dire qu’ils ne connaissent pas la situation des immigrants.

 

Quel commentaire faites-vous sur le peu de candidats d’origine maghrébine au Parti libéral du Québec ?

Ce n’est pas étonnant de la part de ce parti. J’ai écrit deux articles sur le site KabyleUniversel sur leur position envers la charte dans lesquels j’ai signalé leur cafouillage sur cette question.
D’ailleurs, dans l’un de mes articles ainsi que dans l’intervention d’AQNAL au parlement, j’ai insisté sur le paradoxe inhérent à la position de ce parti. D’un côté, il fait appel aux femmes voilées pour rejoindre son parti, de l’autre, il exclut la seule femme musulmane dans l’Assemblée.
Pour moi et pour beaucoup d’immigrants, le geste des libéraux démontre qu’ils sont inclusifs pour les islamistes et exclusifs pour les femmes laïques.
Pour conclure, je saisis la tribune qui m’est offerte, et je vous en remercie, je lance un message aux laïcs immigrants provenant de l’Afrique du Nord de mettre en valeur leur citoyenneté et de s’engager dans les débats publics.

 

Bio Express :
« Ali Kaidi, doctorat en philosophie, a enseigné la philosophie à l’Université d’Alger, entre 1996 et 2011. Il a obtenu son doctorat en philosophie en 2011. Il publie depuis deux ans des articles qui traitent des questions philosophiques et politiques dans kabyleuniversel.com. Il est connu dans sa communauté pour son militantisme en faveur de la laïcité et de la démocratie en Algérie, son pays d’origine, et au Québec.

Il est l’un des organisateurs de la manifestation pour la laïcité et la liberté de conscience du 3 aout 2013. Cette manifestation s’est organisée devant le consulat d’Algérie à Montréal pour protester contre la persécution des non-jeûneurs en Algérie par la police pendant le mois de ramadan» (source Page web de AQNAL : http://pages.videotron.com/laicite/AQNAL.html)
En 2013, il crée avec Akli Ourdja, l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL).

Sur le net :

 

Le site Kabyle universel…
Le site de AQNAL..

 

Par Samir Ben  Contactez moi

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« Le Parti québécois, le Front national et la terreur identitaire », selon Omar Aktouf

mars 24, 2014

En pleine campagne électorale au Québec, Omar Aktouf, professeur en management aux HEC Montréal, n’y va pas avec le dos de la cuillère pour exprimer son avis sur le gouvernement sortant.  Celu-ci tente d’obtenir une majorité sur l’enjeu de la charte des valeurs québécoises qui va interdire le voile dans la fonction publique et para-publique, entre autres.

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Omar Aktouf

Omar Aktouf

Pour ce pourfendeur du système financier international, le Parti québécois n’est plus ce qu’il était et détourne l’attention du peuple des vrais enjeux et lui désigne un ennemi imaginaire : le musulman. Les stratèges du PQ tablent sur l’islam bashing pour faire avancer leur agenda.

 « Le PQ a depuis longtemps perdu son âme de parti social-démocrate … ll joue sur le terrain de la terreur identitaire à l’instar des Front National en France et l’ensemble de l’extrême droite européenne », affirme-t-il.

Pour lui les candidatures maghrébines au sein du PQ sont « non seulement poteaux mais aussi des alibis commodes … sans rien enlever à la qualité intrinsèque de ces candidat(e)s ni à leurs légitimes convictions ».

 

La charte des valeurs québécoises est-elle nécessaire au Québec ? N’y a-t-il pas déjà séparation entre l’État et la religion ?

 Il faut être bien naïf ou bien aveugle, ou alors bien «intégré idéologiquement» pour ne pas avoir vu, dès le début, dans cette histoire de «charte de valeurs d’un peuple» au Québec, d’une part, une sorte de continuation plus «désirable» de ce qu’a tenté de faire la commission Bouchard-Taylor, et d’autre part une grossière manœuvre de basse politique politicienne, trivialement électoraliste.

Le Parti québécois (PQ) veut plus que jamais un gouvernement majoritaire. Il le lui faut à tout prix avant que ses bases de ralliement traditionnelles (souveraineté, langue française, milieux des travailleurs, syndicats, milieux de gauche et centre gauche…) ne soient définitivement reléguées aux oubliettes.

Ces thèmes-là n’étant pratiquement plus «jouables» du fait de plus urgentes préoccupations du peuple : hausse de la misère, de l’itinérance et de la pauvreté même avec un travail, du coût de la vie, des inégalités, des injustices, rognages incessants (niveaux fédéral et provincial) sur ce qui reste des programmes sociaux, sur ce qui reste du système de santé publique…

Si on ajoute à ce sombre tableau les magouilles et pratiques mafieuses révélées par la Commission Charbonneau (qui éclaboussent jusqu’aux plus hautes sphères du PQ)… on a tous les ingrédients pour faire tomber en chute libre le vote «traditionnel».

Il faut donc trouver une diversion. Mais une diversion de «taille», et même, si j’ose dire, suffisamment énorme (à l’instar, toutes proportions gardées, d’un 9/11) pour mobiliser en force l’opinion vers d’autres assises de ralliement et espérer gagner plus de voix aux urnes.

Quoi de plus indiqué et de plus facile, en ces temps d’islam bashing orchestré tambour battant, sur fond de crises endémiques et de recherche de boucs émissaires, dans tout l’Occident, que de jouer sur les fibres des plus bas instincts ?

Bas instincts du genre «réveillez-vous» !, il y a menaces de mort imminente pour notre identité, notre peuple, nos valeurs ; tout ce que nous sommes comme Québécois «de souche» est en voie de dissolution-disparition… parce que nous sommes trop gentils, trop bons, avec des immigrants qui, non seulement viennent profiter de nos largesses et générosités, mais se mettent à la destruction rampante et systématique de nos façons de vivre et d’être, en tant que «société démocratique avancée», «occidentale chrétienne»…

Discours historiquement connu qui a jalonné tous les poujadismes et les fascismes, lorsque vient le temps de désigner au bon peuple les exutoires à ses frustrations et faire d’une pierre deux coups : donner visage aux sources de la dégradation de la qualité de vie de ses citoyens, de ses déboires économiques et sociaux d’un côté, et de l’autre, le mobiliser, le détourner vers un ennemi présenté comme «encore bien plus grave» et plus urgent à combattre, en l’occurrence l’Islam et ses immondes foulards.

On le sait, le PQ a depuis longtemps perdu son âme de parti social-démocrate, de parti proche des travailleurs… jusqu’à ne pratiquement plus présenter de différences avec les partis de droite comme le PLQ ou la CAQ, il s’acoquine avec tout ce qu’il y a de plus réactionnaire au sein du Québec-Inc. L’arrivée de PKP-Berlusconi [PKP, Pierre-Karl Péladeau, propriétaire de Québécor qui détient 40% des médias au Québec, NDLR] célèbre pour ses positions «droite-toute» et son anti-syndicalisme féroce, en est le couronnement, il lui faut absolument jouer sur le terrain de la terreur identitaire à l’instar des Front National en France et l’ensemble de l’extrême droite européenne.

La dite recherche de «laïcité» n’est en effet qu’un grossier fallacieux prétexte puisque l’origine même de cette notion (de laikos en grec ancien) en son acception politique, vient des suites de la Renaissance et de l’avènement des Lumières avec les Rousseau, Voltaire… qui s’en prenaient non pas à la seule séparation religion-État, mais surtout à l’exploitation massive du peuple conjointement par le couple Église-Monarchie.

Qu’on me montre où voit-on au Québec (ou ailleurs en Occident) une collusion Islam-pouvoir politique ? Ce pouvoir politique occidental moderne qui se veut «laïc» admet en son cœur même un vrai nouveau clergé (religion) : les représentants de l’idéologie néolibérale et des milieux d’affaires (un vrai catéchisme fait de «valeurs-croyances-désirs» des riches) : voilà le danger grave qui menace les États occidentaux, Québec compris. Ce n’est pas pour rien que, en ce moment même, FMI, OIT, NASA, Davos, OCDE… crient à tue-tête que les insondables inégalités, injustices et dégâts à la nature causés par la poursuite aveugle des intérêts de ce «clergé» menacent d’effondrement-extinction imminente Occident et humanité ! Séparer d’urgence les milieux d’argent et l’État serait LA véritable œuvre de «laïcité» de nos jours, pas courir après quelques «foulards islamiques».

