Le chanteur kabyle Mohamed Allaoua était programmé à Montréal pour début septembre. Mais son concert a été décallé pour ce soir à cause d’une heureuse raison familiale !
L’organisateur, NCP spectacles Montréal, nous a habitués aux gros câlibres de la chanson algérienne (on se rappelle du dernier concert de Takfarinas à Montréal).
On lui reconnaît aussi la bonne organisation.
Lire dans ce qui suit la contribution de La journaliste Djamila Addar qui a assisté au spectacle :
Le chanteur kabyle Mohammed Alloua a été l’invité du NCP en ce 10 novembre 2012. Il a chanté devant plus de 2000 personnes au centre Pierre Charbonneau de Montréal. Si la prestation de l’artiste vedette est à la hauteur des attentes de son public, l’organisation de ce genre de méga spectacle mérite d’être améliorée voire revue.
Alloua : la longue attente
Alloua est un grand artiste d’ambiance. Il s’est démarqué des autres chanteurs de fête par ses belles mélodies et son imposante présence sur scène. « Il a même réussi à détrôner le rai en Kabylie et même ailleurs en Algérie. Je le respecte rien que pour ça », dira Djamal Aissaoui venu spécialement de Gatineau pour partager un moment agréable avec ses amis de Montréal en ce 10 novembre 2012. Donc, ce sont presque 2000 personnes qui se sont déplacées pour voir leur artiste préféré malgré la distance et le froid. Cependant, le spectacle, prévu pour 20h, a été décalé de plus d’une heure. Selon l’organisateur, le spectacle a été décalé pour permettre aux gens coincés à l’extérieur d’arriver à la salle.
D’ailleurs, le public était arrivé au lieu du spectacle bien avant 20h, mais il a été retenu par les tracas du parking de la ville de Montréal et son mode paiement. En effet, on y voit vers 19h, des files impressionnantes devant chaque point de paiement sans oublier la grande file devant l’entrée de la salle Pierre-Charbonneau pour l’achat des billets. Une fois la dette qu’il devait à la ville réglée, le public pressait le pas pour ne pas rater la soirée. Il est déjà 21h passée.
L’ouverture du spectacle a commencé par une série de danses kabyles suivie de deux jeunes chanteurs de rap en playback avant de voir la courte prestation de Rezki Grim. Ce dernier qui allait entamer sa deuxième et dernière chanson a été interrompu pour on ne sait quelle raison.
L’artiste, d’un calme exemplaire, a salué le public et quitta la scène. Contacté par nos soins au lendemain du spectacle, il dira : « Je ne comprends pas ce qui s’est passé. C’est la première fois qu’une telle chose m’arrive. Aucun artiste ne mérite ce que ces organisateurs ont fait ».
Mouloud Kacher, l’un des membres de NCP, organisateur de l’évènement, dira : « Rezki Grim est un artiste que je respecte beaucoup. J’ai même joué de la musique avec lui. Nous étions serrés dans le temps. Il y avait trop de pression de la part du public. Donc, il fallait que Alloua commence ».
Zahia Belaid qui a animé modestement la soirée, car visiblement dépassée par la tournure des évènements, a annoncé d’une façon expéditive l’entrée de Alloua. Le public respire et explose en même temps que les instruments de musique et la voix de leur vedette. C’était la symbiose totale entre le chanteur et son public.
Les fans chantaient en chœur avec Alloua et parfois, l’artiste laissait le public reprendre des couplets de ses chansons en les écoutant avec admiration et reconnaissance. Les deux dernières heures étaient extraordinaires.
L’autre culture à l’honneur
Parallèlement au spectacle, plusieurs personnes ont échangé quelques propos avec l’écrivain Karim Akouche qui dédicaçait des exemplaires de son dernier roman ‘’ Allah au pays des enfants perdus’’ aux acheteurs.
Il y’avait également le poète, écrivain et parolier Lhacène Ziani qui a présenté ses œuvres. Le peintre Kamel Benijer a quant à lui exposé ses toiles : « J’en ai vendu quelques unes », a-t-il souligné avec sa bonne humeur légendaire.
