Le Canada agacé par la campagne électorale sur son territoire

avril 17, 2014

Le gouvernement canadien suit de très près l’élection présidentielle algérienne. Et ce n’est pas pour les raisons qu’on croit a priori.

C’est le déroulement de la campagne électorale elle-même sur le sol canadien et la présence de comités de soutien pour trois candidats (Bouteflika, Benflis et Belaid) qui a fait réagir le ministère des affaires étrangères du pays de l’érable.

La camionnette du comité de campagne de Bouteflika à Montréal

La camionnette du comité de campagne de Bouteflika à Montréal

« Le ministère s’attend à ce que tous les États étrangers respectent rigoureusement la politique canadienne en matière d’élections étrangères», a rappelé, dans une déclaration à El Watan Montréal, Béatrice Fénelon, une porte-parole du même département.

Cette politique permet le vote dans les enceintes diplomatiques (consulats et ambassades) mais « n’autorise pas les gouvernements étrangers à tenir des campagnes électorales sur son territoire ni à y créer des partis ou des mouvements politiques. ».

Comme ces activités émanent des staffs des candidats eux-mêmes, les diplomates algériens ne peuvent être tenus pour responsables. «Nous continuons de suivre la situation de près. », a conclu la porte-parole.

La mise au point fait suite aussi à l’ouverture de permanences électorales ainsi que, dans le cas de Bouteflka, la présence de véhicules repeints avec les portraits du président sortant et qui sillonnent les rues de Montréal

Sur les 100 000 Algériens du Canada, près de 15 000 sont inscrits sur les listes électorales du consulat général d’Algérie à Montréal et de l’ambassade d’Algérie à Ottawa.

 

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Montréal et la camionnette de Bouteflika

avril 15, 2014

On vote à Montréal et à Ottawa depuis samedi dernier. Le vote anticipé de la diaspora au Canada se poursuivra jusqu’à jeudi, jour d’élection présidentielle en Algérie.

Bureau de vote - Consulat d'Algérie - Montréal

Bureau de vote – Consulat d’Algérie – Montréal

Pas grand monde, toutefois, au permier jour, bien que ce soit un samedi. A peine 3% des 11 000 inscrits à Montréal. A la dernière élection présidentielle de 2009,près de 30 % des électeurs sont allés voter.

Le taux de participation est encore plus bas pour les législatives. Il était d’à peine un peu plus de 8 % en 2012, moins que les 14%  de 2007.

Il est vrai que les électeurs algériens abordent différemment l’élection présidentielle. Mais ce serait sans compter sur le refus du 4ème mandat d’un président malade et le front du boycott que symbolise le mouvement Barakat en Algérie et à Montréal.

camionnette_bouteflika_montreal

Surprise. On peut croiser dans les rues de Montréal deux camionnettes et un véhicules utilitaire 4×4 repeints avec des portraits et des slogans de Bouteflika. « Hallucinant », me fait remarquer une dame d’origine algérienne rencontrée devant le consulat d’Algérie.

 

Le local d’Ali Benflis

Si le comité de Bouteflika s’est suffi de sillonner les rues de Montréal, le comité de campagne d’Ali Benflis s’est doté de deux permanences électorales.

Permanence électorale d'Ali Benflis au Petit Maghreb - Montréal

Permanence électorale d’Ali Benflis au Petit Maghreb – Montréal

Permanence électorale d'Ali Benflis au Petit Maghreb - Montréal

Permanence électorale d’Ali Benflis au Petit Maghreb – Montréal

La première est implantée au cœur du Petit Maghreb de Montréal, une artère commerciale de la métropole québécoise. La deuxième est à Ottawa.
Une soirée électorale, ouverte à tous les membres de la communauté, a été organisée la semaine dernière par le comité de l’ex-chef du gouvernement.
A noter aussi que le candidat du Front Almoustakbal, Abdelaziz Belaid dispose d’un comité de soutien.

 

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Les Mozabites du Canada demandent l’intervention de l’armée à Ghardaia

avril 14, 2014

Le Cercle des Ibadhites mozabites du Canada vient de lancer un appel au Président algérien, actuel et celui qui sortira du scrutin du 17 avril, à faire intervenir l’armée pour rétablir l’ordre public à Ghardaïa.

CIMC

Selon le communiqué du Cercle, en cette veille d’élection, le Mzab est « sous le contrôle des bandes criminelles organisées qui ne laissent rien sur leur passage.»

L’appel fait suite à celui des notables Ibadhites de Ghardaïa et lancé en début de semaine. Les Mozabites du Canada demandent l’intervention des troupes spéciales de l’armée algérienne, car « les citoyens de la vallée du Mzab vivent des conditions de guerre et d’insécurité », ajoute le Cerle des Ibadhites, une association basée à Montréal et créée il y a une dizaine d’années.

Le déploiement d’hôpitaux de campagne et d’unités militaires mobiles de soins est l’autre revendication des Mozabites du Canada. «  Des personnes ont été assassinées. Des centaines de familles sont sans abris et des milliers de blessés », déplorent-ils.

Ils n’hésitent pas à demander à l’armée d’utiliser la force pour « réprimer toute tentative de troubler l’ordre public ou d’atteinte aux bien ou aux personnes » ainsi que « l’arrestation musclée de toute personne impliquée dans les agressions, les vols, le pillage ou l’incitation à la violence ».

Le groupe demande à l’armée algérienne de sécuriser les routes nationales 1 et 49 sur lesquelles plusieurs citoyens ont été attaqués. « Les rues et les routes ne sont plus sécurisées. Quitter son domicile à Ghardaïa est devenue une aventure mortelle», poursuit le communiqué de la diaspora mozabite.

Le président du Cercle des Ibadhites mozabites du Canada, Yacine Daoud Tizeggahine affirme que depuis le début des événements, son groupe est en contact permanent avec les gens de Ghardaïa. Il explique que Le Cercle n’a pas pris part aux actions de soutien aux Mozabites organisées à Montréal pour la simple raison qu’il ne connaissaitt pas « l’agenda et les motivations des organisateurs ».

Il trouve, par ailleurs, aberrant qu’on puisse vivre ces événements en 2014. « Prenez l’exemple du Québec. Plusieurs ethnies et croyances cohabitent sans heurts. Pourquoi ce ne serait pas possible en Algérie, avec tous les moyens dont elle dispose ?», conclut-il.

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Le Parti québécois entraîne dans sa chute les candidat(e)s d’origine algérienne

avril 9, 2014

 Le verdict des urnes est sans appel en démocratie. Tous les candidats d’origine algérienne qui se présentaient à l’élection provinciale de lundi dernier pour le compte du Parti québécois (PQ), ont subi un échec cuisant à l’image de la défaite de cette formation politique.

Djemila Benhabib, candidate du PQ dans Mille-Iles (Laval)

Djemila Benhabib, candidate du PQ dans Mille-Iles (Laval)

Ainsi Djemila Benhabib qui était dans la course pour la deuxième fois au nom du PQ et qui est une ardente défenseur du fameux projet de charte des valeurs québécoise a été battue par plus de 8 000 voix dans Mille-Iles dans la périphérie nord de Montréal.

Le projet devait interdire le voile dans la fonction publique et parapublique et pour toute compagnie ou organisme qui fait affaire avec l’Etat.

Yasmina Chouakri a perdu par près de 9 000 voix de différence dans Anjou-Louis Riel (Montréal) où réside une communauté maghrébine.

Leila Mahiout a été battue par plus de 12 000 voix  dans Bourassa-Sauvé (Montréal).Et Rachid Bandou, dans le comté de Saint-Laurent, a perdu par plus de 27 000 voix.

Le PQ avait annoncé en grande pompe la candidature de ces Québécois d’origine algérienne. Mais vu qu’il les a envoyés se battre dans des châteaux forts tenus par des ténors du Parti libéral du Québec (PLQ), il y avait de quoi se demander si le PQ ne les envoyait pas à l’abattoir. Des poteaux, dans le jargon électoral québécois.

