Que veut le Qatar ?

février 26, 2013

Depuis le déclenchement du printemps arabe, le Qatar,  minuscule Etat dont la superficie est à peine plus grande que celle de la wilaya de Khenchela est de plus en plus présent dans le fil d’actualité.

L’émir du Qatar et son épouse en visite officielle en France en 2009

Que cache cette visibilité ? Est-on en train d’assister à l’émergence d’une nouvelle puissance  régionale au Moyen-Orient qui s’est même permis d’être admise en tant que membre associé dans l’organisation internationale de la francophonie ?

Ou est-ce que ce pays de 1.75 million d’habitants dont 85% sont des étrangers, n’est que le sous-traitant pour une puissance étrangère, les Etats-Unis en l’occurence dans une région ?  Ces derniers possèdent à quelques kilomètres de la capitale Doha leur plus grande base militaire à l’extérieur du sol américain.

La question se pose d’autant plus que les théories conspirationnistes les plus fareflues circulent sur internet : alliance avec les Etats-Unis pour imposer au Moyen-Orient des gouvernements islamistes d’obédience wahabite (un islam radical originaire de l’Arabie Saoudite) afin de redessiner toute la région et préserver les intérêts américains.

Une sorte de refondation de la région tout en donnant un semblant de changement pour contenir les peuples arabes habituellement hostiles aux Etats-Unis, le grand allié d’Israël.

Une autre théorie voudrait que  ce serait, entre autres, à travers la chaîne d’information Al Jazeera, propriété de l’Etat du Qatar,  que les Etats-Unis ont manipulé tous les événements du printemps arabe pour, encore une fois, le redessiner conformément à leurs intérêts…

Et la liste est longue. Mais trêve de théories du complot et regardons de plus près la puissance ou la supposée puissance de cette ancienne colonie britannique qui a accédé à l’indépendance en 1971.

Il est aussi intéressant de voir quel type de relations entretiennent les Etats-Unis  avec le Qatar, pays qui détient les troisièmes réserves de gaz naturel de la planète (1) et qui organisera la coupe du monde de football de 2022 – la version 2010 a été suivie par plus d’un milliard de téléspectateurs dans le monde.

Puissance

La littérature définissant la puissance dans les relations internationale est abondante.  Ainsi, le professeur américain en sciences politiques Samuel Huntington la définit comme  « la capacité d’un acteur, habituellement mais pas forcément un gouvernement, d’influencer le comportement des autres, qui peuvent être ou ne pas être des gouvernants. » (2).

Le géographe français Gérard Dorel en détaille les facteurs : « Une puissance mondiale, c’est un État qui dans le monde se distingue non seulement par son poids territorial, démographique et économique mais aussi par les moyens dont il dispose pour s’assurer d’une influence durable sur toute la planète en termes économiques, culturels et diplomatiques. » (3).

Il est clair qu’en ce qui concerne le Qatar, la puissance dont il s’agit ici doit être prise dans une perspective régionale.

Dans le cas du Qatar, le poids de la démographie et la superficie n’est pas aussi déterminant que l’économie et l’influence médiatique à travers sa chaîne d’information en continu Al Jazeera appelée la CNN arabe. Ainsi, en 2011, le PIB du Qatar s’est élevé à 174 miliards de dollars canadiens. Le taux de croissance enregistré a été de 18.8% la même année avec un taux de chômage nul.

Les données fournies par l’ambassade de  France sont très utiles. On y apprend que les autorités qataries « Soucieuses de rentabiliser les considérables excédents financiers du pays, les autorités qatariennes ont créé en 2005 une autorité publique pour gérer les investissements à l’étranger, la Qatar Investment Authority (QIA).

Fonds souverain

Ce fonds souverain a récemment procédé, via ses filiales Qatar Holding et Qatari Diar, à des opérations remarquées (investissement dans le London Stock Exchange et dans le quartier d’affaires londonien Canary Wharf ; participation dans la Barclays Bank ; rachat du magasin Harrod’s à Londres en mai 2010 ; entrée en 2009 dans le capital de Volkswagen, dans le contexte du rachat de Porsche par cette dernière). »

« Le fonds souverain qatarien Qatar Investment Authority (QIA) compte par ailleurs de nombreux partenariats avec des entreprises françaises et détient des participations dans au moins dix sociétés cotées à la Bourse de Paris dont six appartiennent au CAC 40.