 

 

Y a-t-il un danger islamiste ou intégriste au Québec?

J’ai en partie répondu à cette question plus haut. J’y ajouterai seulement quelques remarques : Que l’on me définisse ce que «danger islamiste» veut-dire ? Est-ce la multiplication des voiles-foulards-barbes ? Auquel cas voyons de plus près.

En termes de statistiques, sur environ 60 000 employés de l’Éducation nationale il y en aurait 200 à 300 ! Sur 19 000 employés des Centre de la petite enfance (CPE)… il y en aurait quelques dizaines… Sur l’ensemble des effectifs des corps de police, pas un seul ! etc., etc.

Je pense que l’anglicisation accélérée du Québec  (notoirement visible et audible dans la «métropole»  Montréal et… jusque dans l’enseignement comme à HEC Montréal…) est un danger de loin bien plus graves pour l’identité et les valeurs des Québécois !

Et puis, pourquoi passer sous silence le cas des Juifs hassidiques d’Outremont et ailleurs qui, non seulement portent costumes totalement «non laïcs» en masse, kippas, tenues noires quasi camisoles intégrales pour les femmes (notoirement considérées et traitées comme inférieures à l’homme)… mais qui, en plus, font ostensiblement fi de moult traditions et même lois québécoises (voir les récurrentes plaintes de citoyens d’Outremont, Laurentides…). Ils ne se mêlent ni ne s’intègrent ni même ne parlent aux «autres», défient sans vergogne, avec leurs propres «écoles», ostensiblement ultra religieuses, les lois, programmes et «remontrances» de l’éducation publique officielle québécoise, exigent d’opacifier les fenêtres de lieux publics comme des gymnases pour cacher à leur yeux les corps en tenues de sport… etc., etc. Qui parle de danger de «judaicisisme» ? De menace que tout cela pourrait représenter pour la laïcité et la démocratie ? Pourquoi ce deux poids, deux mesures ?

Que l’on me dise comment et pourquoi on ignore (ou feint d’ignorer) que le plus grand danger de montée de religion intégriste la plus dangereuse, menaçante, et en progression exponentielle (y compris au sein des États : USA avec les Bush et maints de leurs transfuges à Washington…, notre propre gouvernement actuel à Ottawa…) est celui qui vient des Évangéliques et leurs idées ouvertement non laïques-rétrogrades ?

Ces idées vont jusqu’à faire modifier des programmes universitaires qui ne correspondent pas à leurs croyances… en passant par des guerres à l’impie arabo-musulman sur bases de mensonges et de prétextes fabriqués, avoués, maintenus.

Tout cela est, bien sûr, infiniment moins dangereux que le «danger islamiste» hyper monté en épingle, représenté par d’hirsutes «imams» tarés qu’on exhibe à la télévision, des nikabs de ci-de là, ou quelques barbus «priant à quatre pattes» !

On veut, dit-on, en plus de la laïcité, préserver et protéger la dignité-liberté de la femme, son égalité avec l’homme… menacés par l’Islamisme.

Soit, mais parlant de liberté-dignité-égalité de la femme, qui songe à s’élever avec autant de vigueur contre l’ignominie faite aux femmes occidentales et québécoises avec les innombrables publicités sexistes ? La sexualisation des corps de fillettes passant des concours de «mini miss» ? La pornographie omniprésente sur Internet et ailleurs ?

N’est-il pas plus urgent de soustraire la femme (occidentale surtout) de ce genre de dégradations des plus abjectes, que de la sauver d’un bout de chiffon sur le nez ?

Enfin, je n’ai de cesse de me demander comment on fait pour continuer à ignorer que si islamisme intégriste-radical… il y a, c’est ce même Occident, qui le voue aux enfers, qui l’a créé, USA en tête !

Un peu de culture historique ne ferait pas de mal en allant voir du côté de l’instrumentalisation-utilisation de l’islam wahhabite saoudien (source de tous les islamismes radicaux), par les USA, pour assoir leur pouvoir au Moyen Orient, sur le pétrole mondial, «endiguer» le communisme et l’ex URSS…

Les pays arabo-musulmans les plus soutenus par l’Occident et les USA sont les plus beaux terreaux de cet islamisme dont on fait un épouvantail universel : de l’Arabie Saoudite (où il y a le plus de lapidations, négations de droits et violences aux femmes, esclavages sexuels, «mariages» de filles-enfants, comportements moyenâgeux… qu’en toute autre terre d’Islam) jusqu’au Pakistan et Émirats, en passant par certains pays plus proches.

On veut mettre fin à la prolifération de cet islamisme radial-rétrograde (ce que je souhaite aussi de tout mon cœur) hé bien que l’on s’attaque d’abord et d’urgence, aux politiques arabes des USA et de leurs alliés, lesquelles politiques cultivent, de fait, cet islamisme pour maintenir un climat de terreur universel et justifier dégringolade des libertés démocratiques, débouchés aux lobbies des armes et de «la sécurité», et occupation lucratives de pays entiers, surtout pétroliers !

 

La charte ne va-t-elle pas créer plus d’exclusion en congédiant et en fermant la porte du travail à certaines femmes musulmanes?

Bien sûr ! Cela est absolument inévitable et écrit dans le ciel de cette charte. On ne s’en cache même pas puisque (les politiciens, médias…) ne parlent pratiquement plus que de signes musulmans à propos de tenants et aboutissants de la charte : qui, où, pourquoi, comment… va porter ou non tchador, voile, nikab… etc., etc.

Sitôt adoptée (ce qui sera automatique avec une victoire du PQ), cette charte sera synonyme, pour tout ce qui arbore «signes» islamiques, les femmes en premier bien sûr, de fermeture de portes du travail, sans doute d’études, voire même de la rue et des lieux publics, quand on voit l’inquiétante montée des actes (insultes, invectives, stigmatisations…) ostensiblement islamophobes de la part de citoyens et citoyennes, en lieux publics, à l’égard des musulmanes «visibles».

 

Le débat sur la charte semble avoir donné carte blanche au discours islamophobe et d’exclusion. Qu’en pensez-vous ?

Qui peut le nier ? Je pourrais citer une bonne douzaine de noms de personnalités publiques, journalistes, animateurs de TV, chroniqueurs… qui s’y livrent sans complexe depuis même avant la charte !

Que dire alors de monsieur et madame tout le monde qui, comme ce candidat «retiré» de la présente campagne arborait fièrement dans son site Facebook une image des plus insultantes : une femme quasi-nue faisant le doigt d’honneur et criant fuck Islam ?

Depuis le fameux 9/11, je crois, rien tel que cette charte n’aura conduit (en tous cas au Québec) à autant de manifestations «décomplexées» de haine contre les musulmans et, surtout, les musulmanes (n’a-t-on pas vu sur certains sites et autres tweets nombre de réactions ignobles à propos de cette pauvre femme «voilée» décédée coincée au bas d’un escalator de métro à Montréal ?).

Celles et ceux qui ont manigancé, pensé, fabriqué cette charte et ses faux problèmes porteront devant l’Histoire du Québec une responsabilité dont ils n’ont qu’une idée bénigne jusque-là, je le crains.

Et ce d’autant plus que cette islamophobie est alimentée par un éculé et lénifiant discours (à tout le moins sous-entendu, latent) sur la nature même de l’immigration : ce seraient des «quêteux» [mendiants en français québécois, NDLR] venus de socio-cultures inférieures, sous-développées (sans, bien sûr, rien savoir sur les raisons historiques  profondes du maintien de ces pays en de tels états). Ces immigrants quémanderaient la charité (fonds de commerce du néonazisme en Europe) tout en refusant de s’intégrer et même, cherchant à détruire ce que sont (dans leur identité, valeurs, mœurs, façons de vivre…) les «bons et gentils» accueillants.