Missila Izza, une Québécoise d’origine algérienne et étudiante en Sciences politiques, trouve que « c’est très insultant de qualifier de ‘poteaux’ des gens qui s’impliquent en politique québécoise alors que certains voudraient garder cela fermé aux ‘Québécois de souche’. Cela donne le même résultat que le racisme »

Youcef Bendada, un économiste qui ne peut être décrit comme islamiste ou idiot utile pour les islamistes, a déjà soutenu Djemila Benhabib l’auteure de Ma vie à contre-coran à l’élection de 2012 quand elle se présentait pour le PQ à Trois-Rivières (140 Km à l’Est de Montréal).

Mais depuis que ce parti a entamé une « mue identitaire » et a commencé « à taper sur les minorités et les musulmans sans aucune distinction pour se faire du capital électoral », il a déchiré sa carte d’adhérent.

« Je peux vous dire que je connais parfaitement les trois candidates. Ce sont des intellectuelles de haut calibre. Leurs bagages universitaires et leur expérience feront rougir de honte plus de 80% des membres des assemblées élues au Québec et au Canada. Les circonscriptions ‘réservées’ à nos compatriotes ne sont pas gagnées d’avance. Le défi est lourd. Dans ces trois  circonscriptions résident des milliers de musulmans», affirmait-il pendant la dernière campagne électorale.

Pour l’animateur radio Lamine Foura « la candidature poteau ne pose pas problème en elle-même. J’ai du respect pour leur courage de sauter en politique. Dans le contexte actuel, ce qui dérange, c’est le discours autour de ces candidatures ».

« Quand je vois Mr Lisée et Mr Drainville [des ministres vedettes du PQ, NDLR] prétendre qu’elles sont venues pour battre les libéraux dans leurs fiefs, je trouve ceci insultant à l’intelligence de la communauté et des candidat(e)s. Ca démontre une maladresse politique et même une malhonnêteté intellectuelle », ajoute-il.

« Je leur dis, si réellement comme ils le prétendent, ils veulent protéger la femme musulmane et d’assurer l’égalité homme-femme, ils auraient pu leur céder leurs comtés gagnants. Ils auraient cloué le bec à tout le monde ! », disait-il au mois de mars dernier.

 

Mobilisation des Québécois d’origine maghrébine

 

Le PQ présentait ces candidats comme les messagers et les interprètes, pour la communauté d’origine, de son défunt et controversé projet de charte des valeurs québécoises.

Dans ses réponse à El Watan, la Première ministre sortante, Pauline Marois, disait que ces candidats « voulaient s’impliquer à cette élection pour mieux expliquer la charte des valeurs dans des circonscriptions où les néo-Québécois sont nombreux. ».

Apparemment leur message n’est pas passé. L’élection québécoise de 2014 restera pour l’Histoire comme étant l’une de celles qui auront vu une forte participation maghrébine et donc algérienne

Crédités habituellement d’un taux de participation oscillant entre 10 et 20%, les Maghrébins auraient voté dans une proportion entre 50 à 60% selon des médias québécois. Une hausse de 400%. L’enjeu de la charte des valeurs y a beaucoup joué.

Paradoxalement, cette mobilisation n’a pas servi les candidats d’origine algérienne. Elle les aurait même desservis dans certains cas.

Il y a eu de la mobilisation contre ce projet de loi, qui même si le principe de la laïcité mis de l’avant ne peut être contesté, a été mal présenté et a ouvert la porte à des dérapages islamophobes et racistes.

Le gouvernement sortant, bien qu’il s’en défende, donnait l’impression de laisser aller les choses, tant que des gains électoraux peuvent être réalisés.

Ce projet de charte et le débat autour a été vécu comme une injustice par beaucoup de femmes qui portent le voile et leur entourage.

Considérées comme des intégristes par ceux et celles qui viennent du mêmes pays d’origine et qui savent bien qu’il y a autant de raisons de le porter que de femmes qui le portent, certaines se sont retrouvées invectivées dans la rue, soumises à un stress dans le travail à cause des menaces de licenciement que faisait planer le projet de charte.

Il est clair que cette situation a fait le bonheur des « vrai-e-s » intégristes qui ont essayé de se présenter comme les défenseurs de ces femmes.

« Ce qui est navrant, c’est qu’en choisissant la charte des valeurs dans sa version actuelle, elles devront (je pense à Yasmina Chouakri et Leila Mahiout) se passer du soutien d’une partie de leur communauté, puisque celle-ci a entamé une campagne de mobilisation contre la charte. », affirmait à El Watan l’écrivaine Zehira Houfani en pleine campagne électorale.

Les raisons de cette défaite sont aussi celles de tout le PQ. « Même si les Québécois appuyaient la Charte, ils n’ont certainement pas aimé la façon dont Mme Marois, en jouant de façon scandaleuse sur le terrain de l’extrême droite européenne, a voulu miser sur la division. Elle a été punie, et elle le méritait», affirme le chroniqueur Alain Dubu du quotidien La Presse.

Ce jeu a été illustré, entre autres, par les déplorables sorties racistes de l’écrivaine et ancienne journaliste Janette Bertrand..

Celle-ci affirmait « avoir peur de se faire soigner par une femme portant le voile car dans sa religion, on laissait mourir les vieux ». En pleine campagne électorale pour le PQ, elle rajoutait qu’elle avait peur que ses voisins, des hommes musulmans, allaient, peut-être un jour, lui interdire l’accès à la piscine de son immeuble !

Il est facile de comprendre aussi que dans l’électorat d’origine maghrébine, quand ces candidates s’affichent avec Janette Bertrand, elles n’aidaient pas leur cause. D’où, certainement le résultat.

 

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Elections au Québec : Le peuple Québécois rejette le discours islamophobe

avril 8, 2014

Le virage identitaire et la perspective d’un référendum sur l’indépendance de la province canadienne ont fini par avoir raison du Parti québécois. Le parti libéral a remporté une nette majorité qui lui donne le pouvoir pour les quatre prochaines années.

Philippe Couillard, le nouveau Premier ministre du Québec

Philippe Couillard, le nouveau Premier ministre du Québec

 

 

Le parti libéral du Québec (PLQ) a remporté les élections législatives avec 70 sièges sur les 125 que compte l’Assemblée provinciale. Son chef Philippe Couillard  succédera à Pauline Marois dont le Parti est relégué dans l’opposition après 18 mois de règne.

Le Parti québécois (PQ) obtient 30 sièges suivi de la Coalition Avenir Québec (CAQ) avec 22 sièges et Québec solidaire qui récolte trois sièges.

La première ministre sortante a, elle-même, perdu son siège à l’Assemblée et a présenté sa démission de la tête de son parti.

La campagne électorale qui a commencé officiellement il y a un peu plus d’un mois a débuté réellement en septembre dernier. A cette époque le gouvernement sortant a présenté son projet de Charte des valeurs québécoises. Il devait, selon le PQ, baliser les demandes d’accommodements religieux., entre autres

En effet, la législation canadienne permet de déroger aux règlements et lois, sous certaines conditions pour des motifs religieux ou autres comme dans le cas des personnes handicapées. Pour les opposants à ces dérogations, les musulmans abuseraient de ces droits. Une affirmation qui ne résiste pas à l’épreuve des faits, selon plusieurs acteurs et observateurs québécois.

C’est tout ce débat qui a animé le Québec depuis 2006 qui semble avoir pris fin ou une pause hier avec la défaite cuisante du PQ.

Bien que tout le monde semblait d’accord pour rajouter quelques balises à ces accommodements, il restait un point dans le projet de charte qui ne faisait pas consensus : l’interdiction du voile dans la fonction publique, para-publique et pour toute entreprise qui ferait affaire avec l’Etat. – Dans certains cas, ce projet de loi donnait même la possibilité aux gestionnaires des services de garde d’enfants d’interdire la nourriture halal.

Finalement, c’est l’interdiction du voile, et d’autres raisons bien sûr, qui semble avoir emporté le gouvernement sortant.

