Lettre d’un hallab* de Baraki…

Insultant, méprisant, raciste, révoltant, arrogant, suffisant, enfantin…nauséabond.  Voilà les qualificatifs que je pourrais coller au passage de quelques secondes consacré à Baraki du reportage d’une Web télé algérienne. Ville dans laquelle j’ai grandi et que j’ai quittée il y a quelques années pour aller vivre à Montréal.

Une ville pour laquelle mes parents ont laissé les hauteurs de la capitale pour aller y refaire leur vie – à contre-courant de la tendance en Algérie qui voudrait que plus on avance dans la vie et on réussit plus on se rapproche du centre d’Alger – quel centre d’ailleurs ? le centre du monde, de l’univers au vu de son état actuel ?

*hallab = cave, niais…

Le documentaire en cause, qui paradoxalement devait parler d’amour !, charrie tous les clichés auxquels je suis habitué envers le barakien : sale, attardé, goujat, vulgaire, cave, (dé)branché, écoute de la mauvaise musique, a des goûts kitchs, mange la pizza à la mayonnaise et la hrissa, prend le mini-bus pour aller à Alger quand il peut  (toujours cette fixation du centre !)….

Et cerise sur le gâteau, c’est un voyou mal éduqué qui insulte sa soeur, frappe sa mère, vole son voisin et est abonné au centre de rééducation d’El Harrach. Mais au fond, J’ai l’impression de décrire la réalité de toute la jeunesse algérienne si je me fie à ce que je lis dans les tabloïd porno-islamiste qui ont pignon sur rue.

Violeur

Ce jeune, ne lui demandez d’être gallant avec les filles, car c’est un violeur qui ne sait pas quoi faire d’autre avec une fille…Et si elle est intelligente, elle pourra en profiter au maximum car c’est un hallab.

viol

Oui, j’ai vu tout ça en 3 secondes !  Habituellement, ce genre de préjugés ne m’atteint pas. Mais en 2013, je pense que nous devons dire stop à la stigmatisation de toute une population – il y a plus de 120 000 habitants à Baraki. Cette stigmatisation a de quoi dérouter par ses relents puisés dans la pire tradition coloniale…il ne manque que le « que veulent ces arabes ? » ou un « mama, les arabes !!! ».

Je m’attendais à ce que les nouvelles télévisions (ou en devenir) apportent un peu plus de fraicheur, d’humour et d’impertinence. Mais, je ne sais si c’est par facilié ou par manque de professionnalisme, les concepteurs du reportage ont choisi les courts chemins de la vindicte. Et à propos d’humour « tout est une question de dosage », comme me le dit souvent un ami qui a fait l’école de l’humour à Montréal.

Manque de jugement

Cette équipe de web TV a manqué de jugement, d’éthique et a été irresponsable …en jouant sur le racisme Alger/Banlieue. Ces journalistes auront sur la conscience ce qui peut arriver à la petite inconsciente mal élevée…(j’ai vraiment peur pour elle…n’importe quel con peut commettre l’irréparable et lui faire mal maintenant). J’ai pu discuter avec des gens sages de Baraki. Ils sont outrés par le mépris de cette web télé et les voyous vont en profiter…

Je considère que la première violence, verbale, est venue de ce reportage et du montage qui a été fait des malheureuses déclarations d’une mineure, je suppose. Personne n’est contre la liberté d’expression, mais nous ne vivons pas dans une jungle…

 

Violence envers les femmes

On ne le répétera jamais assez : il ne faut pas prendre à la légère les appels au meurte et au viol lancé sur facebook. Nous sommes en plein dans l’ère de la cyber-inditimidation et du cyber-harcèlement ou n’importe quel petit voyou peut récupérer des informations et des photos d’un compte à la sécurité mal configurée.  Les services de police prompts à contrôler tout ce qui bouge sur les réseaux sociaux, devraient faire leur  travail de prévention de tout dérapage au lieu de faire la Gestapo.

violence

J’ai parcouru les quelques pages facebook  d’appel à  venger l’honneur des gens de Baraki. Tout ce que j’ai trouvé est un ramassis de frustration sexuelle et affective. La violence des propos fait froid dans le dos. Mais, je n’y ai vu que la transposition de comportements réels dans le monde virtuel.

Des comportements que j’ai vus dans la vraie vie. Ainsi, il y a une année, j’ai pris un bus algérois. Le chauffeur ne s’est pas arrêté à la demande d’une fille. Il s’est arrêté deux arrêts plus loin. Quand elle lui a dit « wa3lach khouya ?» il s’est trouvé des hommes dans le bus qui lui ont reproché d’élever sa voix !

Oui, la violence sous toutes ses formes contre les femmes nous fait honte,nous les hommes algériens. Harcèlement dans les bus, drague qui vire à l’insulte, violence verbale, physique et j’en passe. La culture de « elle l’a bien cherché » fait très mal aux filles de mon pays. Les histoires de femmes battues qui ne peuvent pas déposer plainte au commissariat car le policier en poste les en dissuade. J’ai même eu à assister une fois à une scène ou une femme se faisait traiter de pute en plein rue devant un policier.  Oui nos femmes sont mal traitées et n’ont pas ou le dire sauf si elles partent à l’étranger et trouvent des éditeurs prêts à faire de l’argent sur leur dos et sur la réputation de leur pays d’origine.

