Hasna El Becharia : le programme politique….

Hasna El Becharia n’a pas été à l’université, n’a pas assisté aux formations sur les droits des femmes prodiguées par des ONG occidentales (financées par leurs gouvernements !!!!) encore moins connu les Femen mais en matière de défense des droits des femmes sur le terrain aucune association ne fait mieux qu’elle.

A ce propos, je me rappelle d’une expérience hallucinante en 2010. J’ai rencontré, avec une journaliste canadienne, une présidente d’une association de défenses des droits des femmes à Alger. On devait l’interviewer à propos des femmes victimes de viols à Hassi Messaoud (quartier El Haicha).

La dame, certainement sincère, nous a servi un discours passionné ou elle dénonçait ces atrocités et cette violence  »animale » de la part d’une horde de sauvages qui s’est attaquée à des femmes sans défense…

Entretien avec Hasna El Becharia - Montréal - Juillet 2013

Entretien avec Hasna El Becharia – Montréal – Juillet 2013

Sauf que toute cette rhéthorique est tombée à l’eau quand elle nous a avoué qu’elle n’est pas allée à la rencontre des victimes….

A mon avis, la différence avec Hasna El Becharia réside dans la proximité avec les femmes victimes des aberrations de notre société.

Hasna El Becharia est connue à Béchar pour venir en aide aux jeunes filles rejetées par leurs familles pour différentes raisons : grossesses non désirées, fugues suivies d’un rejet de la famille, belle-mère qui martyrise les enfants de son mari….

Elle sait que la vraie solution réside dans le changement des mentalités et que tout ce qu’elle peut faire pour ces malheureuses ne remplacera jamais le rôle de l’Etat ou l’amour familial.. tout un programme….politique.

J’ai discuté avec Hasna El Becharia, entre la séance de sound check avant son concert au Cabaret du Mile end de Montréal et l’enregistrement de la partie montréalaise d’un documentaire que lui consacre SN production. Le film est réalisé par Amine Kouider. En l’absence de ce dernier, la documentariste Nadia Zouaoui a assuré la continuité du travail.

Hasna El Becharia - Concert - Montréal - 9 juillet 2013

Hasna El Becharia – Concert – Montréal – 9 juillet 2013

Samir Ben : Au dernier festival Diwan de Béchar vous étiez accompagnée par votre troupe féminine Kerkettou. Pourquoi ne sont-elles pas avec vous au Canada ?

Hasna El Becharia :  Elles n’ont pas pu venir car elles n’ont pas de visas. Elles n’ont même pas de passeport. Avec cette troupe, nous répétons depuis mars dernier. Elles sont appris le kerkabou, les broudj (morceaux) du gnawi. Nous avons ouvert le festival de Béchar ou nous avons joué deux broudj.  Les gens étaient surpris que des femmes présentent du Gnawa. Eh oui, ils ont vu que c’était la fille du Mqaddame Salem (Hasna elle-même, NDLR).  On avait prévu 4 broudj mais les gens sont entrés en transe et on n’a pas pu finir. Et la révélation de cette soirée était sans conteste la jeune Hallouma. Elle a surpris tout le monde. Et pourtant je venais juste de lui apprendre les techniques de la djedba (transe). Elle n’a eu peur ni de la scène, ni de la lumière et ni du public !

Votre public est divers et mutiple. Y a-t-il une difference entre le public en Algerie et à l’étranger?

La seule différence est qu’en Algérie, les gens ne veulent écouter que Djazair Djohara (l’Algérie est une perle) : jeunes, vieux et enfants. Tout le monde la demande!  Au Canada, les gens ont aimé. En France aussi, ils aiment le Gnawa. La première fois au Cabaret sauvage en 1999, et à ma grande surprise même les femmes  occidentales sont entrées en transe. Il a fallu utiliser le bkhour et l’encens pour les réveiller. Il ne faut pas oublier que le Gnawa du Maroc est connu en France, Amazigh Kateb aussi…

Pourquoi, à votre avis, l’artiste algérien doit-il passer par la case France pour être reconnu dans son pays ?

Que voulez-vous ? c’est l’amère réalité.  De trois choses l’une : l’envie, la jalousie ou ils ne comprennent rien à ce que tu fais…

Un artiste doit être reconnu dans son pays avant de s’exporter mais chez nous il faut toujours passer par la case extérieure pour avoir sa place en Algérie…Il y a beaucoup d’artistes algériens au pays mais qui se consument dans l’indifférence. Je n’arrive toujours pas à comprendre cette situation.

Le profane ne se retrouve pas entre Gnawa, Diwan…

Ecoutez mon fils. Comme il n’y a un seul Dieu, il n’y a qu’un seul Diwan. Il n’y a qu’un seul Bilal (le premier esclave noir affranchi par le prophète Mohamed, NDLR) le Gnawa c’est la même chose partout. Diwan c’est la soirée elle même, c’est l’événement. Comme quand on dit « il y aura un Diwan demain soir, il y aura une mhalla », par exemple. Le Diwan et le Gnawa c’est a même chose même si c’est en Inde. Ca vient du Soudan et ça remonte à Bilal.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui se lacent dans la chanson Gnawa ?

Certains ont été irrigués par le Gnawa (teskaw en arabe, NDLR). Ils ne peuvent plus s’en passer.Qu’ils soient blancs, noirs ou quels qu’ils soient. Regardez la (Elle montre la chanteuse Souad Asla, NDLR). Elle est habitée par le Gnawa. Il y a tout un rituel à suivre pour devenir Gnawi .