« Les électeurs ont dit un non retentissant à la possibilité, même ténue, d’un troisième référendum sur l’indépendance du Québec. Ils ont aussi rejeté la charte de la laïcité, projet phare du gouvernement Marois. », affirme l’agence de Presse canadienne.

Les dérapages xénophobes et islamophobes qui ont entouré les débats depuis huit mois, les insultes et les agressions verbales auxquelles étaient soumises des femmes portant le voile et largement couverts par les médias québécois, ont installé un climat d’islamophobie digne de l’Europe.

Dans un entretien accordé à El Watan pendant la campagne électorale, Omar Aktouf, professeur à HEC Montréal, affirmait que « le PQ joue sur le terrain de la terreur identitaire à l’instar des Front National en France et l’ensemble de l’extrême droite européenne ». Il trouve que ce parti n’est plus ce qu’il était et détourne l’attention du peuple des vrais enjeux et lui désigne un ennemi imaginaire : le musulman. Les stratèges du PQ auraient tablé sur l’islam bashing pour faire avancer leur agenda.

Le président et co-porte parole de Québec solidaire, Andrés Foncticella, nuance en affirmant que « la grande majorité des membres du PQ ainsi que son électorat partage des idéaux de justice et tolérance devant la diversité. Il est donc d’autant plus étonnant que la direction de ce parti ait privilégié cette voie».

La position inclusive de Québec solidaire, parti de gauche, rappelle que l’indépendance du Québec n’est pas une exclusivité du PQ. Le mouvement souverainiste n’était pas dans sa totalité avec le projet de charte.

De son côté, le vainqueur de ces élections, Philippe Couillard, qui devient le nouveau Premier ministre avait mis de l’avant ce point en appelant, sur les colonnes d’El Watan, les Québécois d’origine maghrébine à voter pour un « Québec sans discrimination ».

Ali Kaidi, détenteur d’un doctorat en philosophie et l’un des membres fondateurs de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL) lance une alerte à propos du concept d’islamophobie.

« Pour moi, islamophobie est une nouvelle phobie inventée, défendue et promue par des islamistes dans le but d’empêcher la critique et le débat sur des questions sociétales qui ont des relations avec la religion. Ainsi, après avoir fermé le débat à l’intérieur de la communauté musulmane en accusant toute critique venant des musulmans eux-mêmes d’apostasie, les voilà maintenant qui essayent avec tous les moyens de fermer toute critique provenant de l’extérieur en l’accusant d’islamophobie», explique-t-il.

Il est rejoint par Aziz Farès, ancienne gloire de la radio algérienne, et producteur radio à Montréal. Pour lui l’islamophobie est un outil entre les mains des intégristes. Ils s’en servent pour intimider et « culpabiliser la société d’accueil »

Le point d’équilibre entre ces différentes positions serait de combattre autant l’intégrisme que l’islamophobie.

L’un des enjeux futur de la communauté est de rester vigilante face aux groupuscules intégristes qui déteignent sur la réputation de milliers de musulmans pratiquants, laïcs ou même athées d’ascendance musulmane.

 

Les Québécois d’origine algérienne

L’élection québécoise de 2014 restera pour l’Histoire comme étant l’une de celles qui auront vu une forte participation maghrébine et donc algérienne.

Crédités habituellement d’un taux de participation oscillant entre 10 et 20%, les Maghrébins auraient voté dans une proportion entre 50 à 60% selon des médias québécois. Une hausse de 400%. L’enjeu de la charte des valeurs y a beaucoup joué.

Paradoxalement, cette mobilisation n’a pas servi les candidats d’origine algérienne. Elle les aurait même desservis dans certains cas.

Les résultats de ces candidats ont suivi ceux de leur parti, le PQ. Ainsi Djemila Benhabib qui se présentait pour la deuxième fois au nom du PQ et qui est une ardente défenseur du projet de charte a été battue par plus de 8 000 voix dans Mille-Iles dans la périphérie nord de Montréal. Yasmina Chouakri a perdu par près de 9 000 voix de différence dans Anjou-Louis Riel (Montréal) où réside une communauté maghrébine. Leila Mahiout a été battue par plus de 12 000 voix dans Bourassa-Sauvé (Montréal). Et   Rachid Bandou, dans le comté de Saint-Laurent, a perdu par plus de 27 000 voix.

 

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« Les immigrants de toutes les croyances religieuses sont et seront toujours les bienvenus au Québec », Pauline Marois, Première ministre sortante du Québec

avril 8, 2014

A quelques heures des élections législatives au Québec la Première ministre sortante, Pauline Marois a répondu aux questions d’El Watan.

L’Emploi chez les Maghrébins, la charte des valeurs québécoises qui interdit le voile dans la fonction publique et para-publique, sont parmi les enjeux qu’elle a abordés.

Elle affirme que la charte des valeurs québécoises si elle est adoptée n’aura pas d’incidence sur l’immigration venant de pays musulmans puisque « les immigrants de toutes les croyances religieuses sont et seront toujours les bienvenus au Québec ».

La Premiére ministre du Québec, Pauline Marois (2eme à partir de la gauche) avec des candidates d'origine algrienne

La Premiére ministre du Québec, Pauline Marois (2eme à partir de la gauche) avec des candidates d’origine algérienne

 

Le taux de chômage chez les Maghrébins du Québec est plus élevé que la moyenne provinciale. Quelles actions allez-vous entreprendre pour remédier à cette situation si les Québécois vous maintiennent au pouvoir ? Quel bilan faites-vous de votre gouvernement sur ce sujet ?

Sous un gouvernement du Parti Québécois, 2013 a été une année record pour l’emploi des immigrants. En un an, nous avons réussi à faire baisser le taux de chômage des immigrants vivant au Québec depuis 5 ans ou moins de 20,8 % en 2012 à 14,6 % en 2013. Durant cette année, 42 000 néo-Québécois ont trouvé un emploi. Il s’agit d’une excellente nouvelle, et nous voulons poursuivre sur cette lancée pour un Québec plus accueillant.

Au cours de cette campagne électorale, le Parti Québécois est le seul parti qui a pris des engagements pour favoriser l’emploi des néo-Québécois. Nous proposons six mesures : Nous nous engageons à réduire à 35 jours ouvrables le délai pour recevoir une évaluation comparative des diplômes, un document souvent essentiel pour obtenir un emploi. À la fin du régime du gouvernement du Parti libéral, ce délai était de plus d’un an.

Nous proposons de négocier avec l’Algérie, la Tunisie et le Maroc des ententes de reconnaissance des compétences professionnelles, ce qui facilitera la reconnaissance des diplômes.

Nous voulons mettre en place un programme d’aide financière pour les immigrants en formation ou en stage.

Nous prévoyons l’adoption d’une nouvelle loi sur l’immigration pour raccourcir les délais de traitement des demandes et mieux préparer les personnes immigrantes avant leur arrivée au Québec.

Nous proposons d’inciter les immigrants à s’établir partout au Québec, dans les régions, car on y trouve de bons emplois.

Nous nous engageons à adopter une politique de lutte contre le racisme et la discrimination destinée au public et plus particulièrement aux employeurs, pour assurer une réussite encore plus grande de l’immigration québécoise.

 

Vous prévoyez d’adopter une charte, qui dans son application irait jusqu’au congédiement des femmes portant un voile et leur fermerait l’accès à des millies de postes par lesquels elles pourraient s’émanciper de la domination masculine et patriarcale. N’est-ce pas paradoxal par rapport aux objecifs annoncés ? et irez-vous jusqu’à refuser les demandes d’immigration aux femmes portant un voile pour éviter des situations difficles, une fois qu’elles arrivent au Québec?

Nous avons mentionné à plusieurs reprises notre volonté de garder tous les employés de l’État, car ce sont des personnes compétentes et appréciées. Il est faux de prétendre que le Parti Québécois souhaite le départ des employés portant un signe religieux. Au contraire, nous sommes le seul parti qui propose une période de transition pour l’application de la charte des valeurs. Cette mesure de transition – d’un an à cinq ans, selon les organismes de l’État –, nous l’avons incluse car nous savons que pour certaines personnes, il faudra du temps pour s’adapter et respecter la loi.