Les participations du Qatar représentent ainsi entre 0,6 et 0,8% de la capitalisation totale des entreprises du CAC 40. Il détient notamment 12,83 % de Lagardère (19 mars 2012), 3% d’EADS (depuis 2008), 1,03% de LVMH, 2 % de Total (3ème actionnaire du groupe), 5 % de Veolia Environnement, 6,5 % de Vinci, 2 % de Vivendi, sans oublier 0,98% de Suez Environnement, 6,39 % de la société des bains de mer de Monaco ou 23,34 % du capital de la Société Fermière du Casino Municipal de Cannes (SFCMC).

Enfin, le Qatar possède d’autres participations en France à travers des organismes publics non rattachés au fonds souverain, notamment 85,73 % de Le Tanneur par Qatar Luxury Group et 100 % de Paris Saint-Germain FC par Qatar Sport Investment (qui a, par ailleurs, acquis pour Al Jazeera plusieurs lots ayant trait à la retransmission de matches de Ligue 1 et de Ligue des champions). », détaille la même source.

Les investissements du Qatar en sport ont particulièrement intéressé les médias. Tous ces détails sont importants et prouvent que l’influence du Qatar est réelle et n’est pas une vue de l’esprit relevant de la thérorie du complot.

Al Jazeera

 Sur le plan médiatique, la force de frappe du petit émirat réside dans sa chaîne d’information Al Jazeera. Créée en 1996 par l’émir du Qatar, Hamad ben Khalifa Al Thani, une année après avoir renversé son père, elle revendique plus de 40 millions de téléspectateurs quotidiens dans le monde. Ajoutés à celà, les différentes reprises dans les médias internationaux et une présence d’une multitude de correspondant dans presque tous les points chauds de la planète. Sa disponibilité gratuitement par satellite en fait le médias le plus écouté dans le monde arabe.

Mais au-delà des chiffres, est-ce que cette chaîne a de l’influence réelle dans le monde et dans le moyen-orient ? Une évidence pour Agnès Levallois, journaliste et ancienne directrice de la chaîne française d’information continue France 24.

Pour elle, « Al Jazeera a un pouvoir réel et un rôle dans le Moyen Orient. Cela a permis au Qatar d’apparaître sur la carte du monde et d’avoir un impact diplomatique, comme CNN et son influence américaine » (4).

François-Bernard Huyghe chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégique (France) abonde dans le même sens : « Tout pays qui veut avoir un poids international doit avoir un poids médiatique », explique-t-il (4).

Tous les investissements cités plus haut particulièrement ceux dans le sport ainsi que cette puissance médiatique trouvent un nom chez Pascal Boniface, directeur de l’IRIS : le soft power qu’on peut traduire par la Puissance douce (concept proposé par géopoliticien américain Joseph Nye en réaction aux thèses évoquant le déclin de la puissance américaine).

« La richesse du Qatar est fragile », estime-t-il (5) du fait qu’elle est tirée exclusivement du pétrole et du gaz. « Cette richesse fragile qui pousse le Qatar à investir dans le sport, par exemple. Vivant dans une zone géopolitique troublée, craignant les appé !@#$%^&* d’une Arabie Saoudite trop proche culturellement et la menace d’un Iran trop éloigné stratégiquement, le Qatar a choisi la diplomatie sportive pour exister sur la carte. », ajoute-t-il.

Comme le Qatar « n’a pas les moyens de se constituer une armée suffisamment forte pour contrer les éventuelles menaces qui pèsent sur lui. Le hard power lui étant interdit, il mise sur le soft power, Al Jazeera et le sport.

Le Qatar mise sur la visibilité du sport et son attractivité pour exister sur la carte et se faire connaître de façon positive dans le monde entier. », estime le directeur de l’IRIS.

Concrètement l’influence d’Al Jazzera s’est mesurée dans le monde arabe à travers sa couverture des mouvements qui ont été déclenché à la fin de 2010 quand  un jeune chômeur tunisien s’est immolé par le feu en réaction à l’injustice qu’il subissait.

Son appui aux révoltes des peuples arabes, a été déterminant dans la chute des dicateurs arabes en Tunisie et en Egypte. Celà s’est transformé en Libye, par exemple, en un rôle actif sur le plan militaire (une première pour ce pays) et humanitaire.

Dans le cas de la Syrie, c’est sous les pressions du Qatar que la ligue arabe a durci sa position vis-à-vis du régime de Bachar al Assad. Le Qatar a, présentement, une réelle main-mise sur la ligue arabe. Le petit pays est aussi impliqué dans le dossier du conflit israélo-palestinien.

Les Etats-Unis

Le Qatar n’est pas seul. Les Etats-Unis sont son plus grand allié. Il accueille sur son sol une base militaire américaine qui abrite un quartier général avancé du CENTCOM qui assure la responsabilité des opérations militaires en Irak et en Afghanistan ainsi qu’au Moyen-Orient et en Asie centrale.