Il y avait enfin Mehana Amrani, universitaire et écrivain, qui a exposé son dernier livre sur ‘’La poétique de Kateb Yacine’’ : « S’il n’y avait pas les massacres du 8 mai 1945, disait Kateb Yacine, je serais resté un poète obscur. Kateb Yacine a choisi de faire de son propre vécu traumatique un poste d’observation des événements qui agitaient alors le monde colonial. Il construit, en mimant le modèle sociologique de l’observation participante, une sorte de poétique participante. Ce livre se propose justement de mettre au jour les facettes de cette poétique en montrant qu’elle est largement alimentée par une si singulière autobiographie. », pourrait-lire dans la présentation de l’ouvrage édité par L’Harmattan. Une œuvre sur laquelle on reviendra sous peu.
Encore un effort messieurs les organisateurs!
Dans toutes les cultures du monde, il y a des genres musicaux pour tous les goûts. Ce qui est tout à fait normal voire légitime. Cette année 2012, la communauté kabyle a été bien servie. Nouara et Ait Menguellet à l’Olympia pour les amoureux du verbe et des mélodies douces et apaisantes. Ali Amrane au théâtre Le Château pour les fous du rock et du métissage culturel et enfin Takfarinas, Rabah Asma et Alloua pour les âmes dansantes ou les fêtards. Chaque évènement, en ce qui concerne ces trois derniers artistes, a eu ses moments de succès, mais aussi son lot d’imperfections. En effet, avec un peu de recul, le succès de chaque spectacle revient définitivement à la prestation de l’artiste vedette. Les imperfections quant à elles, elles relèvent systématiquement de la gestion des organisateurs, du choix des salles notamment et de l’attitude du public. Attiré par la qualité de l’artiste et rongé par la nostalgie et l’exil, ce dernier se rue la tête baissée vers les spectacles. Donc, de ce point de vue, les organisateurs pourraient être satisfaits. Cependant, à la fin de chaque dit spectacle, les gens expriment leur frustration et leur mécontentement quant à la qualité de l’organisation et/ ou de la salle choisie.
D’abord, le spectacle de Takfarinas organisé par le NCP. Plus de 4000 personnes ont été voir cet artiste dynamique et sympathique au collège Marie Victorin. La prestation de Tak était magnifique, mais le désordre régnait en maître absolu dans le grand espace. Les enfants courraient dans tous les sens, les vas-et-viens étaient tellement nombreux et bruyants que certaines personnes avaient décidé de rentrer chez elles. « C’en était trop! », diraient deux femmes qui voulaient apprécier en paix le spectacle. Ensuite, le spectacle de Rabah Asma au CEGEP Ahunstic. Organisé l’Association des Berbères du Canada, cet évènement a également frustré le public. L’organisateur a choisi une salle dépourvue de piste de danse. Les inconditionnels de la danse kabyle ont investi la scène pour danser. Ce qui a failli provoquer l’irréparable et qui a indisposé l’artiste pendant un moment. Ajouter à cela, cette mauvaise habitude de certains parents de laisser leurs enfants jouer ou même dormir n’importe où et auprès de n’importe qui sans se soucier de ce qui pourrait leur arriver. Un spectateur a affirmé qu’un enfant de 3 ans avait dormi à côté de sa femme pendant 20 minutes sans que ses parents ne s’en rendent compte : « Heureusement qu’on n’a pas encore de pervers dans notre communauté », dira-t-il. À une spectatrice de rajouter : « Une maman que je ne connais même pas, m’a demandé de garder son bébé pour qu’elle puisse aller danser ». Et enfin, le show de Alloua. Ce dernier a une immense piste de danse, mais le désordre a également régné.
Le public qui est venu pour s’éclater a subi une série de failles, notamment le retard et l’incident qui a provoqué une brève panique devant la scène où des mamans et des enfants courraient dans tous les sens. Ce qui l’a écœuré au plus haut point.
Mouloud Kacher dira : « L’organisateur n’est pas responsable du parking qui relève de la ville de Montréal et non pas du Centre Pierre Charbonneau. La bagarre qui a eu lieu a été maitrisée par le service de sécurité. D’ailleurs, celui qui a fracassé le nez à un homme devant sa femme est devant la justice. Il y a certes des imperfections, mais on apprend toujours de nos erreurs ».
En somme, les organisateurs de ce genre d’évènement doivent améliorer leur gestion pour offrir des prestations de qualité. Aussi, le public doit faire sa part et se comporter comme tous les publics qui consomment la culture. Si le fait de ramener des enfants en bas âges nous renvoient aux fêtes des villages kabyles, la discipline et le respect des spectateurs qui aspirent apprécier des moments de détente doivent être de mise. À méditer!
Djamila Addar
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