La charte des valeurs et la gestion des demandes d’immigration sont deux dossiers complètement distincts. La charte des valeurs ne contient aucune nouvelle mesure quant aux demandes d’immigration. Les immigrants de toutes les croyances religieuses sont et seront toujours les bienvenus au Québec.

 

Des rapports de presse affirment que votre parti perd des appuis dans la communauté d’origine maghrébine depuis que vous avez proposé au Québécois le projet de charte des valeurs québécoises. Qu’en est-il réellement ?

À l’image de l’ensemble de la population québécoise, les Québécois originaires du Maghreb ont des opinions très diversifiées sur la charte. Affirmer que tous les néo-Québécois s’opposent à la charte est non seulement faux, c’est également porteur de préjugés contre les néo-Québécois. Plusieurs Québécois originaires du Maghreb sont parmi les plus grands partisans de la charte des valeurs. D’ailleurs, le Parti Québécois compte cinq candidats originaires du Maghreb, ce qui est bien davantage que tous les autres partis.

 

Les débats entourant la charte des valeurs, qui sont nécessaires et salutaires dans une démocratie, ont parfois donné lieu à des dérapages islamophobes. Quel est votre message aux musumans et maghrebins du Québec ?

Le Parti Québécois a condamné fermement tout débordement. Plusieurs ministres ont d’ailleurs rappelé que ce débat devait se dérouler dans le calme et le respect de toutes les personnes.

Il est également important de ne pas suivre une logique de deux poids, deux mesures. Très peu de personnes se sont levées pour condamner l’intimidation et le harcèlement dont étaient victimes les Québécois originaires du Maghreb qui appuient la charte des valeurs.

Le Parti Québécois se préoccupe de la lutte contre le racisme, et c’est pourquoi nous avons pris l’engagement d’adopter une politique de lutte contre le racisme et la discrimination destinée au public et aux employeurs pour assurer une plus grande réussite encore de l’immigration québécoise.

Enfin, la laïcité de l’État et la gestion des demandes d’accommodement sont des enjeux importants dont il faut discuter. En ignorant ces questions ou en les rejetant du revers de la main, nous risquons de créer une situation encore plus difficile à gérer à l’avenir.

 

Le Parti Québécois a toujours été en tête quant au nombre de candidats issus de la communauté maghrébine. En 2014, il ne déroge pas à la règle en présentant quatre candidates et un candidat d’origine maghrébine. Le temps n’est-il pas venu de proposer aux candidates et aux candidats des circonscriptions « assurées » ou atteignables?

Yasmina Chouakri, Leila Mahiout, Djemila Benhabib, Évelyne Abitbol et Rachid Bandou sont des candidats de très grande qualité. Ils voulaient s’impliquer à cette élection pour mieux expliquer la charte des valeurs dans des circonscriptions où les néo-Québécois sont nombreux.

Quant à l’importance d’élire des néo-Québécois comme députés, tous les partis doivent faire cette réflexion, car les élus de l’Assemblée nationale représentent encore mal la diversité de la population québécoise.

L’Algérie est le plus gros fournisseur de pétrole pour le Québec. Dans la politique énergétique du Parti québécois, vous visez l’indépendance énergétique (Anticosti, entre autres). Comptez-vous diminuer les importations québécoises du brut algérien dans le futur?

Il était important pour le Québec de reprendre le contrôle de ses ressources naturelles, et c’est ce que nous avons fait en nous engageant pour l’exploration du pétrole sur l’île d’Anticosti. Nous voulons également utiliser l’électricité produite au Québec comme moteur de développement économique et pour l’électrification des transports. Comme toutes les nations, le Québec doit s’engager dans la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre et lutter contre les changements climatiques.

Nous voulons donc diminuer progressivement notre dépendance au pétrole, mais cela ne vise pas plus particulièrement le pétrole produit en Algérie que celui de tout autre pays.

 

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« Le Parti québécois veut gagner les élections sur le dos des musulmans », Andrés Fontecilla

avril 5, 2014

 Le Président et co-porte-parole de Québec solidaire, parti de gauche indépendaniste, Andrés Fontecilla a répondu aux questions d’El Watan à la veille des élections législatives au Québec.

 

Andrés Fontecilla

Andrés Fontecilla

Comme il se présente lui même dans une circonscription mutliethnique de Montréal où réside une communauté d’origine maghrébine, les questions sur la charte des valeurs proposée par le gouvernement sortant étaient inévitables – une loi qui devrait interdire le voile dans la fonction publique et para-pubique et qui se solderait par le congédiement des femmes qui le portent.

 Issu d’une famille chilienne qui a fui la dictaure du général Pinochet pour vivre au québec, Andrés Fontecilla affirme que « le Parti québécois a choisi de s’engager sur une voie extrémiste et radicale sur laquelle il a élaboré sa charte ».

«La Charte des valeurs a ouvert les digues aux discours d’intolérance. Elle a légitimé l’expression d’un discours empreint de xénophobie et d’islamophobie », explique celui qui milite pour la souverainté du Québec.

Il se dit étonné « sur le fait qu’un parti avec une longue tradition social-démocrate, le Parti Québécois, qui a tant fait pour moderniser le Québec, occupe un terrain exploité par la droite et l’extrême droite en France ».

Il nuance toutefois en ajoutant que « la grande majorité des membres du PQ ainsi que son électorat partage des idéaux de justice et tolérance devant la diversité. Il est donc d’autant plus étonnant que la direction actuelle de ce parti ait privilégié cette voie »

Andrés Fontecilla est co-porte-parole de Québec solidaire avec Françoise David, l’arrière petite-fille de l’homme politique et historien, Canadien français Laurent-Olivier David.

Son parti compte deuxz députés à l’Assemblée nationale du Québec qui en ccomtpe 125. Il espère au minimum rajouter un ou deux nouveaux députés.

 

Vous vous présentez dans une circonscription multiethnique qui compte aussi une communauté maghrébine. Cette dernière, selon les statistiques, connait un taux de chômage très élevé par rapport à la moyenne au Québec, que compte faire votre parti pour y remédier ?

La circonscription de Laurier-Dorion, où je présente ma candidature en tant que député, est l’une des circonscriptions les plus multiethniques de la province, avec ses habitants en provenance notamment de l’Asie du Sud-est, de l’Europe, de l’Amérique latine et des pays du Maghreb. Ces derniers comptent plus de 3 300 citoyens, ce qui est loin d’être négligeable dans la composition démographique de Laurier-Dorion.

Québec solidaire est particulièrement sensible au problème de chômage qui se pose dans la communauté maghrébine, et qui atteint 30 %, ce qui est d’autant plus inacceptable que les Maghrébins connaissent un fort pourcentage de diplômés. Québec solidaire s’engage donc à améliorer et élargir les programmes d’accès à l’emploi dans la fonction publique.

Nous nous engageons à adopter un ensemble de mesures visant à favoriser et à accélérer la reconnaissance des acquis et des compétences des immigrants en provenance du Maghreb. La communauté maghrébine ne peut pas venir au Québec dans la perspective de vivre dans la pauvreté. En échange, le Québec ne peut que s’enrichir en ouvrant les portes du travail à toutes ses communautés.

La solution n’est certes pas le Parti Québécois avec ses politiques de division et de discrimination, car la difficulté à l’embauche est aussi le fruit de la discrimination et de l’intolérance. Cette campagne de peur orchestrée de toutes pièces par le Parti Québécois ne peut que nuire à l’intégration des communautés immigrantes, et vise à renvoyer dans leurs maisons des femmes déjà bien intégrées sur le marché du travail. Québec solidaire croit que tout doit être mis en œuvre pour combattre ce genre d’exclusion, car un bon emploi, en plus d’être un excellent vecteur d’intégration, est un rempart contre tout repli identitaire.