Les Etats-Unis et le Qatar ont signé en 1992 des accords de défense qui donne à l’armée américaine une capacité de projection (frappe) sur l’ensemble du Proche-Orient, le Bassin de la mer caspienne et l’asie centrale.

D’ailleurs, cette base a servi de point de départ pour les bombardements contre l’Irak en 2003. Cette alliance assure au Qatar sunnite (une branche de l’islam) une protection contre l’Iran chiite et permet aux Etats-Unis d’avoir un pieds à terre en face d’un ennemi à contenir.

Certains voient l’appui du Qatar au printemps arabe comme une volonté des Etats-Unis d’imposer leur agenda politique qui inclut les islamistes. Or, il ne s’agit pour les Etats-Unis ni plus ni moins que d’éviter «un nouveau 11-Septembre.

Les Etats-Unis sont convaincus qu’il faut qu’un processus de réformes soit engagé dans les pays arabes et que ce processus inclut les mouvements islamistes», analyse David Rigoulet-Roze(6).

Et comme l’Arabie l’Arabie Saoudite a perdu un peu de son influence vis-à-vis des Etats-Unis et dans la région, le Qatar « estime », que c’est le moment idéal pour remplir ce vide de puissance.

Par Samir Ben Contactez moi

Bibliographie :

1 – Site du ministère français des affaires étrangères : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo/qatar/presentation-du-qatar/

2 – Why International Primacy Matters. International Security, Vol. 17 No. 4 (Spring, 1993) pp. 68-83.

3 – La Puissance des États (La Documentation française, 1998).

4 – Intervention à l’Institut du Monde arabe (Paris-France) – http://www.imarabe.org/jeudi-ima/medias-arabes-nouveau-regard-ou-nouvelles-realites

5 – Blogue du directeur de l’IRIS, Pascal Boniface – http://pascalbonifaceaffairesstrategiques.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/01/29/le-qatar-hyper-puissance-du-sport.html

6 – http://www.slate.fr/story/51093/qatar-diplomatie

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Affaire SNC Lavalin : Qui est Farid Bedjaoui ?

février 23, 2013

Le quotidien Montréalais La Presse a enquêté sur Farid Bedjaoui, le neveu de l’ancien ministre algérien des affaires étrangères Mohamed Bedjaoui au centre de l’affaire de corruption impliquant Saipem, une filiale de l’italeine ENI et Sonatrach.

Vivant entre Dubai et Montréal, il a aussi aidé la compagnie canadienne SNC Lavalin à avoir des contrats avec la compagnie nationale des hydrocarbures pour un montant d’un milliard de dollars.

Farid Bedjaoui

L’homme de 44 ans, détient 3 nationalités (algérienne, française et canadienne…).

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La vie dorée de Farid Bedjaoui

(par Isabelle Hachey et Fabrice de Pierrebourg…)

Issu d’une famille aisée et influente, Farid Bedjaoui a toujours mené une vie dorée, de Majorque, en Espagne, à Paris, en passant par Dubaï et surtout Montréal, base actuelle du clan familial, où serait investie une grande partie de sa fortune… (Lire la suite sur le journal La Presse)

Par Samir Ben Contactez moi

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Lettre d’un hallab* de Baraki…

février 23, 2013

Insultant, méprisant, raciste, révoltant, arrogant, suffisant, enfantin…nauséabond.  Voilà les qualificatifs que je pourrais coller au passage de quelques secondes consacré à Baraki du reportage d’une Web télé algérienne. Ville dans laquelle j’ai grandi et que j’ai quittée il y a quelques années pour aller vivre à Montréal.

Une ville pour laquelle mes parents ont laissé les hauteurs de la capitale pour aller y refaire leur vie – à contre-courant de la tendance en Algérie qui voudrait que plus on avance dans la vie et on réussit plus on se rapproche du centre d’Alger – quel centre d’ailleurs ? le centre du monde, de l’univers au vu de son état actuel ?

*hallab = cave, niais…

Le documentaire en cause, qui paradoxalement devait parler d’amour !, charrie tous les clichés auxquels je suis habitué envers le barakien : sale, attardé, goujat, vulgaire, cave, (dé)branché, écoute de la mauvaise musique, a des goûts kitchs, mange la pizza à la mayonnaise et la hrissa, prend le mini-bus pour aller à Alger quand il peut  (toujours cette fixation du centre !)….