Cela arrange fort bien tous ceux qui veulent ignorer que l’immigration en «pays avancés» est une nécessité économique planifiée pour compenser le déficit démographique, mais aussi pour importer de la main d’œuvre (énormes cadeaux gratuits quand il s’agit en plus d’immigrants hautement formés) qui DOIT entrer en concurrence avec la main d’œuvre équivalente locale pour maintenir ou augmenter les taux de profits ! La productivité ! La compétitivité… !

 

Les enjeux pour la communauté ne sont-ils pas ailleurs (travail, éducation des enfants…) ? Et les nouveaux arrivants ne doivent-ils pas se tenir à l’écart du débat sur l’indépendance puisqu’ils n’ont pas émigré pour ça ou contre ça ?

Bien entendu. Mais on leur tient le discours de «l’intégration», qui devrait aller jusque l’adoption de querelles purement internes aux gens du pays d’accueil, radicalement étrangères aux premiers soucis de ceux qui émigrent : trouver du travail, passer à travers les filtres des profilages, assurer un avenir à leurs enfants, faire valoir leurs compétences et diplômes…

Notre communauté (maghrébine) est l’une de plus qualifiée / diplômée et en même temps des plus ségréguées sur le plan de l’emploi : il y règne, officiellement, un taux de chômage près de quatre fois supérieur à la moyenne !

Comment veut-on que ces gens se sentent ? Comment veut-on que bon nombre ne finisse pas par céder à ce qu’on appelle en sociologie «les valeurs refuges» : les «accueillants» ne veulent pas de moi comme mes origines m’ont fait ? Nient ce que je suis ? Dénigrent ce qui fait mon «être» ? (Amin Malouf a fort bien élaboré là-dessus dans son Identités meurtrières), frappent ma langue, mes valeurs, mes convictions, mes compétences… de nullité et de mépris… hé bien où se tourner ? Me recroqueviller dans mon bagage de sources de réconfort d’origine devient une planche de salut contre la dépression, la chute de l’auto-estime, le suicide, la criminalité, la toxicomanie…

Ce phénomène est bien connu en sociologie des populations soumises à hostilité ou ségrégation, déracinement, négation en ce qu’ils sont… (P. Bourdieu, A. Memmi, F. Fanon, E. Goffman, T. Nathan…).

Cependant, ce discours sur l’obligation «d’intégration» (ce dont je suis non seulement partisan mais même «exemple» cité au Québec) devient agression et repoussoir lorsqu’il s’accompagne de non-reconnaissance minimale, voire de mépris de ce qu’est l’autre qui «arrive», de mépris du minimum identitaire qui lui appartient.

L’accueilli et l’accueillant doivent se grandir mutuellement de ce que chacun porte et apporte … de meilleur pour les uns et les autres (en ce sens, si les Blancs arrivés en terres d’Amérique, Québécois inclus, avaient adopté, intégré… un minimum de valeurs amérindiennes, notamment en ce qui touche à la nature, la qualité de vie de tous serait bien meilleure aujourd’hui). Fondamentalement, chacun, reçu et recevant devrait se nourrir de ce qui de chez l’un et l’autre «humanise» davantage les personnes et leurs relations. Aucune culture ni religion n’est en rien «supérieure» à nulle autre. Au nom de quoi ?

Jean Rostand disait que la grandeur d’une culture ou d’une civilisation se mesure à la façon dont elle traite les plus faibles et les plus vulnérables. Les cultures sont différentes, point.

La question est de savoir comment (puisque mondialisation, nécessité de hausse des profits, démographie… obligent) faire cohabiter-féconder, le plus harmonieusement possible le meilleur des différences en présence.

Après viennent, petit à petit, des enjeux se révélant plus communs : suite à toute une vie, après une seconde ou troisième génération on se définira souverainiste ou fédéraliste, conservateur ou écologiste… pas d’entrée de jeu.

 

Le PQ vient de présenter quatre candidats d’origine algérienne. Poteaux ?

Quelle coïncidence ! Autant de candidatures maghrébines et maghrébines-féminines à la fois ! Bien sûr, il faut être bien innocent ou naïf pour ne pas voir la grosseur de la ficelle, voire la corde.

Sans rien enlever à la qualité intrinsèque de ces candidats ni à leurs légitimes convictions, et avec mon expérience d’ex candidat moi-même, je peux assurer sans hésitation que non seulement il s’agit de poteaux, mais aussi d’alibis fort commodes, (cela envoie le message : regardez !, notre charte est même soutenue par les «vôtres»…) il suffit de voir les circonscriptions qu’on leur a assignées : où y a-t-il une «forteresse» PQ ? Et qu’on ne vienne pas me ressortir le cas des «gagnants» NPD des dernières élections fédérales : simples conséquences de votes sanctions massifs «contre» les conservateurs et l’inutilité perçue, à tort ou à raison, du Bloc Québécois, n’importe quel pot de fleur aurait bénéficié de cette vague NPD.

 

Quel commentaire faites-vous sur le peu de candidats d’origine maghrébine au Parti libéral du Québec ?

Le PLQ reste un bastion et un vivier de tout ce qu’il y a de plus conservateur – droite aujourd’hui au Québec (faisons abstraction des parenthèses du gouvernement Lesage, ADQ et CAQ). Au fond ce sont les héritiers des partis conservateurs du passé (Duplessis…) mais aussi des «gagnants» traditionnels, du milieu des affaires, du Québec-Inc gravitant autour de Power Corporation et Québécor, de «l’élite» de «souche» ou cooptée parmi l’immigration européenne tournée vers le modèle de l’élite à la US (d’abord blancs, Anglo-saxons, chrétiens…).

Donc leur base idéologique, leur crédo, leur ontologie… (même si une bonne proportion de leur vote vient d’immigrants «autres» fascinés par le mirage du  miracle nord-américain, rêvant qu’ils seront un jour partie de cette élite, ou encore, aujourd’hui, le vote de membres de notre communauté anti charte)… n’ont que peu à faire de représentants-candidats de communautés «visibles» venant de contrées sous-développées, encore moins maghrébo-islamo… Sauf exceptions ou petits calculs électoralistes locaux.

Pourquoi iraient-ils s’encombrer de ce genre de candidatures quand le «gain» pour eux, vient des voix qu’ils glanent auprès de la droite bienpensante traditionnelle, riche et des «beaux quartiers» d’abord ?

Ensuite – cela leur est pratiquement acquis d’avance-, ils ont, sans coup férir, l’appui «instinctif» de toutes les «communautés» qui voient en eux le modèle de ce pourquoi ils ont émigré en Amérique du nord.

 

 

(*) Bio express :

Omar Aktouf est professeur de management à HEC Montréal. Invité sans relâche en Europe, en Afrique et en Amérique latine, cet infatigable pourfendeur du néolibéralisme est aussi membre fondateur du groupe Humanisme et Gestion.

Auteur de plusieurs ouvrages dont des best-sellers comme Le management entre tradition et renouvellement qui en est à sa 5e édition, La stratégie de l’autruche : management et rationalité économique primé «meilleur livre d’affaires» en 2003, Halte au gâchis ! En finir avec l’économie-management à l’américaine…, Omar Aktouf a participé avec plusieurs autres intellectuels de gauche, dont Noam Chomsky, Ignacio Ramonet et Susan George, au documentaire largement primé à travers le monde y compris au Japon, L’encerclement, La démocratie dans les rets du néolibéralisme du Canadien Richard Brouillette sorti en 2008…bien avant l’oscarisé 2011 Inside Job, de l’Américain Charles Ferguson.

Omar Aktouf a été candidat «vedette» du Nouveau parti démocratique – NPD – à Outremont (Montréal) en 2004. Il avait réalisé un score de 14,1% ouvrant la voie à Thomas Mulcair, l’actuel chef du NPD qui forme l’opposition officielle à Ottawa. Mulcair a eu la « chance » de se présenter lors d’un vote sanction contre Stéphane Dion du Parti libéral du Canada.

Omar Aktouf sur le site des HEC Montréal….

Par Samir Ben  Contactez moi

PS : Nous avons sollicité des entrevues avec les candidats du Parti québécois. Nous attendons toujours la réponse des services de communication du PQ.