Le Parti libéral agite quant à lui en permanence l’épouvantail de la souveraineté et de l’austérité économique. Les politiques du Parti libéral frappe les plus pauvres et tous ceux qui n’ont aucune tribune pour répliquer et se faire entendre. Taxe santé, hausses de frais de scolarité à l’université, augmentation des tarifs d’hydroélectricité, privatisation accrue et coupures de services dans le domaine de la santé, en définitive, avec les Libéraux, nous avons plus de tarifs pour moins de services.

Le parti libéral est le parti des grands patrons et de la finance. C’est aussi le parti de la corruption, on le sait aujourd’hui. Les 9 ans du gouvernement libéral (2003-2012) ont servi à engraisser les amis du régime libéral en échange de contributions illégales à la caisse électorale de ce parti. Pour le Parti libéral, le rôle du gouvernement se limite à favoriser l’entreprise privée et à diminuer les impôts au détriment des soins de santé et d’éducation.

Québec solidaire propose un ambitieux programme d’investissement public afin de stimuler l’économie sur des bases respectueuses de l’environnement. C’est un projet de pays pour tout le monde, c’est un programme de partage et de solidarité qui va bénéficier au premier chef aux gens issus de l’immigration.

 

Le Québec n’est-il pas déjà laïc ? Sinon, à quoi servira alors la charte des valeurs?

L’Etat québécois est laïc de fait, même si la laïcité, la séparation des églises et l’état, n’est pas comme telle inscrite dans la Charte des droits et libertés de la personne. Au cours de année 1960, le gouvernement du Québec a pris le contrôle du système de santé et d’éducation, aux mains des églises chrétiennes jusqu’alors.

Ces derniers mois, avec son projet de Charte des valeurs, le Parti Québécois a voulu gagner une élection sur le dos de la communauté musulmane.

Cette charte a par ailleurs servi d’argument pour soi-disant promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes, de manière plutôt paradoxale, en fait, parce que l’on voit que l’une de ses conséquences les plus déplorables est de priver de leur travail des femmes, mais aussi de multiples employés arborant des signes religieux. Du coup, ce sont 600 000 emplois dans la fonction publique qui deviennent inaccessibles.

À Québec solidaire, nous croyons fermement à la laïcité de l’Etat, à la séparation des églises et l’État et c’est la raison pour laquelle nous voulons aussi protéger les droits individuels.

Pour nous, le droit au travail est fondamental et nous considérons que les mesures de la charte proposée par le PQ sont discriminatoires. Pour nous, le port des signes religieux devrait être interdit uniquement pour les professions en position d’autorité (juges, policiers, gardiens de prison, etc.), afin que l’apparence de justice ne puisse être mise en doute, mais pas pour l’immense partie des femmes qui œuvrent avec leurs compétences et leur savoir-faire dans les domaines des services à la petite enfance, de l’enseignement ou de la santé.

Notre position, qui a pourtant fait consensus à l’Assemblée nationale, n’a pas été retenue par le Parti Québécois qui s’est obstiné dans sa ligne de pensée étroite qui consiste à vouloir interdire dans toute la fonction publique, et même au-delà, le port des signes religieux.

 

Le débat sur la charte des valeurs du Parti québécois semble avoir libéré et donné une légitimité au discours raciste et islamophobe. Qu’en pensez-vous ? Et qui en est responsable ?

Québec solidaire en tant que parti inclusif croit que le Québec ne peut se faire qu’avec la contribution de tous et de toutes. La charte, dans sa forme actuelle, est un véritable pavé dans la mare sociale qui a été lancé par le Parti Québécois, et qui a eu des conséquences dramatiques, voire troublantes.

Nous avons constaté que la Charte de valeurs a ouvert les digues aux discours d’intolérance. Cette charte de valeurs a légitimé l’expression d’un discours empreint de xénophobie et d’islamophobie.

Mais nous allons barrer la route à la haine, à l’intolérance, parce que nous ne pouvons concevoir un « vivre ensemble » qui serait entaché par un tel ressentiment.

Québec solidaire continuera à s’opposer à cette charte discriminatoire ainsi qu’à tout ce qui pourrait nuire au climat social afin que tous les citoyens et les citoyennes, sans exception, aient droit de vivre en paix et aient droit au travail. Nous y croyons et nous allons nous battre pour y arriver.

 

Vous avez affirmé lors d’un débat radio que le parti québécois ressemble au Front national français. Comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion ?

La Charte des droits et libertés individuelles protège l’expression des convictions religieuses et n’est pas un régime d’interdiction, mais comme son nom l’indique, un régime de libertés.

La charte du Parti Québécois, en revanche, constitue une législation répressive qui se construit et se justifie par des cas anecdotiques. Il s’agit en somme d’un argument devant conduire à brasser un peu la fibre identitaire dont le Parti Québécois se targue d’être le défenseur.

On comprend qu’il ne s’agit pas d’un débat légaliste, comme on voudrait nous le faire croire, mais d’un débat politique. Au lieu d’élaborer une législation fondée sur le consensus, une législation modérée, le Parti Québécois a choisi de s’engager sur une voie extrémiste et radicale sur laquelle il a élaboré sa charte.

En France, le thème de la laïcité a été falsifié et instrumentalisé par la droite et c’est la raison pour laquelle on devrait s’interroger sur l’usage que l’on veut en faire ici, au Québec.

J’ai manifesté mon étonnement sur le fait qu’un parti avec une longue tradition social-démocrate, le Parti Québécois, qui a tant fait pour moderniser le Québec, occupe un terrain exploité par la droite et l’extrême droite en France.

Je sais que la grande majorité des membres du parti québécois ainsi que son électorat partage des idéaux de justice et tolérance devant la diversité. Il est donc d’autant plus étonnant que la direction actuelle de ce parti ait privilégié cette voie.

Pour Québec solidaire, le modèle français concernant la gestion de la diversité n’est pas un exemple à suivre.

L’instrumentalisation de la laïcité à des fins partisanes peut conduire à des excès, mais avec la Charte du Québec, nous n’avons pas besoin d’attendre : nous sommes d’emblée dans l’excès.

 

Par Samir Ben  Contactez moi

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Elections au Québec : « La religion ou l’origine ne doit pas être assimilée à un projet politique », selon Missila Izza (*)

avril 4, 2014

«  Québécoise, Algérienne et Amazighe! », l’ordre n’a pas d’importance. C’est ainsi que se définit Missila Izza qui porte le prénom d’une princesse berbère de la dynastie Massyle.

Vingt ans et déjà un combat politique dans son CV : le printemps érable qui a vu sortir les étudiants Québécois en 2012 manifester pendant plusieurs mois contre la hausse des frais de scolarité.

 

Missila Izza

Missila Izza

 

Missila Izza n’est pas indifférente au débat qui agite le Québec depuis quelques mois et en cette veille d’élection qui a pour enjeu, entre autres, la charte des valeurs québécoise – une loi qui aurait l’ambition d’évacuer la religion de l’espace public mais qui semble s’intéresser principalement aux femmes qui portent un voile.

Pour elle, il est faux de prétendre que « toutes les personnes qui sont pour la charte sont islamophobes ». « Il y a des Québécois(es) «de souche» qui sont fervemment contre la charte et des Nord-africain(nes) qui sont pour. La diversité d’opinion n’a pas d’extrait de naissance », affirme la jeune femme.

Laïque convaincue, Missila Izza met en garde : « L’intégrisme n’est pas un récit créé de toutes pièces à des fins islamophobes ». « Cependant, tous les musulmans et Nord-africains ne sont pas non plus des intégristes. Et les intégristes n’en représentent qu’une infime partie. Donc, il ne faut pas assimiler la confession religieuse ou les origines de certains avec un projet politique religieux, avant d’ajouter que ceux et celles qui combattent l’intégrisme, peu importe le pays dans lequel ils se trouvent, ne sont pas des traumatisés irrationnels »

 

La charte des valeurs québécoises est-elle nécessaire au Québec ? N’y a-t-il pas déjà séparation entre l’État et la religion ?

 Je refuse de me prononcer pour ou contre un projet de loi que je juge bâclé. La charte de la laïcité, qui jadis s’appelait charte des valeurs québécoises, n’est pas ce que son appellation indique.