Il y a toujours ceux qui suivent la mode.  Ceux–là ne  m’intéressent pas. Certains jeunes dès qu’ils connaissent un  peu de Gnawi mettent une calotte et prennent le gumbri et se disent Gnawi. Je les encourage à aller se nettoyer d’éviter l’alcool et la drogue. C’est fou, certains fument un joint, prennent deux ou trois bières prennent le gumbri et montent sur scène. Au bout de deux jours, ils te disent … je suis malade. C’est tout sauf du Gnawi. Que Dieu leur pardonne.

Vous avez-dit récemment que vous préférez votre premier l’album au second. Pourquoi ?

Le premier Album Djazair Djohara a été réalisé à Taghit (Algérie). Le second, Smaa Smaa, entre Taghit et l’Italie. On a fait participer les musiciens locaux de Béchar. On est allés à Taghit avec le producteur italien et l’ingénieur du son. On a fait une résidence.  Le produit a été paufiné en Italie. (Souad Asla en tant qu’arrangeur qui travaille avec Hasna el Becharia depuis 15 ans, continue la réponse, NDLR)

On a voulu garder l’âme de Hasna dans l’album, quelque chose de traditionnel avec gumbri et karkabou. Quand ils ont pris le produit en France, la manageuse a voulu faire participer un Cape-verdien, Théophile Chantre – celui qui écrivait des chansons à Cesaria Evora. Elle l’a malheureusement fait sans se concerter avec nous. C’est un produit sans âme pour moi.

Est-ce qu’il  y a un troisième album pour Hasna ?

(Souad Asla, NDLR) Il y a un album en préparation avec Smail Benhouhou, un grand pianiste et arangeur algérien. On est au stade de l’enregistrement brut. Elle est venue à Paris et on pris tous les morceaux. A chaque fois qu’elle reviendra, on le paufinera.

Qui le produit ?

(Souad Asla, NDLR) Il sera coproduit par Smail Benhouhou et moi-même. Et à ce propos, on souhaiterait avoir une petite résidence d’une dizaine de jours pour que le disque soit fait complètement en Algérie. Ce sera un disque 100% Hasna. Il y aura 13 morceaux.

Quel titre portera l’album ?

Nous n’avons pas encore décidé. Mais la chanson-phare sera Zine Nhar Elyoum. C’est une chanson qui vient de là (elle pointe sa tête, NDLR).

Est-ce qu’il y a une relève pour Hasna El Becharia en preparation ?

Il y a Souad Asla ! (elle a à son actif l’album Jawal, NDLR). Je lui ai meme appris le gumbri. Elle doit juste passer par la Mhalla des Gnawa que tient Maalam Brahim, l’élève de mon père Mqaddam Salem que Dieu ait son âme.

Peut-on remonter à votre premier album ? Vous parliez de l’Algérie et de votre fils…

J’étais en France. C’était une chanson qui décrivait l’Algérie pendant la décennie noire et ma relation avec mon fils qui n’était au beau fixe.  Je me suis dit je vais chanter les deux en même temps (Hasna s’est réconciliée depuis avec son fils. Elle a aussi une fille,NDLR).

Que diriez vous aux immigrants qui oublient parfois de rendre visite à leurs parents?

Je leur dis : Que Dieu vous pardonne. Vous ne savez pas quand la mort va frapper et à ce moment-là les regrets ne serviront à rien…

Quelle est votre chanson préférée ?

La chanson Gnawi de mon père Mqaddame Salem : Salou 3la nabina. A chaque fois que je l’écoute, j’ai des frissons. Et la chanson Gnawi qui me met dans tous mes états, c’est Jangar Mama.  Vous n’avez pas intérêt à me toucher quand j’y entre…

Vous venez en aide aux filles en difficulté à Béchar. Est-ce que le problème diminue ou augmente ?

J’ai été élevée dans cet esprit. Notre porte était ouverte à tout le monde. Je ne peux pas laisser des pauvres filles en proie à des problèmes dans la rue. Une mère célibataire est jetée dans la rue comme une paria ou une inctouchable.  Je ne peux pas aider tout le monde. Beaucoup de filles  sont dans les rues que ce soit à Béchar ou ailleurs en Algérie. Il faut de l’argent pour prendre en charge ces malheureuses.  C’est fou qu’un père ou mère rejette sa fille parce qu’elle a une grossesse non désirée. C’est honteux pour notre société. Résulat de tout ça : pratiquement chaque mois, on trouve un bébé jeté dans la rue que ce soit dans les décharges publiques, dans l’oued, dans des poubelles ou des boîtes…Il faut changer les mentalités. Tout ceci car la fille ne trouve personne pour la soutenir.

Mais l’homme est aussi responsable ?

Oui mais dès que la fille l’informe qu’elle est enceinte, il ferme son portable. Donc, il faut voir la réalité.

Propose recueillis par Samir Ben  Contactez moi

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Prière de prendre note que tout commentaire qui contient des insultes, des propos racistes, islamophobes ou anti-sémites sera systématiquement refusé. Signalez-le moi. Cet espace doit demeurer un lieu de débat contradictoire basé sur le respect de tout un chacun.
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copyright – 2012 – Samir Ben

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