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Elections au Québec : L’espace public doit demeurer sans religion

mars 21, 2014

Le Québec est en pleine campagne électorale pour les élections législatives du 7 avril.  Le Parti québécois (nationaliste) qui forme un gouvernement minoritaire est à la recherche d’une majorité  qui lui permettra d’appliquer son programme sans concession.

Il joue à fond la carte identitaire en polarisant le débat autour de la charte des valeurs québécoises qui interdirait, entre autres, le port du voile dans la fonction publique.  Dans la série d’entretiens avec les Algériens de la Belle Province, discussion avec la journaliste et militante de  la cause Tamazight, Djamila Addar. Elle vit au Québec depuis 1997.

Tout en déplorant que la charte des valeurs québécoises puisse priver des femmes de leur travail, elle estime que  » la religion doit relever du privé si on veut éviter de créer plusieurs mondes au Québec ».

Djamila_Addar

Djamila Addar

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La charte des valeurs québécoises est-elle nécessaire au Québec ? N’y a-t-il pas déjà séparation entre l’État et la religion ?
 
Je tiens à souligner que  les valeurs sont universelles. Il n’y a pas de valeurs spécifiques à une société quand il est question des droits ou des libertés. Ceci étant dit, le Québec a déjà commencé sa révolution envers la religion en libérant l’école publique notamment. Donc, ce n’est pas nouveau. Pour répondre à la question, je pense qu’elle est nécessaire s’il est question de laïcité qui toucherait toutes les religions sans discrimination aucune. De ce point de vue, le Québec a un long chemin à faire pour qu’il y ait une séparation effective entre l’État et la religion. Tout le monde ou presque se questionne sur la pertinence du crucifix au parlement québécois, par exemple. L’État doit donner l’exemple.
 
 
Y a-t-il un danger islamiste ou intégriste au Québec?
 
 
L’intégrisme fait partie des fléaux qui bouleversent notre époque. C’est un fait. C’est le mal du siècle. C’est un danger qui pourrait secouer n’importe quel coin du monde. Prétendre le contraire, c’est banaliser l’assassinat de 250 000 Algériens et Algériennes ou ignorer ce qu’est devenu l’Afghanistan. Il y aurait des cellules intégristes qui activent au Québec. Ses membres ne seraient pas nombreux, mais ils portent préjudice à l’Islam et aux musulmans. D’où l’amalgame auprès de ceux qui ne connaissent pas les musulmans. Certains médias ne se sont pas gênés à entretenir cette confusion ou l’amplifier à dessein. Les intégristes, de leur côté, jouent sur la fibre religieuse et communautaire pour avoir les musulmans de leur côté. Cette mascarade ne fait que creuser des fossés entre la société d’accueil et les musulmans.
 
 
 
La charte ne va-t-elle pas créer plus d’exclusion en congédiant et en fermant la porte du travail à certaines femmes musulmanes?
 
 
Il est délicat de priver un homme ou une femme de son travail. Ce serait même un crime. Cependant, la religion doit relever du privé si on veut éviter de créer plusieurs mondes au Québec. Je ne dirais pas qu’on doit standardiser les citoyens, mais l’espace public doit demeurer sans religion. Il y a des mosquées, des synagogues ou des églises pour pratiquer sa religion en groupe. La liberté de culte doit être respectée. Aussi, la femme musulmane n’est pas forcément voilée. Il est important de le préciser. Celles qui ont choisi de porter le voile au Québec doivent assumer certaines choses à cause de cette idéologie intégriste qui sévit dans le monde et aussi à cause du passé québécois qui a subi énormément les affres des religieux.  Il y a un militant qui s’est questionné une fois:  » Puisqu’elles veulent porter le voile, pourquoi ne seraient-elles pas parties vivre en Iran ou en Arabie Saoudite? ». Donc, les gens qui ont choisi le Québec l’ont fait pour une certaine qualité de vie.  Les Québécois ont peur de perdre les acquis de leur longue lutte.
 
 
 
Le débat sur la charte semble avoir donné carte blanche au discours islamophobe et d’exclusion. Qu’en pensez-vous ?
 
 
Il y a des dérapages de part et d’autres. On ne peut pas occulter ce constat. D’un côté, certains Québécois de souche diabolisent l’Islam et les musulmans. D’un autre côté, certains musulmans déversent leur haine à un point qu’on pourrait se demander ce qu’ils font ici. Que partagent-ils avec la société d’ici? Le Québec a le droit de se chercher une voie, d’être vigilent. Quant aux extrémistes, ils existent avec ou sans la charte. Cette dernière a le mérite de les démasquer.
 
 
Les enjeux pour la communauté ne sont-ils pas ailleurs (travail, éducation des enfants…) ? et les nouveaux arrivants ne doivent-ils pas se tenir à l’écart du débat sur l’indépendance puisqu’ils n’ont pas émigré pour ça ou contre ça ?
 
 
Si vous parlez de notre communauté, je pense que ce serait une erreur de croire qu’elle ne fait pas partie de la société québécoise. Elle ne doit pas se tenir à l’écart. Elle doit vivre sa citoyenneté au grand jour et dans sa diversité d’opinion. Il n’y a pas que le travail et l’éducation des enfants. Elle doit se sentir concernée par tous les enjeux et tous les défis de notre ère. Certains de nos compatriotes sont au PQ, d’autres au PLQ ou QS. Il y a même ceux qui optent pour le parti nul. C’est ça l’exercice de la citoyenneté. Et ces divergences ne doivent pas semer la haine entre nous, car nous avons d’autres facteurs qui nous lient comme notre origine, nos traditions, notre humour et nos repères. Aussi, cette équation: être immigrant=être contre l’indépendance du Québec, est erronée. Il.Il y a des Québécois qui ont un rêve bien avant qu’on arrive. Ils ont lutté depuis longtemps et ils continuent à lutter pour le réaliser. Parmi les patriotes pendus par les Anglais, il y avait un Irlandais. On doit respecter ce noble combat. Penser que le Québec indépendant serait raciste est mal connaître les militants, les  vrais militants du Québec. René Lévesque, fondateur du PQ, a soutenu la révolution algérienne. Certains militants indépendantistes s’étaient réfugiés en Algérie. Alors? Donc, les nouveaux arrivants ont fui la dictature, le déni des droits fondamentaux de l’individu pour vivre, ici, dans la dignité, leur citoyenneté. Alors, qu’ils plongent dans le bain de la démocratie! Qu’ils s’impliquent au lieu de regarder les nageurs!
 
 
Le PQ vient de présenter quatre candidats d’origine algérienne. Poteaux ?
 
 
Pourquoi poteaux? Nos compatriotes ont le mérite de plonger justement dans la vie politique. Pour certains, ce serait difficile de gagner à ces élections, mais ils vont apprendre à travailler mieux la prochaine fois. Nous devons les soutenir et les encourager. J’ai remarqué qu’il y a plus de femmes que d’hommes. Il faut que ces derniers foncent. On a des hommes extraordinaires aussi. Ils ont du potentiel et du charisme. Il suffit qu’ils se fassent confiance et qu’on leur fasse confiance. Ces candidats ont brisé la glace. Ils ont ouvert la voie aux autres membres de notre communauté. Et nos enfants vont s’identifier à eux un jour ou l’autre. Et c’est grâce à leur présence dans les sphères du pouvoir que les choses évolueront dans le bon sens.
 
 
Quel commentaire faites-vous sur le peu de candidats d’origine maghrébine au Parti libéral du Québec ?
 
 
Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de membres de notre communauté qui s’impliquent politiquement. Ceci étant dit, on a remarqué que ceux qui activent sont surtout au parti québécois et dans leur majorité, ils sont kabyles. Peut-être que le PLQ n’a pas courtisé notre communauté comme l’a fait le PQ.  La vraie raison est difficile à cerner avec exactitude.
 
 
 

Qui est Djamila Addar ?