Pour commencer, sa première appellation est un déni des peuples autochtones et des immigrants (autant les immigrants récents que ceux d’il y a un siècle). Les valeurs prétendument québécoises que le Partie québécois (PQ) a énumérées allient, entre autres, l’égalité hommes-femmes et l’héritage catholique de cette société.

Bien que certains masculinistes s’amusent à qualifier la société québécoise de matriarcale, l’égalité des sexes n’a pas été atteinte et de prétendre le contraire nuit à ce que le PQ (et certains chroniqueurs) affublent du terme «valeur».

De plus, l’héritage catholique de la société québécoise n’est ni celui de tous ceux qui vivent sur ce territoire depuis plusieurs générations, ni ce qu’une société devrait revendiquer lors d’une transition vers la laïcité.

Justement, en ce qui a trait au nouveau nom de la charte, que je ne résumerais que par «charte de la laïcité», n’est pas non plus fidèle à son contenu. Je considère que le fait de laïciser strictement l’apparence des fonctionnaires ne résulte qu’en une laïcité de façade.

À aucun moment, il n’a été question des subventions accordées aux écoles religieuses (ni de leur légitimité dans un État laïque) ou du fait que les institutions religieuses soient exemptes d’impôts. Le fait que les organes de l’État ne soient pas séparés des institutions religieuses démontre qu’il y a bel et bien la nécessité d’une démarche laïque.

Le débat fondamental que nous n’avons pas eu au Québec est celui du type de laïcité que nous souhaitons avoir (fermée ou ouverte). Pour ma part, je penche plus du côté d’une laïcité fermée, mais bien construite et appliquée. L’exemple de la France peut servir de mise en garde quant à la démarche à suivre.

Je trouve que malheureusement, la charte telle qu’elle est avancée par le PQ, brûle des étapes élémentaires d’une laïcité. Cela est probablement dû à l’illusion que puisque cette société s’est séparée de la religion catholique lors de la révolution tranquille, il en serait de même pour l’État.

 

Y a-t-il un danger islamiste ou intégriste au Québec?

Il est important de ne pas mener une war on terror à l’américaine. Il faut agir de manière réfléchie et juste. Je crois qu’il n’est plus possible de confiner les enjeux mondiaux aux frontières. Comme les capitaux circulent, les intégrismes aussi. Il serait insensé de prétendre que le Québec serait un bulle imperméable aux maux du siècle.

L’Internationale des Frère Musulmans n’est pas une invention et les 250 000 victimes de la décennie noire en Algérie, encore moins.

En Arabie-Saoudite, les femmes sont bel et bien considérées comme des mineures et soumises malgré elles au port du voile. L’intégrisme n’est pas un récit créé de toutes piècea à des fins islamophobes. Cependant, tous les musulmans et Nord-africains ne sont pas non plus des intégristes. Et les intégristes n’en représentent qu’une infime partie. Donc, il ne faut pas assimiler la confession religieuse ou les origines de certains avec un projet politique religieux.

Toutefois, il faut rester vigilant et construire une société laïque qui serait incompatible avec la charia et ce projet international dans son intégralité.

 

La charte ne va-t-elle pas créer plus d’exclusion en congédiant et en fermant la porte du travail à certaines femmes musulmanes?

Je ne vois pas pourquoi une femme musulmane serait de facto exclue de la fonction publique. Je pense que la question porte plutôt sur l’avenir professionnel des femmes voilées. Il est vrai que le débat public s’est surtout concentré sur ce sujet, mais il ne faut pas oublier les hommes sikhs qui portent le turban.

C’est en effet une question délicate, mais je n’ai pas la moindre idée du nombre de personnes que cela vise en ce moment. Comme je l’ai précédemment mentionné, la charte de la laïcité ne s’attarde que sur l’accoutrement des fonctionnaires. Il y a en effet la possibilité de remettre en question la légitimité qu’un État, qui n’est pas complètement laïque, a d’exiger de ceux qui le représentent d’évacuer tout signe religieux. Toutefois, dans l’éventualité d’une laïcité complète, ses représentants devront être le reflet de cette séparation de la religion et de l’État.

 

Le débat sur la charte semble avoir donné carte blanche au discours islamophobe et d’exclusion. Qu’en pensez-vous ?

Je suis peut-être jeune, mais du plus loin que je puisse me souvenir, le Journal de Montréal n’a jamais été très constructif. Je ne crois pas que ce discours soit apparu de nulle part. Il est le fruit de l’ignorance de certains et des âneries véhiculées par certaines personnes qui ne méritent pas leur carte de presse.

Cependant, il ne faut pas prétendre que toutes les personnes étant pour la charte sont aussi islamophobes. Cet amalgame joue le jeu de l’ignorance et étiquette les gens de manière communautariste. La diversité d’opinion n’a pas d’extrait de naissance.

Dans mon milieu, il y a des Québécois(es) «de souche» qui sont fervemment contre la charte et des Nord-africain(nes) qui sont pour.

Il ne faut pas oublier qu’une grande partie de l’immigration algérienne a eu lieu durant les années 90 pour fuir l’intégrisme! Il est invraisemblable de nier la pluralité d’opinion sur la charte et de diviser les gens selon leurs origines.

Le sujet qui touche tous les immigrants et les Québécois est la discrimination à l’embauche. Comment se fait-il qu’on ne parle que de femmes voilées dans la fonction publique? Qu’en est-il des médecins, des ingénieurs, des journalistes, etc. qui ont été sélectionnés pour leurs diplômes, mais qui ne peuvent pas exercer leur métier au Québec?

En conférence à l’UdeM, Philippe Couillard [le chef du Parti libéral du Québec, NDLR] a affirmé que la kippa n’avait rien avoir avec la compétence d’un médecin. Pourtant, l’ordre professionnel auquel il appartient ne ressent aucune gêne à empêcher des médecins qualifiés de soigner leur peuple d’adoption. C’est pour cette raison qu’en prenant un taxi, vous risquez d’être en présence d’une personne qualifiée capable de vous opérer.

 

Doit-on comprendre que ceux qui ont fui l’intégrisme islamiste en Algérie doivent être nécessairement pro-charte au Québec?

Non, je ne colle pas d’opinion particulière aux gens selon leur expérience. Certaines personnes qui ont fui l’intégrisme sont inflexiblement contre la charte et pensent que l’intégrisme est loin derrière eux.

Pour qu’il y ait nécessité, il faudrait que la charte soit un instrument de prévention de l’intégrisme. Pour ma part, je suis sceptique quant à l’efficacité de la charte sur ce plan, mais d’autres pensent que c’est un pas dans la bonne direction. Ce qu’il faut comprendre, c’est que ceux et celles qui ont été menacés de mort et qui ont dû quitter leurs familles ne souhaitent pas le retour de l’intégrisme dans leurs vies.

Ceux et celles qui ont vécu l’intégrisme le connaissent et dédient leurs vies à le combattre. Il faut rappeler que ceux qui ont vu les signes avant coureurs, en Algérie, ont été ignorés ou considéré alarmistes. Ici, beaucoup d’expatriés algériens y voient une grave erreur à ne plus jamais commettre.

J’aimerais insister sur un point: ceux et celles qui combattent l’intégrisme, peu importe le pays dans lequel ils se trouvent, ne sont pas des traumatisés irrationnels.

Bien au contraire, ce sont des citoyens qui ont vu des horreurs et ont su malgré tout garder la tête sur les épaules. Il faut donc écouter ces personnes sans les caricaturer.

 

Les enjeux pour la communauté ne sont-ils pas ailleurs (travail, éducation des enfants…) ? et les nouveaux arrivants ne doivent-ils pas se tenir à l’écart du débat sur l’indépendance puisqu’ils n’ont pas émigré pour ça ou contre ça ?

Peu importe la raison pour laquelle une personne s’exile, elle débarque quand même dans une société qui se construit. Je ne fais pas partie d’une «communauté» sectaire. Je suis québécoise, algérienne et amazighe!