 

Insulté

Mais au-delà de tout ça, j’ai été insulté par la réaction sur facebook de notre Catherine Breillat nationale (il faut faire appel à google !!!).  Pour elle, le viol est une tradition barakienne. Pas très fort de la part d’une spécialiste des moeurs locales – enfin, je croyais que les cinéastes étaient les ennemis des clichés !

A tout malheur quelque chose est bon. Peut-être que cette polémique mettra à nu le manque de professionnalisme des uns et permettra d’avoir un vrai débat sur la violence faite aux femmes en Algérie.

Par Samir Ben Contactez moi

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Prière de prendre note que tout commentaire qui contient des insultes, des propos racistes, islamophobes ou anti-sémites sera systématiquement refusé. Signalez-le moi. Cet espace doit demeurer un lieu de débat contradictoire basé sur le respect de tout un chacun.
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copyright – 2012 – Samir Ben

14 réponses à Lettre d’un hallab* de Baraki…

  1. lotfi dit :

    Ni le citoyen ni l’Homme ne sont respctés dans notre maghreb.Nous faisons de notre histoire une parade pour refuser le
    changement.

  2. chems dit :

    vous etes genial je Suis une femme de baraki et avant d’etre une femme j’etais une fille de baraki les choses ont bien changé depuis .Les vrais « gents » de baraki ne font paS partie de cette trempe decrite ,mais aller les trouver ils Se cachent pour ne pas Se « souiller »….

    • khaled dit :

      Bonsoir, ce n’est pas vrai, pas à 100%……. les « gens » de baraki existent tjr, moi je suis de baraki, cité récazin et je peux vous assurez que les anciennes familles vivent tjr à baraki, leurs enfants, comme leurs parents sont très éduqués et la majorité d’entre eux ont un niveau d’étude élevé ou respectable. le problème se trouve dans les nouvelles cités crées depuis 5 ans à bentalha et houch mihoub, c’est une véritable décharge humaine « remplis de voyous d’elcarriere de bab el oued, aljazira de bab ezouar,.. », mais ils resteront minoritaires.
      De toute façon la dégradation est a l’échelle nationale, de baraki à hydra en passant par tous les villes algérienne puisque c’est une dégradation des moralités.

  3. El_Arabi_El_Acil dit :

    En vérité, et il est regrettable de le dire, chaque ville est à l’image de Baraki.
    Mais Baraki que je préfère garder en mémoire est celle de l’héroïque ville que j’ai connue durant la glorieuse révolution.
    Ville, pour laquelle se sont sacrifiés nos frères et sœurs à l’image du chahid Djaafar , Benyettou , Senia et tous les anciens, les vrais Barakiens qui ont œuvré pour que ce patelin, non loin de la capitale, soit celui du respect , de la dignité , de l’espoir où il fait bon de vivre.

    Il est vrai que , et comme vous le dites si bien dans votre article : le civisme, le savoir-être et le savoir-faire ont malheureusement disparu de nos habitudes.

    Je me suis toujours posé la question sur l’absence de vigiles , ces flics qui veillaient sur la sécurité des gens, ces agents qui veillaient à l’hygiène des routes, à l’aspect extérieur des bâtiments… bref des personnes officiellement mandatés pour les autorités locales pour veiller à donner et maintenir une bonne image de la ville.
    Mais, quand nous remarquons l’absence des autorités municipales dans la réfections des voies , quand nous remarquons que des transports en communs ou lourds utilisent, en plein centre de la ville,les Klaxons à vous percer le tympan , quand nous remarquons
    que les commerçants alignent des cartons ou des tables devant leur magasin pour éviter que l’on y stationne, quand l’on remarque qu’une route est barrée par un quelconque habitant qui veut se raccorder à une conduite se trouvant juste de l’autre coté de la chaussée…. tout ceci donne une piètre idée de nos cités, une véritable honte devant tout étranger dans le cas où avez le malheur de le faire venir.
    Disons-le clairement : les APC ne jouent pas le jeu et tant que le laisser-aller et le laisser-faire primeront sur la conscience citoyenne , notre train de vie ira en se dégradant.
    Les coins de rues sont devenus un véritable dépotoir c’est à croire que le souci de nos élus est celui d’engraisser ces rats qui semblent remercier ces élus locaux de penser à eux.

    Mais , en fait, ces élus locaux s’ils sont à la place où ils sont, la faute revient à nous d’abord et avant tout.
    Sur la base de quoi les avons-nous choisis ?
    Quel est leur programme de base ?
    Quelles sont leurs promesses ?
    Où sont leurs promesses s’il y eut des promesses ?

    Chacun s’en fout des élections et, tant que nous , électeurs ne demandons pas des comptes à ces gens , tant que nous les choisissons fonction du copinage et connaissance , chaque parcelle de terrain de notre brave Algérie , demeurera à l’image de Baraki .
    C’est un sujet très sensible sur lequel doit se pencher le Ministère de l’Intérieur et je remercie le frère Samir « Le Montréalais » d’avoir soulevé un point qui me tient à cœur – croyez moi – mais je ne trouve nulle part de répondant.