 
Je suis une journaliste algérienne d’expression amazighe qui vit au Québec depuis 1997. Je suis née au pied du Djurdjura chez ma grand-mère à Imzdourar. J’ai grandi et étudié à M’Cheddalh (Maillot) au lycée Amrouche Mouloud où j’ai pris conscience du combat du MCB grâce à un camarade. J’ai fait l’école de journalisme à Alger, option audiovisuelle. J’ai travaillé à la chaîne II ( kabyle) pendant 6 ans avant de partir à Paris où j’ai travaillé pendant 8 mois sur le dossier de l’Union Européenne. Cette expérience m’a permis de connaître les défis de l’Union, mais aussi d’effectuer des reportages dans certains pays du continent comme la Pologne, le Portugal, les deux Irlande, la Grande bretagne et l’Allemagne. Une occasion de voir le défunt mur de Berlin et aussi de voir de plus près le combat des Irlandais que j’ai toujours admirés. C’est ainsi que je me suis familiarisée avec la presse écrite. Une fois arrivée au Québec, Madjd Benbelkacem et moi avons lancé une émission sur les ondes de Radio centre-ville  »Amazigh Montréal ».Parallèlement à cela, avec d’autres amis, nous avons crée l’association culture amazighe » Tirrugza » pour promouvoir la culture amazighe et créer des ponts entre le pays d’accueil et notre communauté. J’ai également collaboré avec certains sites virtuels comme algeroweb.com et berberes.com avant de lancer mon propre blog taghamsa.wordpress.com. Pour finir, je gagne ma vie en tant qu’enseignante de français au secondaire à Laval. Sur le plan privé, j’ai une fille de 20 ans, Missila Izza, qui étudie les sciences politiques à l’université de Montréal. Missila a mené le combat étudiant au Québec comme tous les autres étudiants et étudiantes du printemps érable. Je suis fière d’elle.
 
Le Blogue de Djamila Addar : Taghamsa…

Par Samir Ben  Contactez moi

PS : Nous avons sollicité des entrevues avec les candidats du Parti québécois. Nous attendons toujours la réponse des services de communication du PQ.

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Elections au Québec : Le Parti québécois est en train de montrer la porte aux Maghrébins

mars 19, 2014
Zehira Houfani-Berfas

Zehira Houfani-Berfas

Le Québec s’apprête à élire ses députés provinciaux le 7 avril. Le débat est polarisé autour de la charte des valeurs québécoises qui va interdire le voile dans la fonction publique. L’indépendance de la province reste aussi un enjeu.

Dans la série d’entretiens avec les Algériens de la Belle Province, discussion avec Zehira Houfani-Berfas (*) écrivaine, journaliste arrivée au Canada (Ottawa) en 1994 avant de déménager au Québec en 2003.

« Le voile n’a jamais été mon combat, mais cet acharnement contre le foulard islamique en France d’abord, puis au Québec nous interpelle en tant que communauté », affirme-t-elle.

« Le fait de savoir qu’il y a aussi des Algériens qui attisent la peur des Québécois à l’endroit de l’islam me brise le cœur et je me fais violence pour ne pas alimenter nos sempiternelles querelles importées de là-bas pour l’essentiel », ajotue-t-elle

 

 La charte des valeurs québécoises est-elle nécessaire au Québec ? N’y a-t-il pas déjà séparation entre l’État et la religion ?

Je ne le crois pas. Personnellement, je trouve que c’est un débat de trop sur le dos des musulmans. Depuis que je suis au Canada, c’est la 3e tempête autour du voile islamique, qui demeure la cible principale de tout ce remue-ménage.

Déjà en 1994, l’exclusion de l’école publique d’une jeune fille portant le hijab a semé une controverse et plongé le Québec dans un débat sur cette question. Je me souviens qu’à l’époque, le Conseil du Statut de la femme avait préconisé la tolérance, en considérant que son interdiction brimerait l’accès des jeunes musulmanes à l’école publique.

En 2007, c’est le pénible épisode des accommodements raisonnables sur lequel avait surfé le parti de l’ADQ avec à la clé 41 députés et le statut d’opposition officielle.

Le hic de cette victoire c’est qu’elle a carburé à l’islamophobie entourant Bouchard/Taylor [une commission sur les possibles dépassements dans l’octroi d’accommodements religieux, NDLR] et qu’elle n’a pas résisté au véritable travail sur le terrain politique.

C’est bien dommage que le Parti Québécois (PQ) use de la même logique en faisant de la charte des valeurs sa carte maîtresse pour remporter ces élections, quitte à brimer l’accès au travail des femmes qui portent le hijab.

Quant à la séparation entre l’État et la religion au Québec, il n’y a aucun doute là-dessus. À mon sens, la séparation entre l’État et la religion est un fait irréversible au Québec, comme  d’ailleurs dans le reste du Canada. Et même au-delà, puisque je considère que c’est une réalité dans tout le monde occidental, ou développé, si on préfère.

Y a-t-il un danger islamiste ou intégriste au Québec?

Autrement dit, « Les soldats d’Allah seraient-ils en train d’envahir le Québec » ? Je ne sais pas s’il y a des gens qui croient en ces inepties. Le Québec se trouve en Amérique du nord, un endroit où les libertés sont ancrées dans la vie des gens comme nulle part ailleurs.

Ce peuple a fait et réussi sa révolution tranquille alors qu’il se trouvait seul sous le joug de la puissante église et des empires anglophones. Il défend vigoureusement sa langue et sa culture face à ses voisins, dont le géant américain.

Dire que la présence du foulard islamique ou d’une mosquée le met en péril, c’est manquer de respect aux gens et dénigrer leur capacité d’évolution.

Cela dit, je me suis toujours interrogée sur l’authenticité des auteurs de certaines demandes d’accommodements saugrenues qui font les délices des médias québécois. Je pense entre autres à cet étudiant de l’université York qui refuse de travailler en session avec des femmes. Il me semble que ce genre de comportement nuit terriblement à la communauté musulmane.

La charte ne va-t-elle pas créer plus d’exclusion en congédiant et en fermant la porte du travail à certaines femmes musulmanes?

Sans aucun doute. Il y aura probablement des femmes qui vont subir la contrainte et s’y conformer faute de choix. Mais cela risque de créer et d’entretenir un sentiment d’animosité dans le milieu du travail.

Si moi-même je portais le voile, je sentirais cette injonction de la charte comme une injustice, une atteinte à ma liberté.

Il y a sûrement des personnes qui pensent sincèrement que le port du foulard est un signe de soumission de la femme et reflète l’inégalité entre elle est l’homme. Et même là, on devrait laisser aux femmes le soin d’en être persuadées par elles-mêmes.

Les musulmanes qui vivent en occident ont la possibilité de faire des choix de vie, à plus forte raison quand elles sont détentrices de diplômes, qu’elles occupent diverses fonctions et qu’elles interagissent librement avec la société d’accueil.

Le voile n’a jamais été mon combat, mais cet acharnement contre le foulard islamique en France d’abord, puis au Québec nous interpelle en tant que communauté.

Je trouve déplacé de considérer que le choix des musulmanes de porter le foulard n’est pas éclairé, autrement dit, qu’elles manquent de jugement. Je suis ravie de voir tant de jeunes musulmanes bien documentées et aussi déterminées à défendre leurs droits de québécoises musulmanes.

Si la mobilisation pour un vote utile au profit du Parti libéral du Québec (PLQ) ne suffit pas à inverser la tendance et advenant l’adoption de la charte dans sa version actuelle, il ne serait pas étonnant que beaucoup de familles musulmanes se voient obligées de quitter le Québec pour les autres provinces.

 

Le débat sur la charte semble avoir donné carte blanche au discours islamophobe et d’exclusion. Qu’en pensez-vous ?

Qu’est-ce qu’on n’a pas entendu ou lu comme propos grossiers et injures ces derniers jours. Cela m’a rappelé l’ambiance malsaine du 11 septembre, quand le musulman, accablé, rasait les murs pour ne pas se faire remarquer.

Écoutez, le PQ ne s’en cache pas, il mise sur la charte pour remporter les élections. Les politiciens savent comment manipuler les émotions des gens, notamment par le biais de la question identitaire et de l’immigration.

Ce n’est pas étonnant que les extrêmes droites du monde entier en font leur fond de commerce. Je trouve dommage que le PQ qui compte de nombreux Maghrébins parmi ses adhérents, balaie du revers de la main les aspirations d’une communauté qui ne demande qu’à participer à l’édification d’un Québec inclusif et prospère.