Aucune partie de mon identité n’est en confrontation avec une autre. Je ne suis pas moins touchée par les enjeux du Québec, que par ceux de l’Algérie. Si certains souhaitent se considérer comme des « nouveaux arrivants» ad vitam aeternam, c’est leur problème. Pourtant, leurs enfants grandissent ici et font partie de cette société. Il n’y a aucune raison de les élever à s’exclure, plutôt qu’à prendre part à la construction de cette société.

Il ne faut pas oublier que la société québécoise s’est construite sur une colonisation française et anglaise. Par la suite, d’autres flux d’immigration ont façonné le tissu social. Il est donc paradoxal pour quelque immigrant que ce soit de s’exclure ou d’être exclu de cette société.

 

Le PQ vient de présenter quatre candidats d’origine algérienne. Poteaux ?

Non. C’est très insultant de qualifier de «poteaux»(expression québécoise de surcroît) des gens qui s’impliquent en politique québécoise alors que certains voudraient garder cela fermé aux «québécois de souche». Cela donne le même résultat que le racisme que l’on aimerait réserver au lectorat du Journal de Montréal.

 

Quel commentaire faites-vous sur le peu de candidats d’origine maghrébine au Parti libéral du Québec ?

Les deux précédentes questions font partie de ce problème. D’un côté, les gens ne se sentent pas concernés par l’avenir de cette société, et de l’autre, ils se font pointer du doigt lorsqu’ils s’impliquent.

La particularité du PLQ c’est la tradition de ligne de parti dure. M. Couillard a voulu faire comme son prédécesseur et imposer sa vision sur tous ses candidats. Cependant, Fatima Houda-Pépin [seule députée musulmane au Québec, NDLR], puisqu’elle connait le dossier(sans aucun doute mieux que le chef du PLQ), n’a pas voulu se taire.

Cette charte a d’ailleurs engendré l’exclusion de deux maghrébines de leur caucus. Ce qui démontre que les chefs de ces deux partis ont instrumentalisé cette charte et n’ont pas eu le désir d’entendre les opinions de celles qui sont en position de se prononcer.

J’aimerais souligner que le faible taux de candidats d’origine maghrébine est probablement dû à une précarité financière causée par l’exclusion de certains milieux professionnels. C’est selon moi, un enjeu qui concerne tous les immigrants (toutes origines confondues) et qui doit impérativement susciter une large mobilisation citoyenne!

 

Bio express

Missila Izza est née à Alger. Sa famille a immigré au Québec quand elle avait quatre ans « pour qu’elle puisse vivre loin de l’intégrisme qui a tué leurs collègues et concitoyens », dit-elle.

Elle a vingt ans et suit une formation bidisciplinaire en sciences politiques et philosophie à l’Université de Montréal. Elle est féministe et s’implique dans la politique étudiante depuis 2012. Cette année, les étudiants québécois lançaient un vaste un mouvement de grève contre la hausse des frais de scolarité. Les événements sont passés à la postérité sous le nom du Printemps érable.

 

Par Samir Ben  Contactez moi

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« Les Maghrébins doivent sortir voter pour un Québec sans discrimination », Philippe Couillard chef du Parti libéral du Québec

avril 3, 2014

A moins d’une semaine des élections législatives dans la province canadienne, le chef du parti libéral du Québec, Philippe Couillard, dont le parti forme l’opposition depuis 18 mois, appelle les Québécois d’origine maghrébine à sortir voter en masse lundi prochain.

Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec

Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec

Selon ce neurochirurgien, l’enjeu pour les Maghrébins n’est autre que de faire barrage à la discrimination qui sera institutionnalisée par le projet de charte des valeurs du Parti québécois. Cette loi, si elle est adoptée, prévoit, entre autres, de renvoyer de la fonction publique et parapublique les femmes qui portent un voile,

«  Je demande à toutes et à tous, d’aller voter pour un Québec uni, un Québec au travail et un Québec sans discrimination », affirme Philippe Couillard dans cet entretien.

Au-delà de l’appel et comme tout politicien en temps de vote, il espère que ces voix iraient à sont parti.

La communauté maghrébine n’est pas connue pour son penchant pour les opérations de vote, mais il se pourrait que la donne change à l’occasion de cette élection.

« Vous n’êtes pas chez Nous mais vous êtes chez Vous », dit-il aux femmes portant un voile et qui se sont fait agresser dans la rue ces derniers mois. Il a reconnu aussi qu’il y a « des blessures qu’il va falloir cicatriser et guérir et que ça va être long dans certains cas ».

 

La communauté maghrébine connait un taux de chômage plus élevé que la moyenne provinciale. Que comptez-vous faire si votre parti remporte les élections du 7 avril ?

D’abord nous n’allons pas aggraver la situation avec des mesures de discrimination comme la charte des valeurs québécoises [qui prévoit, entre autres, de renvoyer de la fonction publique et parapublique les femmes qui portent le voile, NDLR].

Il faut aussi avoir une relation très positive avec les employeurs. D’un côté, il y a énormément de compétences dans la communauté. Et de l’autre, il y a les besoins en main d’œuvre. Le rôle du gouvernement sera de faire le lien entre les employeurs qui cherchent des employés qualifiés et la communauté qui en compte plusieurs.

Ceci, bien sûr, doit être fait de façon continue et proactive et toujours en lien avec la communauté. Et c’est ce que nous ferons.

 

La peur de l’autre et la diabolisation du Maghrébin et du musulman a été souvent utilisée pour rallier de nouvelles voix lors de cette campagne électorale. Quel commentaire en faites-vous ?

C’est très regrettable. D’abord, la démarche elle-même. On a appris hier dans La Presse que tout ceci fait partie d’une vaste stratégie du Parti québécois pour mousser l’idée d’un référendum pour la séparation du Québec. Il utilise la stratégie de la peur en dressant les communautés les unes contre les autres. C’est regrettable et condamnable.

Nous, et je le redis encore une fois, nous nous opposons à toute discrimination à l’emploi basée sur le port des signes religieux à l’exception des visages découverts ou des vêtements qui cachent complètement le corps de la femme.

Nous croyons que c’est un faux problème. Il n’y a pas d’enjeu réel. C’est complètement artificiel créé de toutes pièces par le Parti québécois dans le but, malheureusement, de diviser notre population.

D’ailleurs, nous n’adopterons aucune mesure discriminatoire. Nous voulons gouverner pour l’ensemble des Québécois de toutes les régions et de toutes les origines

 

A une semaine de l’élection, quel bilan faites-vous de votre campagne dans la communauté immigrante?

Le soutien sur le terrain est excellent, notamment dans les communautés culturelles [terme utilisé au Québec pour désigner les groupes ethniques, NDLR].

Ceci à cause de notre vision inclusive et de notre opposition à toute discrimination. Il est clair que sur ce point, les communautés sont au diapason de nos idées. Et nous sentons beaucoup de ralliement dans tout le Québec et dans l’ensemble de la population au-delà des communautés. Ca nous laisse présager un bon résultat. Mais rien n’est acquis d’avance.

 

Des femmes musulmanes qui portent le voile ont été victime d’agressions verbales et parfois aux limites de l’agression physique, quel message avez-vous à leur adresser ?

Notre message à toutes les communautés du Québec : vous n’êtes pas chez nous mais vous êtes chez vous. Vous appartenez à cette société. Il faut bien sûr en suivre les règles.

On sait que, hommes et femmes, vous le faites que vous vous intégrez très bien et que vous voulez participer au succès du Québec. Ce sera notre message dès le premier jour de notre gouvernement.

Il y a bien sûr des blessures qu’il va falloir cicatriser et guérir. Nous savons que ça va être long dans certains cas. De notre côté, nous allons très positivement dans l’esprit du ralliement. Et justement dans la lutte contre la discrimination sous toutes ses formes.