Et cerise sur le gâteau, c’est un voyou mal éduqué qui insulte sa soeur, frappe sa mère, vole son voisin et est abonné au centre de rééducation d’El Harrach. Mais au fond, J’ai l’impression de décrire la réalité de toute la jeunesse algérienne si je me fie à ce que je lis dans les tabloïd porno-islamiste qui ont pignon sur rue.

Violeur

Ce jeune, ne lui demandez d’être gallant avec les filles, car c’est un violeur qui ne sait pas quoi faire d’autre avec une fille…Et si elle est intelligente, elle pourra en profiter au maximum car c’est un hallab.

viol

Oui, j’ai vu tout ça en 3 secondes !  Habituellement, ce genre de préjugés ne m’atteint pas. Mais en 2013, je pense que nous devons dire stop à la stigmatisation de toute une population – il y a plus de 120 000 habitants à Baraki. Cette stigmatisation a de quoi dérouter par ses relents puisés dans la pire tradition coloniale…il ne manque que le « que veulent ces arabes ? » ou un « mama, les arabes !!! ».

Je m’attendais à ce que les nouvelles télévisions (ou en devenir) apportent un peu plus de fraicheur, d’humour et d’impertinence. Mais, je ne sais si c’est par facilié ou par manque de professionnalisme, les concepteurs du reportage ont choisi les courts chemins de la vindicte. Et à propos d’humour « tout est une question de dosage », comme me le dit souvent un ami qui a fait l’école de l’humour à Montréal.

Manque de jugement

Cette équipe de web TV a manqué de jugement, d’éthique et a été irresponsable …en jouant sur le racisme Alger/Banlieue. Ces journalistes auront sur la conscience ce qui peut arriver à la petite inconsciente mal élevée…(j’ai vraiment peur pour elle…n’importe quel con peut commettre l’irréparable et lui faire mal maintenant). J’ai pu discuter avec des gens sages de Baraki. Ils sont outrés par le mépris de cette web télé et les voyous vont en profiter…

Je considère que la première violence, verbale, est venue de ce reportage et du montage qui a été fait des malheureuses déclarations d’une mineure, je suppose. Personne n’est contre la liberté d’expression, mais nous ne vivons pas dans une jungle…

 

Violence envers les femmes

On ne le répétera jamais assez : il ne faut pas prendre à la légère les appels au meurte et au viol lancé sur facebook. Nous sommes en plein dans l’ère de la cyber-inditimidation et du cyber-harcèlement ou n’importe quel petit voyou peut récupérer des informations et des photos d’un compte à la sécurité mal configurée.  Les services de police prompts à contrôler tout ce qui bouge sur les réseaux sociaux, devraient faire leur  travail de prévention de tout dérapage au lieu de faire la Gestapo.

violence

J’ai parcouru les quelques pages facebook  d’appel à  venger l’honneur des gens de Baraki. Tout ce que j’ai trouvé est un ramassis de frustration sexuelle et affective. La violence des propos fait froid dans le dos. Mais, je n’y ai vu que la transposition de comportements réels dans le monde virtuel.

Des comportements que j’ai vus dans la vraie vie. Ainsi, il y a une année, j’ai pris un bus algérois. Le chauffeur ne s’est pas arrêté à la demande d’une fille. Il s’est arrêté deux arrêts plus loin. Quand elle lui a dit « wa3lach khouya ?» il s’est trouvé des hommes dans le bus qui lui ont reproché d’élever sa voix !

Oui, la violence sous toutes ses formes contre les femmes nous fait honte,nous les hommes algériens. Harcèlement dans les bus, drague qui vire à l’insulte, violence verbale, physique et j’en passe. La culture de « elle l’a bien cherché » fait très mal aux filles de mon pays. Les histoires de femmes battues qui ne peuvent pas déposer plainte au commissariat car le policier en poste les en dissuade. J’ai même eu à assister une fois à une scène ou une femme se faisait traiter de pute en plein rue devant un policier.  Oui nos femmes sont mal traitées et n’ont pas ou le dire sauf si elles partent à l’étranger et trouvent des éditeurs prêts à faire de l’argent sur leur dos et sur la réputation de leur pays d’origine.

 

Insulté

Mais au-delà de tout ça, j’ai été insulté par la réaction sur facebook de notre Catherine Breillat nationale (il faut faire appel à google !!!).  Pour elle, le viol est une tradition barakienne. Pas très fort de la part d’une spécialiste des moeurs locales – enfin, je croyais que les cinéastes étaient les ennemis des clichés !

A tout malheur quelque chose est bon. Peut-être que cette polémique mettra à nu le manque de professionnalisme des uns et permettra d’avoir un vrai débat sur la violence faite aux femmes en Algérie.

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