Même si je comprends l’inquiétude de certaines couches de la société québécoise (dite de souche) face au changement introduit par la diversité culturelle et religieuse qui s’affiche un peu partout dans le pays, j’aurais espéré que la classe politique y réponde de façon appropriée.

Plutôt que d’entretenir ce sentiment de peur et de méfiance, particulièrement à l’égard des musulmans, elle s’appliquerait à produire un discours rassurant qui permet aux uns et aux autres de concevoir un vivre ensemble harmonieux et bénéfique pour l’ensemble des Québécois, de toutes origines.

Cela dit du PQ, le fait de savoir qu’il y a aussi des Algériens qui attisent la peur des Québécois à l’endroit de l’islam, ça me brise le cœur et je me fais violence pour ne pas alimenter nos sempiternelles querelles importées de là-bas pour l’essentiel.

 

Les enjeux pour la communauté ne sont-ils pas ailleurs (travail, éducation des enfants…) ? et les nouveaux arrivants ne doivent-ils pas se tenir à l’écart du débat sur l’indépendance puisqu’ils n’ont pas émigré pour ça ou contre ça ?

La situation des Maghrébins en termes d’emploi est déplorable et les chiffres s’affichent préoccupants depuis des années. Pourtant, il me semble que c’est une priorité dans le processus d’intégration des immigrants. C’est seulement, une fois stables dans leur vie et rassurés sur l’éducation de leurs enfants, que les gens s’intègrent plus facilement et développent un sentiment d’appartenance à la société d’accueil, bien mieux que ne le ferait une charte ou une carte de parti.

Or la charte, dont il est question, risque de grossir les rangs des sans emploi parmi la communauté musulmane, puisqu’elle exclut d’ores et déjà de la fonction publique les femmes portant le foulard.

Et même ailleurs, comme les garderies, entre autres. Ce n’est pas ce qu’on peut appeler une charte « inclusive » et rassembleuse. C’est plutôt l’inverse.

Pour ce qui est du 2e volet de votre question, je suis tentée de répondre par oui. Effectivement, les immigrants qui arrivent au Québec en quête d’une vie meilleure se retrouvent malgré eux embarqués dans une dynamique qu’ils ne comprennent pas.

Du moins dans un premier temps. Des notions comme la séparation, l’indépendance du Québec n’étaient pas inclus dans leur projet d’immigration. À l’exception des Français qui, peut-être, connaissent la situation du Québec dans le Canada, de par l’histoire et l’ascendance, les autres immigrants se retrouvent plutôt incommodés de devoir choisir en le Québec et le Canada. Avec le temps, certains choisissent de se joindre au projet souverainiste, c’est le cas des Maghrébins et autres musulmans qui adhèrent au PQ.

 

Le PQ vient de présenter quatre candidats d’origine algérienne. Poteaux ?

Quatre Maghrébines à la députation, j’aurai certainement applaudi n’eut été le contexte et l’objet de cette élection. En termes de compétences, le PQ n’aurait pas trouvé de meilleures candidates.

Ce qui est navrant, c’est qu’en choisissant la charte des valeurs dans sa version actuelle, elles devront (je pense à Yasmina Chouakri et Leila Mahiout) se passer du soutien d’une partie de leur communauté, puisque celle-ci a entamé une campagne de mobilisation contrer la charte.

Je ne parle pas de l’auteure des « soldats d’Allah à l’assaut de l’occident » [Djemila Benhabib, NDLR] pour qui le chemin semble tout tracé : sauver le Québec des visées islamistes.

Heureusement qu’Hérouxville [une municipalité québécoise qui s’est fait connaître en 2007 pour son code de vie qui interdit la lapidation, NDLR] n’est pas de la partie, sinon avec Louise Mailloux qui assimile la circoncision à un viol, les musulmans seraient mal barrés et cette élection se ferait vraiment sur leur dos s’ils ne se mobilisent par pour un vote stratégique.

Bref, que l’on soit pour ou contre ces candidates, on est en démocratie et seuls les électeurs décideront de leur sort.

Quel commentaire faites-vous sur le peu de candidats d’origine maghrébine au Parti libéral du Québec ?

C’est une question que je me suis posée. Est-ce parce que les gens sont en majorité de gauche? Ou bien par gratitude envers la société d’accueil, une sorte de reconnaissance pour le Québec, d’autant que la majorité des Maghrébins francophones, à quelques exceptions, sont choisis par la délégation du Québec et non par le Canada.

Il y a aussi le fait que notre communauté est relativement récente et qu’elle n’est pas suffisamment organisée pour s’impliquer davantage dans la vie politique du Québec. Je suis sûre qu’à l’avenir, ils seront plus nombreux dans les autres partis, d’autant que le PQ leur montre la porte.

 

(*)Bio « officielle ».

« Écrivaine, journaliste et collaboratrice de presse en Algérie jusqu’en 94 avant d’atterrir à Ottawa. Elle a aussi produit des émissions littéraires pour radio chaîne 3. Elle a publié 3 ouvrages dans les années 1980.

Au Canada, elle a travaillé dans l’enseignement du français à la fonction fédérale à Ottawa, puis dans le domaine des communications. Elle a publié dans plusieurs journaux. Elle a déménagé au Québec après 8 ans à Ottawa en 2003 pour raison familiale.

Elle a rédigé Lettre d’une musulmane aux Nord-Américaines, le lendemain du 11 septembre. C’est à ce moment-là qu’elle avait intégré l’équipe montréalaise d’Irak Peace Team contre la guerre en Irak, suivi de la rédaction du livre Jenan, la condamnée d’Al-Mansour. C’est cela qui lui a valu la reconnaissance de Club Avenir.

Elle milite également pour le changement politique et la démocratie en Algérie. Ses textes sont publiés sur El Watan. Elle dit ne pas avoir de parti politique. Elle dit partager les idées du FCN (Front du changement national) aux côtés du Dr Salah-Eddine Sidhoum et plusieurs autres militants. Elle publie aussi à travers LQA, Le Quotidien d’Algérie. »

Le site web de Zehira Houfani-Berfas…

PS : Nous avons sollicité des entrevues avec les candidats du Parti québécois. Nous attendons toujours la réponse des services de communication du PQ.

Par Samir Ben  Contactez moi

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Elections au Québec : Le Parti québécois utilise les Maghrébins comme marche pied pour se maintenir au pouvoir

mars 18, 2014

Le Québec est en pleine campagne électorale pour les élections législatives du 7 avril. Dans la série d’entretiens avec les Algériens de la Belle Province, discussion avec Youcef Bendada, économiste qui y est installé depuis une vingtaine d’années.Il a démissionné il y a quelques mois du Parti québécois (nationaliste et séparatiste).

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Youcef Bendada

Le PQ qui forme un gouvernement minoritaire cherche une majorité. Il joue à fond la carte identitaire en polarisant le débat autour de la charte des valeurs québécoises qui interdirait, entre autres, le port du voile dans la fonction publique.

Vous avez été membre du Parti québécois jusqu’à récemment. Pourquoi avez-vous quitté cette formation politique ?

J’ai pressenti qu’une dérive profonde de ce parti était enclenchée dès que les premières informations ont commencé à sortir. Le débat était engagé en conclave par les dirigeants constitués en noyau dur autour de celle qui prend de plus en plus des allures d’une sorte de Dame de fer [La Première ministre du Québec, NDLR], inflexible et intransigeante comme son ministre en charge de charte.

Ainsi et bien avant que le projet de charte ne soit rendu public, j’ai , en toute conscience, décidé de m’exclure de ce parti qui a voulu nous utiliser comme une sorte de marche pied pour perdurer dans le pouvoir en faisant sienne la démarche qui a failli porter la défunte ADQ (Action Démocratique du Québec) au pouvoir.

Je ne me suis plus reconnu dans ce parti, auparavant de coloration socio-démocrate et qui recrute aujourd’hui dans le vivier des nantis et autres conglomérats de fortunés avec pour seule envie : rester au pouvoir coûte que coûte. R. Lévesque s’en offusquerait aujourd’hui.

 carte

La charte des valeurs québécoises est-elle nécessaire au Québec ? N’y a-t-il pas déjà séparation entre l’État et la religion ?