    El_Arabi_El_Acil
    Blida le : 21/02/2013

  4. khaled dit :

    Bonsoir, merci pour l’article wlid houmti, pour les personnes qui ont une cervelle et qui fonctionne toujours, cet article est le meilleur argument que wled baraki ne sont pas des « halab » ou pire, des voyous -désolé pour le « mot » vulgaire-.

    Le problème est que les médias algériens sont à l’image du peuple, ils ne font pas le rôle d’informer le citoyen, d’éduquer le peuple ou au moins aider à changer ses mauvaises habitudes, au contraire ils participent à la généralisation de la médiocrité.

    pourquoi?………nous savons tous pourquoi!!

  5. Epsilone dit :

    Excellent, excellent…

  6. BENDJERID Hadj Bénaouda dit :

    Kyouya Khaled;je regrette ce n’est pas aux médias d’éduquer le peuple.Si nous prenons du recul:est-ce qu’il y avait des médias dans les années 20,30 et 40.C’était la famille,c’étaient les parents(oncles,tantes etc…)qui dressait TOUT le monde sur le droit chemin,y compris les enfants des voisins.
    Baraki est une image simplifiée de ce qui se passe dans TOUS les patelins algériens.
    J’ai bien peur que cela ne s’aggrave encore perpétuellement.
    RABI YAHFADH EL DJAZAIER et ses enfants.

    • Ahcène dit :

      Oui M Benaouda, seulement les moyens de communications, maintenant, sont autres. La génération actuelle Y est plus portée à échanger avec leurs paires qu’avec les parents, c’est l’ère de l’internet qui rime avec le sensationnel, l’inutile et l’inconscience malheureusement (si jeunesse savait…). Ils ne veulent rien entendre parler de l’ancienne (de notre) éducation.

  7. iferhounene dit :

    j,ai travaillé à Baraki pendant des années. J’ai gardé un souvenir agreable des gens qui y habitent: hommes ,femmes, enfants, commerçants, simples travailleurs. et pourtant je me souveins bien d’avoir eu toutes les peines du monde à obtenir une declaration de perte aupres d’un commissariat de police,pouur un document presque administratif. Baraki c,est la conscience de l,Algerie profonde au coeur de l’Algérie inconsciente, aisée, jouisseuse. Baraki est aussi l’enfant marginalisé d’une famille attirée par le bonheur factice d’une Alger la blanche pour certains

  8. beelhadj dit :

    bonjour je regrette beaucoup l’éducation de la nouvelle génération wallah vraiment c’est la honte malgré que nous sommes des musulmans et des frère et des sœurs nous n avons pas le droit de insulter n’importe qui nous avons les mêmes droits les mêmes devoirs et la honte pour le journaliste de web tv c’est grave wlh ce reportage raconte que la presse algérien loin est très loin professionnalisme des autres t la fin nous espérons tout le bien et le bonheur et la joie et plus de réussite à notre sœur qui est la femme algérienne t frère aussi merci pour l’article

  9. Kamel dit :

    Un désastre ! Et c’est la mère la frangine la fille qui prends pleins pots.Quand aux médias web et autres ,pas tous , ils font dans la provoc ,la peu prés, le tout emballé dans du p.q . Ça joue au pompier et c’est des pyromanes. Nous avons tous un voisin « hallab » ,voir un fils . Dégoûté, je le suis ! Merci pour votre portrait du « hallab ». Yen as même dans les hautes sphères, des « hallabs » .

  10. ALLAOUA EL BARAKI dit :

    MOH DIT
    MOI JE NE VOIS PAS DE QUOI VOUS PARLEZ COMME SI IL YA DES ENDROIT PLUS CHIQUE QUE D AUTRES ARRETEZ CETTE MASCARADE A BARAKI ON NE VOLE PAS LES PORTABLES AU MOIN

  11. NESSNESSE dit :

    Je cherchais à contacter des anciens de mon école d’enfance des années soixante appelée communément Ecole de la place et je suis tombé par hasard sur ces commentaires et avis sur la situation à Baraki et sur les jeunes de Baraki. Franchement, s’agit-il d’une volonté délibérée de diaboliser cette commune. Je connais les gens de Baraki, anciens et nouveaux, j’ai vécu mon enfance à Baraki et à ce jour je rends souvent visite à de la famille et à des amis qui habitent toujours cette commune de plus de deux cent mille habitants.. Une majorité de jeunes occupés surtout à gérer leur problèmes qu’autres chose. La faute revient à celui ou celle qui par leur projection ou dires ont suscité une réaction négative de jeunes « humiliés’ parce que ils habitent à laplace du bien et l’amour.mal et le désaroi Baraki. Si il y a des personnes à blâmer, je crois qu’il faut blâmer ceux qui colportent la haine et la violence à la place de la solidarité et l’amour. Vous qui écrivez si bien les mots semez la paix SVP.

  12. Safia dit :

    Merci beaucoup pour l’article, mais malheureusement Baraki d’autrefois n’existe plus.

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