 

Votre parti a été le premier, dans l’histoire du Québec, à faire élire une députée d’origine maghrébine. Pour l’élection du 7 avril, vous vous retrouvez avec une seule candidate de la même origine [au moment où le Parti québécois en présente cinq, NDLR]…

Dès le début de notre mandat, nous allons continuer avec notre parti à développer les liens qui sont déjà serrés avec les communautés y compris la maghrébine. Ceci pour que notre parti demeure ce qu’il a toujours été. C’est-à-dire tout à fait représentatif de la réalité québécoise.

Et je dis aux Québécois d’origine maghrébine : nous avons la chance de vivre dans un pays démocratique où le droit de vote est non seulement permis mais encouragé. Je demande à toutes et à tous d’aller voter pour un Québec uni, un Québec au travail et un Québec sans discrimination.

 

Biographie officielle :

Né à Montréal, le 26 juin 1957, Philippe Couillard obtient un doctorat en médecine en 1979 et un diplôme en neurochirurgie en 1985 de l’Université de Montréal, un certificat de spécialiste du Collège des médecins du Québec et un certificat de spécialiste du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada en 1985.

M. Couillard occupe le poste de chirurgien-chef au Service de neurochirurgie de l’Hôpital Saint-Luc de 1989 à 1992 et est cofondateur du Service de neurochirurgie de Dhahran, en Arabie saoudite, où il travaillera de 1992 à 1996. Il devient ensuite professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke de 1996 à 2003, et chirurgien-chef et directeur du Département de chirurgie du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke de 2000 à 2003 (la suite sur http://plq.org/fr/le-chef).

 

Note : Une demande d’entrevue a été adressée à Mme Pauline Marois, chef du Parti québécois.

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L’après-17 avril : l’Algérie, entre guerre civile et glaciation à la Brejnev

avril 2, 2014

L’ancien vice-président de Sonatrach, Hocine Malti, est revenu sur la genèse de la candidature du président Bouteflika à un quatrième mandat, lors d’une table ronde organisée samedi dernier à Montréal par l’Association des amis de l’Algérie plurielle et du Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien (CISA).

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credit photo : Sofiane Chouiter

Faisant un long mais instructif retour sur les événements qui ont secoué la scène politique nationale les derniers mois, Hocine Malti trouve que les révélations de Amar Saadani, le secrétaire général du FLN, contre le général Mohamed Médiène, patron du Département de renseignement et de sécurité (DRS), sont des secrets de Polichinelle.

La nouveauté, a-t-il affirmé, est que « c’est la première fois qu’un apparatchik dénonce d’une façon aussi violente les agissements du général Médiène alias Toufik. Encore qu’il n’a pas tout dit » puisque soutient l’ancien vice-président de Sonatrach « nombre d’attentats et d’assassinats sont l’œuvre du DRS ».

Le pouvoir tentaculaire du DRS serait la résultante d’un réseau de 1 300 000 agents, loin derrière les 200 000 habituellement annoncés, explique Hocine Malti. Ces derniers encadrent toutes les activités en Algérie (politique, économie, association, culture…. Un Etat dans l’Etat.

Pour l’auteur de Histoire secrète du pétrole algérien (La Découverte – 2010), « contrairement à ce qui a été rapporté, les attaques contre le général Mediène proviendrait non pas du clan présidentiel mais d’un autre clan de l’armée, à savoir l’état major ». Mais le patron du DRS a fait endosser l’attaque au clan présidentiel car « dans cette bataille de la communication, tout son argumentaire était bâti sur la préservation de l’unité de l’armée. Il ne pouvait pas donner l’impression de casser cette unité», explique celui qui a été vice-président de Sonatrach de 1972 à 1975.

Pourquoi, alors, toute cette pression sur le président Bouteflika et son frère Said ? Pour Hocine Malti, « le DRS et son patron ont fait comprendre aux membres du clan présidentiel que s’ils ne prenaient pas fait et cause pour le patron du DRS dans sa guerre contre l’état major, ils pouvaient faire leur deuil du quatrième mandat ».

Toutes les rumeurs sur le limogeage de Toufik et autres fuites concernant le DRS et qui présentaient son patron comme la victime d’une cabale, explique Hocine Malti, émanaient d’une presse aux ordres. D’ailleurs pour lui, «  toute la presse algérienne est aux ordres du DRS », puisqu’elle n’aurait rapporté que le point de vue de ce dernier après les attaques de Amar Saadani.

Les sorties médiatiques du général Hocine Benhadid, ex-chef de la 3ème région militaire, de Hicham Abboud ancien officier de la sécurité militaire et de Mohamed-Chafik Mesbah politologue et ancien agent des services, constituent la riposte du général Mediène et du DRS pour se présenter comme « le dernier rempart contre les menaces internes et externes qui guettent l’Algérie ».

Miracle à l’algérienne

Finalement, après des négociations entre le clan présidentiel et le DRS qui garantissaient à Bouteflika le soutien des services secrets pour un 4ème mandat, le président sortant s’est porté à la défense du département de renseignement et de sécurité.

Bouteflika avait, à l’époque, réagi dans un communiqué, en affirmant que « les dépassements de certains milieux portaient atteinte à l’unité de l’armée, du pays et atteinte à son image. Et que nul n’avait le droit de s’en prendre à l’ANP et que le DRS avait toujours fait son travail correctement… ». Et tout s’est arrêté !

L’arrêt des hostilités entre les différents clans, relève de ce qu’appelle ironiquement Hocine Malti, le miracle à l’algérienne.

« Bouteflika a mis une fin temporaire à l’affrontement des deux camps de l’armée, état-major et DRS. Il a assuré du même coup sa réélection et a mis toute sa tribu à l’abri de mesures de rétorsion. Mais cette trêve ne durera pas éternellement », selon le conférencier.

« La fracture au sein de l’armée est profonde et le cessez-le feu n’est que temporaire », estime-t-il. Les hostilités devraient reprendre après le 17 avril à l’occasion du choix du vice-président : « Abdelaziz Belkhadem ou Ahmed Ouyahia », croit Hocine Malti.

« Il faut espérer, seulement, que ce ne sera pas une nouvelle guerre civile. Car l’affrontement se ferait entre deux clans de l’armée. Ce qui constituerait une prémice d’une situation à la libyenne ou à la syrienne », a-t-il dit.

L’alternative tout aussi détestable, selon Hocine Malti, serait que « les deux clans s’entendent sur un partage du pouvoir et la rente pétrolière afin de faire perdurer encore le régime en place depuis 1962. Et l’Algérie sera pour quatre ou cinq ans dans une autre ère glacière à la Brejnev, dirigée par un homme incapable de parler, de se mouvoir, de voyager ou de participer à des forums internationaux. En un mot incapable d’accomplir toutes les tâches qui relèvent de la fonction d’un président de la République.».

 

Table ronde

La table ronde à laquelle participait Hocine Malti, a été aussi l’occasion pour Omar Aktouf professeur de management à HEC Montréal de revenir sur les raisons de l’échec algérien. Pour lui « la magouille a commencé à l’indépendance ».

Mouloud Idir, politologue, voit la sortie de crise en Algérie à travers « une solution politique négociée afin d’éviter la voie de la confrontation ». Il estime qu’il faut « rendre impossible l’utilisation de la violence ».Il a plaidé pour « une assemblée constituante et la reconnaissance de tamazight ainsi qu’une façon moins euro-centrée de voir le phénomène islamiste».

Lors du débat qui suivi, Azedine Chikhi , membre fondateur de l’Association des amis de l’Algérie plurielle s’est dit confiant en la société civile algérienne. « C’est vrai qu’elle semble être en déclin. Mais elle se régénère et on le voit dans le mouvement Barakat », a affirmé celui qui présente son association comme « un cadre d’expression plurielle et diversifiée et qui tient compte de toute la réalité sociologique, politique et culturelle de l’Algérie ».

Enfin, Sid-Ahmed Soussi, professeur au département de sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQM) est intervenu avec une présentation sur les syndicats autonomes en Algérie.

 

L’Association de amis de l’Algérie plurielle (AAAP) sur les réseaux sociaux…

Par Samir Ben  Contactez moi

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