Une charte des valeurs au Québec? Non, il n’y a aucune nécessité. Mais une charte de la laïcité oui. D’ailleurs, une de nos compatriotes [Djemila Benhabib, NDLR] qui a bâti toute sa réputation autour de ce thème et tout son combat porte sur sa promotion, au Québec et à travers le monde, ne se prononce plus sur la question à la suite de l’injonction de son parti pour la mise en sourdine de cette notion. Elle a abdiqué et s’en tient, selon ses propos à la ligne du parti.

Y a-t-il un danger islamiste ou intégriste au Québec?

Laissez-moi rire très fort devant cette insignifiance! C’est quoi le danger islamiste, intégriste…? Nous même, musulmans pratiquants ou non pratiquants, nous le combattons déjà tous les jours que Dieu fait.

Mais nous n’en voyons pas la couleur dans ce Québec qui est notre pays choisi par nous. Cette menace que l’on évoque avec légèreté me révulse. J’ai honte devant de telles insanités.

Ce ne sont pas les paisibles musulmans qui sont la menace pour la société, ni cette dizaine de burka que l’on rencontre accidentellement dans les rues de Montréal qui vont déstabiliser le Québec. La menace pour ce Québec, c’est la césure profonde entre nous, immigrants et la société, du fait de l’exclusion du monde du travail.

Les statistiques nous révèlent une communauté maghrébine, bien éduquée, diplômée, francisée, mais malheureusement pauvre. Pauvre, parce qu’elle subit le taux de chômage le plus élevé au Québec. Le taux avancé de 30%  me semble même minoré, au regard de la mal vie d’une partie de cette communauté.

L’enjeu, le véritable à l’heure actuelle, devrait être celui de la bonne intégration des immigrants.

La charte ne va-t-elle pas créer plus d’exclusion en congédiant et en fermant la porte du travail à certaines femmes musulmanes?

Manifestement le congédiement prévisible de certaines femmes musulmanes n’émeut nullement Drainville, ni Lisée, ni la Pauline [les ténors du Parti québécois, NDLR]. Ils vont droit devant. Ils sont déterminés.

Vous vous rendez compte du degré de leur détermination! Si cette attitude pouvait être adoptée pour les réformes sociales, économiques pour améliorer, entre autres la situation, dans le système de santé pour contrer le décrochage scolaire etc… , alors le Québec avancerait plus vite vers un mieux-être de l’ensemble de la société et en particulier constituerait une société mieux accueillante pour tous les nouveaux arrivants, pourtant indispensables pour maintenir un équilibre de la population vieillissante et ne se renouvelant que parcimonieusement.

Le débat sur la charte semble avoir donné carte blanche au discours islamophobe et d’exclusion. Qu’en pensez-vous ?

Il n’est pas utile de revenir sur ce burlesque moment où des gens simples [voir vidéo plus bas, NDLR] qui  naïvement ont cru venir enrichir les débats dans une commission parlementaire et se sont ridiculisés. Le blâme est à jeter à celui qui a ouvert la boite de Pandore aux expressions de tous les racismes et dérives malsaines.

Tous les québécois n’ont pas tous des maitrises et des bacs! En ouvrant ce débat le gouvernement savait pertinemment que des dérapages s’en suivraient et que leurs auteurs ne seront pas inquiétés.

Rappelez-vous la commission Bouchard /Taylor. Ce fut un moment puissant de discours haineux, racistes et blessants. Leurs auteurs se sont défoulés et sont rentrés chez eux avec la conscience tranquille.

Ils ont utilisé leur liberté d’expression, ont vomi sur les autre et n’ont pas été inquiétés. Fort heureusement, à part,« Mailloux et le prépuce» [une candidate du PQ affirme que la circoncision est un viol, NDLR] et «la famille qui prend l’Étobus pour voir et s’offusquer que des gens se mettent à quatre pattes pour prier», il faut dire que le gouvernement n’a pas à beaucoup rougir des faux débats sur la question.

Je n’oublierais pas de mentionner l’hystérie qui s’est emparée «des racistes» qui ont imputé la mort d’une maghrébine à son foulard et surtout le silence sidéral de la classe politique devant cet accident? Dû certainement à l’escalier mécanique.

Les enjeux pour la communauté ne sont-ils pas ailleurs (travail, éducation des enfants…) ? et les nouveaux arrivants ne doivent-ils pas se tenir à l’écart du débat sur l’indépendance puisqu’ils n’ont pas émigré pour ça ou contre ça ?

Mais bien sûr! L’enjeu, c’est le travail, l’éducation, la recherche de la stabilité. D’ailleurs les nouveaux arrivants ont de la peine à se retrouver et trouver leur équilibre émotionnel après un déchirement  et leur arrachement à leur pays.

Il n’est pas facile pour une famille déracinée de faire une nouvelle vie dans une société quelque peu différente. Leur combat est quotidien. Leurs préoccupations sont bassement matérielles et très terre à terre. Comme on dit chez nous, «C’est lorsque le ventre est bien rempli que la tête se met à chanter».

Alors comme tous les citoyens ordinaires et à ce moment-là seulement, lorsqu’il y a intégration au sein de la société, par le travail, par les loisirs, que l’homo politicus prend le pas sur l’homo économicus et veut user pleinement de sa citoyenneté.

Il pourra alors participer à tout débat social, politique et marquer de son empreinte son intégration dans la société.

 

Le PQ vient de présenter quatre candidats d’origine algérienne. Poteaux ?

Je peux vous dire que je connais parfaitement trois candidates. Ce sont des intellectuelles de haut calibre. Leurs bagages universitaires et leur expérience feront rougir de honte plus de 80% des membres des assemblées élues au Québec et au Canada. Les circonscriptions «réservées» à nos compatriotes ne sont pas gagnées d’avance. Le défi est lourd. Dans ces trois  circonscriptions résident des milliers de musulmans. Comment se fera leur engagement? Seul l’électeur pourra nous le révéler, le 7 avril prochain. Pour ma part et après avoir cru très fort qu’en 2012 nous allions avoir une compatriote au sein de l’assemblée Nationale du Québec, je suis pessimiste cette fois sur le sort qui sera  réservé aux candidates.

Quel commentaire faites-vous sur le peu de candidats d’origine maghrébine au Parti libéral du Québec ?

Ce parti gagnerait, à l’avenir, à avoir une approche plus positive vis-à-vis de notre communauté qui, électoralement lui est favorable.

 

 

(1)Une famille témoigne en commission parlementaire sur son voyage dans un pays musulman. Choc culturel et dérapage.

http://youtu.be/RhFfkxTrkbw

 

PS : Nous avons sollicité des entrevues avec les candidats du Parti québécois. Nous attendons toujours la réponse des services de communication du PQ.

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Elections au Québec : « Les candidats d’origine algérienne ne sont pas des poteaux(*)»

mars 17, 2014

Le Québec est en pleine campagne pour les élections du 7 avril. Le débat est polarisé autour de la charte des valeurs québécoises qui va interdire le voile dans la fonction publique. L’indépendance de la province reste aussi un enjeu, quoique ce ne soit pas dans l’immédiat.

Farid Salem, membre d'origine algérienne du Parti québécois.

Farid Salem, membre d’origine algérienne du Parti québécois.

A l’image de l’opinion publique, les Algériens du Québec (ou les Québécois d’origine algérienne) sont eux aussi divisés. Une saine division, faut-il le souligner.

Entrevue avec Farid Salem. Il est d’origine algérienne et membre du parti Québécois (nationaliste) depuis une vingtaine d’année. Il fait partie des Algériens qui ont fui le pays pendant la décennie noire et qui ont refait leur vie au Québec, seule terre d’asile accueillante à l’époque. Cet entretien sera suivi par d’autres de membres de la communauté aux opinions divergentes.

 

Le Parti québécois vient de présenter quatre candidats d’origine algérienne, trois femmes et un homme. Poteaux ?

Ce sont des militant(e)s et citoyen(n)es qui ont osé se présenter pour montrer à la nouvelle génération que tout est possible. Vous avez oublié que nous avions aussi des poteaux (*) au Nouveau parti démocratique (NPD) lors des élections fédérales de mai 2011. Trois Algériens (deux femmes et un homme). Ils se sont présentés dans des régions à 100% Québécois de souche et ils ont été élus. …Cherchez la discrimination ou le racisme du Québécois !

La charte des valeurs québécoises est-elle nécessaire au Québec ? N’y a-t-il pas déjà séparation entre l’État et la religion ?

Il y a effectivement séparation grâce à la lutte des femmes et des hommes pendant les années 60, lors de la révolution tranquille. Plus récemment, l’Assemblée nationale a procédé en 1998 à la création des commissions scolaires linguistiques à la place des commissions scolaires religieuses. Tout ceci ca n’a pas été facile et c’est pour cela qu’avec la charte c’est la continuation d’un long travail déjà commencé pour protéger l’espace public.

Y a-t-il un danger islamiste ou intégriste au Québec ?

Non, mais il y a lieu de prévoir que de subir un fait accompli. C’est ce qui est bien au Québec. On n’attend pas le danger, on le prévoit pour le bien surtout de la majorité de confession musulmane.

 

La charte ne va-t-elle pas créer plus d’exclusion en congédiant et en fermant la porte du travail aux musulmanes qui portent le foulard ?  

Non jamais. Au contraire. Quand tout le monde connaîtra les règles du jeu ils et elles  vont s’y adapter y compris les Québécoises de confession musulmane. En plus, quand la charte va être adoptée, il y aura une période de transition et d’accompagnement. Nous sommes dans un pays démocratique qui défend les droits de tout le monde y compris ses minorités

Les derniers mois, le débat sur la charte semblait avoir donné carte blanche au discours islamophobe et d’exclusion. Qu’en pensez-vous ?

je ne suis pas d’accord. Il n’y a pas plus pacifique que le peuple québécois. La preuve?  Qui est sorti au Canada quand le Liban a été attaqué par Israël? C’est bien  à Montréal que 500 000 citoyens sont sortis pour protester contre cette invasion. Qui a régularisé les sans-papiers Algériens devant le refus du Parti libéral fédéral de les entendre ? C’est bien le PQ qui a réglé le problème pour  90 %  d’entre eux. Nous avons une belle page d’histoire commune entre l’Algérie et le Québec. Beaucoup parmi les leaders québécois qui ont été politisés dans les années 60 grâce à notre lutte de libération ont une grande sympathie envers nous.

La charte est venue pour remettre les choses au point concernant la place de la religion dans l’espace public. On n’a jamais interdit à quelqu’un de faire sa prière, de créer une mosquée, de fêter etc. Il y a plus de 50 croyances religieuses au Québec et il n’y a que certains des nôtres qui déchirent leur chemise sur la voie publique ….Les autres sont tous en mode silence. Pourquoi ?

Les enjeux pour la communauté ne sont-ils pas ailleurs (travail, éducation des enfants…) ? et les nouveaux arrivants ne doivent-ils pas se tenir à l’écart du débat sur l’indépendance puisqu’ils n’ont pas émigré pour ça ou contre ça ?

Oui exactement. C’est pour cela qu’il faut être à l’intérieur du système pour que nous soyons écoutés. Le seul réseautage et lobby qui ne coute pas cher sont dans l’adhésion à un parti politique. Avec notre niveau de politisation nous pouvons aller loin et bien défendre notre communauté. Malheureusement, nous ne sommes pas présents comme il se doit dans les différents partis. Rester sur le perron sans prendre le train ne ferait que du mal à la communauté. Les communautés qui  sont actives et en mode silence influent le plus sur les décisions ! En conclusion, il faut laisser nos problèmes et nos habitudes  algéro-algériennes avant de venir …..ou du moins  se mettre en mode québécois en arrivant. C’est à dire être à l’écoute, apprendre et continuer à construire ce beau Québec pour laisser de beaux exemples  à la deuxième génération qui arrive.

 (*) Un candidat poteau se présente au nom d’un parti dans une circonscription château-fort d’un autre parti. La victoire est pratiquement impossible. Le parti peut lui voir fait miroiter d’autres avantages pour l’après élection. Il y a parfois des surprises où un candidat-poteau remporte un comté.

 

PS : Nous avons sollicité des entrevues avec les candidats du Parti québécois. Nous attendons toujours la réponse des services de communication du PQ.

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Elections au Québec : portraits d’Algériens (1)

mars 16, 2014

Les élections législatives dans la province canadienne du Québec et qui se tiendront le 7 avril prochain divisent la population y compris au sein de l’immigration algérienne et maghrébine.Quoi de plus normal pour l’exercice démocratique.

L’enjeu de la charte des valeurs québécoises qui interdit le port du voile dans la fonction publique est déterminant dans les débats actuels. Il y a les pro et les anti-charte!

D’ici la fin de la campagne électorale, nous découvrirons plusieurs profils et portraits.

Pro-charte

Ali Kaidi et Akli Ourdja qui ont des parcours universitaires en philosophie (doctoratet maîtrise) sont arrivés au Québec en 2011. L’année dernière, ils ont  créé l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL). Ils appuient le projet du gouvernement du PQ.

Ils ont eu la possiblité d’exprimer leur point de vue en commission parlementaire – 200 mémoires avaient été déposés par différents organismes et intervenants.

Les 4 candidats d’origine algérienne

Il y a certes les quatre candidatures d’Algériens pour le Parti québécois (nationaliste) mais elles semblent être plus destinées à contrecarrer les accusations de populisme xénophobe et même islamophobe qui collent au PQ depuis quelques mois.

Une réelle volonté de voir ces candidates et candidat siéger à l’Assemblée national ? Pas évident vu que les circonscriptions données à ces derniers restent des châteaux forts des libéraux.  Quoique rien n’est joué d’avance. On sera fixés la soirée du 7 avril !

Site de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL)…

sur facebook : https://www.facebook.com/AQNAL

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Rassemblement de Barakat Montréal (Photos)

mars 15, 2014

Une centaine d’Algériens ont répondu à l’appel du comité Barakat de Montréal pour un rassemblement au centre-ville de la métropole. Voici les photos prises au Parc Emilie Gamelin.

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Les Algériens de Montréal se rappellent les victimes du terrorisme islamiste

mars 15, 2014

« La journée contre l’oubli » en mémoire des victimes du terrorisme en Algérie se tient pour la quatrième année au pays et un peu partout dans le monde .  Initiée par l’association Ajouad Algérie Mémoires, elle est commémorée le 22 mars.

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A Montréal, elle sera organisée par Azzeddine Achour et un groupe d’Algériens dont beaucoup ont été forcés à l’exil au Canada pendant la décennie noire –  la  « déportation » comme seul rempart contre une mort certaine.

Pour des raisons pratiques, la commémoration aura lieu une journée plus tôt, soit le vendredi 21 mars, au Centre des ressources communautaires du quartier multiethnique Côte-des-Neiges de Montréal.

« L’an dernier, nous étions environ 80 personnes, rassemblées pour saluer symboliquement la mémoire des dizaines de milliers d’algérien(ne)s victimes de la folie meurtrière des tenants de la ‘Dawla Islamiya’ et de leurs commanditaires», se rappelle le groupe des amis de Ajouad sur leur page facebook.

« Cette année, nous souhaitons être encore plus nombreux à faire de cette soirée un moment de communion et de recueillement partagés, mais aussi un moment de prise de parole citoyenne et républicaine. », ajoutent-ils.

Au programme : Projection vidéo – Rencontre avec Nassira Belloula, auteure de l’ouvrage ‘’Algérie, le massacre des innocents’’ – Témoignages – Exposition – Débats…

A rappeler qu’Ajouad Algérie Mémoire est une association basée en France et co-fondée par le fils du journaliste et chroniqueur Said Mekbel assassiné le 3 décembre 1994 et Amel Faredeheb, fille de l’économiste Abderahmane Fardeheb assassiné le 26 septembre de la même année.

Infos : Vendredi  21 mars 2014 à 18 :30

Centre des ressources communautaires

6767, chemin de la Côte-des-Neiges  (Rez-de-chaussée)

(Métro Côte-des-Neiges / Sortie Banque nationale Bus 165 ou 535 Nord_

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